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Un ministre palestinien pousse le Vatican à lever le ton

Christophe Lafontaine
19 février 2018
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Un ministre palestinien pousse le Vatican à lever le ton
Le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al-Maliki © Roosewelt Pinheiro/ABr Wikimedia Commons

Le ministre palestinien des Affaires étrangères, a été reçu le 15 février 2018 au Vatican, d’après Fides. Il invite le Saint-Siège à organiser une conférence entre toutes les Eglises chrétiennes à propos de Jérusalem.


Riyad al-Maliki regrette qu’à ce jour les initiatives locales et le Vatican « ne [suffisent] pas à convaincre le président Trump de revenir sur sa décision. » Celle d’avoir déclaré Jérusalem comme capitale d’Israël. Nul besoin pourtant de dire combien de fois, ces derniers mois, le pape a plusieurs fois appelé au respect du statu quo à Jérusalem qui régit depuis l’Empire ottoman la coexistence de différentes communautés religieuses dans la ville sainte.

Mais Israël, pour le ministre palestinien des Affaires étrangères « profite de la décision du président américain Donald Trump pour accroître la pression sur la présence chrétienne dans la ville sainte. » C’est en résumé le constat dont a fait part Riyad al-Maliki , reçu au Vatican, le 15 février dernier, nous apprend l’agence Fides dans son édition italienne du lendemain.

C’est pourquoi le chef de la diplomatie palestinienne a proposé au Saint-Siège de promouvoir une conférence œcuménique sur Jérusalem pour faire entendre haut et fort  la voix des différentes confessions chrétiennes auprès de l’administration américaine. Traduire : dans le monde et à Jérusalem, il y a d’autres chrétiens que les évangéliques… « Nous pensons qu’une conférence organisée par le Saint-Siège invitant les différentes Eglises à exprimer leur préoccupation pour Jérusalem serait très importante, pour faire entendre la voix des chrétiens et pour faire comprendre à l’administration américaine que les chrétiens ne renoncent pas à leurs droits et à leurs lien avec la ville sainte. »

Riyad al-Maliki a tenu ce discours devant les deux ministres du Saint-Siège qui l’ont reçu : le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat (équivalent du Premier ministre), et Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les Etats. Lors de son entrevue, le représentant du gouvernement palestinien a expliqué que la décision unilatérale de l’administration américaine « compromet la capacité d’avoir des résultats positifs sur les négociations de paix. » Selon lui, en reconnaissant le lien exclusif entre Jérusalem et le judaïsme, en mettant de côté le lien que les chrétiens et les musulmans ont aussi avec la ville sainte, en ignorant l’idée que Jérusalem devrait être aussi la capitale de Palestine, les Etats-Unis ont fait glisser le conflit israélo-palestinien du terrain politique au terrain religieux. « Ce qui complique encore la situation », a fait remarquer le ministre palestinien évoquant « fatalement une dimension mondiale. » Puisque tous les musulmans d’Indonésie, Malaisie, Sénégal…. « se sentent, a-t-il noté, dans l’obligation de faire quelque chose pour protéger [leurs] intérêts religieux », dans la ville sainte.

Menaces sur la présence chrétienne à Jérusalem

Il est clair aussi que l’horizon des Eglises chrétiennes à Jérusalem dont le ministre palestinien des Affaires s’est fait l’écho ne se tire pas d’un trait bleu. En leur imposant des taxes sur leurs propriétés et activités sociales comme commerciales (jusque-là, elles en étaient exemptées), en gelant leurs comptes bancaires, en légiférant sur leurs biens, l’Etat hébreu et la municipalité de Jérusalem rendent aux Eglises la vie plus difficile. Craignant pour leur présence dans la ville sainte, elles redoutent la judaïsation de la ville à rebours de sa vocation inclusive pour les juifs, les chrétiens et les musulmans.

Face à la politique fiscale de la municipalité de Jérusalem, réclamant aux Eglises plus de 650 millions de shekels, les 13 patriarches et chefs des communautés chrétiennes de Jérusalem ont réagi, le 14 février dernier. Ils ont jugé la décision municipale « contraire à la position historique entre les Eglises présentes dans la Ville Sainte de Jérusalem et les autorités civiles à travers les siècles. » Ils ont considéré également « qu’une telle mesure sape à la fois le caractère sacré de Jérusalem et met en péril la capacité de l’Eglise à mener son ministère sur cette terre au nom de ses communautés et de l’Eglise présente dans le monde entier. » En clair, la contribution à Jérusalem de la part des Eglises chrétiennes ne passent pas par les taxes mais par leurs œuvres de charité auprès de la population (hôpital, écoles,…) et par leur accueil des pèlerins, contribuant à l’économie touristique israélienne comme palestinienne.

Cette réaction n’est pas la première. En juillet dernier pour exprimer leur crainte de voir toute modification du statu quo à Jérusalem quant aux tensions qui régnaient autour de l’Esplanade des Mosquées. En septembre, pour dénoncer une décision de justice ayant permis à un groupe qui milite pour la colonisation juive de Jérusalem-Est de s’emparer de terres appartenant au Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem dans la Vieille Ville. En décembre, pour mettre en garde Donald Trump des « dommages irréparables » que sa décision de déclarer Jérusalem comme capitale d’Israël pouvait susciter, l’appelant à revenir dessus. Autant de déclarations nécessaires mais qui demandent sans nul doute plus de résonnance. Pour l’heure, la résistance se gère en front uni et commun. Les Eglises se rencontrent et un comité a été mis en place pour discuter avec la municipalité.

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