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Bientôt une académie en Israël pour sauver le judéo-espagnol

Christophe Lafontaine
6 mars 2018
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Bientôt une académie en Israël pour sauver le judéo-espagnol
Le président israélien avec les acteurs de la pièce Spanish Garden au théâtre haBima de Tel-Aviv, dans le cadre du Festival Ladino, le 17 janvier 2018 © Kobi Gideon / GPO-Flash90

Le ladino aura son académie. Des intellectuels espagnols et israéliens en ont approuvé la création. Elle sera consacrée à la langue des Juifs séfarades, a annoncé fin février l’Académie royale espagnole.


Avant l’automne 2019. C’est la date limite que vise le président de l’Académie royale espagnole pour voir s’ouvrir en Israël « l’académie nationale du ladino ». Toutefois, Dario Villanueva précise par le biais d’un communiqué en date du 20 février 2018 que l’accord doit être encore validé par les autorités israéliennes. Lorsqu’elle sera constituée, l’académie pourra demander son entrée dans l’Association des académies de la langue espagnole, créée à Mexico en 1951 qui regroupe les académies de 23 pays hispanophones, rapporte Israel Valley, le site officiel de la chambre de commerce France-Israël.

L’institution dont la création  a été approuvée par des intellectuels espagnols et israéliens après deux jours de colloque ayant eu lieu à Madrid (Espagne) dans le cadre de la convention académique du judéo-espagnol, aura donc pour but de préserver le ladino. Une langue vernaculaire et composite qui, en raccourci, est à l’espagnol ce que le yiddish est à l’allemand. Dérivé à la fois du castillan ancien et de l’hébreu, ce faux-jumeau du yiddish est donc de fait considéré comme judéo-roman et ne doit pas être confondu avec le judéo-catalan, son voisin homologue. Ni d’ailleurs avec la langue ladine, langue rhéto-romane parlée dans le nord-est de l’Italie.

Tout comme le yiddish des ashkénazes, le judéo-espagnol est le témoin de l’histoire mouvementée d’une population. Il faut rechercher les origines de cette langue au temps de la persécution des juifs par l’Espagne. Par le décret de l’Alhambra en 1492, les juifs ont été poussés à l’exil ou contraints de se convertir au catholicisme sous peine de mort. Les exilés d’Espagne, connus sous le nom de Sépharades (le mot hébreu pour les personnes originaires de la péninsule ibérique), se sont alors installés sur le bassin méditerranéen en Afrique du Nord, dans l’Empire ottoman, en Europe (notamment en France, Italie et Grèce) notamment) et en Amérique latine après leur expulsion.

A la fin du XVe siècle, ils étaient, selon les historiens, plus de 200 000 sur le territoire espagnol. La diaspora juive espagnole, selon le lieu où elle émigra pendant les siècles suivants, a adopté la langue de ses pays d’accueil, mais a conservé le judéo-espagnol comme langue des affaires, notamment en Afrique du Nord et dans l’Empire ottoman. C’est pourquoi le ladino a combiné l’ancien espagnol parlé au moment de l’expulsion et des éléments d’hébreu à d’autres langues, comme le turc ottoman, l’arabe, l’araméen et quelques langues balkaniques. Traditionnellement, le ladino était écrit dans l’alphabet hébreu, écrivant et lisant de droite à gauche. Au XXe siècle, la langue a adopté l’alphabet latin et l’orientation de gauche à droite.

Revitaliser la langue

Si elle toujours parlée par des descendants des séfarades expulsés d’Espagne en 1492 par les Rois catholiques d’Espagne (Isabelle de Castille et Ferdinand II d’Aragon), elle n’en demeure pas moins en voie d’extinction. D’une part parce qu’elle est dispersée aux quatre coins du globe. D’autre part, parce qu’elle ne remplit plus de fonction sociale hormis l’intimité domestique (berceuses d’enfants, recettes de cuisine, folklore, littérature ancienne) ou à travers quelques journaux en voie de disparition également. D’où le défi, à l’instar du yiddish, de sa revitalisation pour transmettre une culture et une identité communautaire riche et forte dont la portée culturelle et symbolique dépasse largement le nombre actuel de locuteurs.

Selon El Pais, quotidien généraliste espagnol, aujourd’hui il n’y aurait plus que 300 000 locuteurs du ladino en Israël (des gens âgés pour la plupart) et 200 000 autres dans le monde selon le journal espagnol. En Janvier 2017, Aki Yerushalayim, semestriel culturel intégralement en judéo-espagnol publié par l’Autorité nationale du ladino a cessé de paraître pour des raisons financières et à cause de l’apathie progressive des lecteurs de plus en plus âgés. C’est pourquoi Tamar Alexander-Frizer, présidente de l’Autorité nationale du ladino, un organisme crée en 1997 en Israël, a déclaré le 20 février dernier à Madrid « qu’il faut que nous transmettions cette langue aux jeunes parce que ceux qui le parlent aujourd’hui sont âgés. Le ladino n’est pas enseigné dans les écoles israéliennes alors que le pays reconnaît légalement cette langue. »

Dans la capitale espagnole, le président de la Fondation hispano-juive, David Hatchwell, a, pour sa part, rendu hommage à ceux qui, « pendant cinq cents ans, se sont efforcés de préserver une langue patrimoine de tout le monde hispanique. »  

De nos jours, des artistes sépharade continuent d’alimenter la création contemporaine judéo-espagnole. Ressuscitant poèmes et chansons traditionnelles en ladino. On compte des écrivains comme l’israélienne Margalit Matitiahu (Alegrica – 1993 ; Kamino de Tormento – 2000) ou comme la mexicaine Myriam Moscona (Tela de Sevoya – 2012). Mais aussi des musiciens, parmi lesquelles on retrouve la chanteuse turque-israélienne Suzy – née à Istanbul – à travers son album Herencia (1998). Ce qui veut dire patrimoine en espagnol… Tout un programme.

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