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Inédit: une femme copte nommée gouverneure en Egypte

Christophe Lafontaine
4 septembre 2018
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Inédit: une femme copte nommée gouverneure en Egypte
Manal Awad Mikhael, nouvelle gouverneure de la province de Damiette au nord de l'Egypte ©Gouvernorat de Damiette

Le 30 août 2018, Manal Awad Mikhail a été nommée gouverneure de la province de Damiette en Egypte. Première femme copte à siéger à un tel poste, elle est un espoir pour la minorité chrétienne du pays.


Pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte, une femme copte est aux commandes d’un gouvernorat. Manal Awad Mikhail (51 ans) a effectivement pris il y a cinq jours les rênes de la province de Damiette à 200 km au nord-est du Caire, sur le delta du Nil. Et s’est déjà mise au travail : rencontres avec les représentants de la municipalité de Damiette, visites de terrain (université, stade, travaux, propreté des rues, etc.) La nouvelle gouverneure ne chôme pas !

C’est la deuxième fois en 18 mois que l’Egypte voit une femme accéder à ce rang. Ce type de poste étant réservé majoritairement aux hommes. Souvent, d’ailleurs, des hauts gradés de l’armée. Ainsi, Manal Awad Mikhail brise le plafond de verre dans une Egypte largement conservatrice à la suite des 8 femmes ministres du gouvernement (pour 25 hommes) mais surtout emboîtant le pas à Nadia Ahmed Abdou (musulmane) qui fut la toute première femme nommée gouverneure en Egypte en février 2017. A la tête de la province de Beheira, au nord du pays, cette dernière n’a cependant pas été reconduite lors du remaniement du 30 août dernier voulu par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, réélu en mars 2018.

L’Egypte compte au total 27 gouvernorats (ou provinces). Les gouvernorats représentent le plus haut niveau de la hiérarchie des juridictions administratives du pays. C’est le président de la République arabe d’Egypte qui nomme les gouverneurs qui en sont les administrateurs. La semaine dernière, le chef de l’Etat a procédé à un vaste remaniement à la tête des provinces en désignant 22 gouverneurs. Sur les 27, seulement 5 ont gardé leur précédente position.

La nouvelle gouverneure Manal Awad Mikhail, née le 1er juin 1967 à Tanta est diplômée de la faculté des sciences vétérinaires de l’université de Benha en 1989 et a reçu un doctorat en sciences médicales de l’université d’Alexandrie en 1999. En 2015, elle a été nommée sous-gouverneure du gouvernorat de Gizeh où elle était responsable du développement des communautés défavorisées.

C’est avec un caractère apparemment décidé qu’elle a prêté serment devant le président Abdel Fatah al-Sissi  vendredi 31 août  en compagnie de ses 21 autres confrères. Parmi lesquels, d’après le site watani, on compte un autre copte, Kamal Gad Sharobim qui a été nommé gouverneur du gouvernorat de Dakahliya (nord du pays).

Les raisons d’un choix

Selon Karim Kamal, chef de l’Union générale des coptes pour la patrie, une ONG égyptienne, la nomination de Manal Awad Mikhail « basée uniquement sur le mérite » montre que l’Egypte est entrée dans une « nouvelle ère ». Cité sur le site The Oasis Reporters, le chercheur copte en politique a également déclaré que « les affiliations religieuses ne sont plus un handicap pour ceux qui recherchent des nominations au gouvernement. »

Dans un pays à très grande majorité musulmane, il est à noter que le président al-Sissi se montre soucieux de courtiser la minorité chrétienne qui y vit et qui représente peu ou prou 10% de la population totale du pays. Une minorité qui n’a pas été épargnée ces dernières années par de retentissants attentats ou attaques, la plupart causés par le groupe Etat islamique. Une minorité qui est aussi souvent discriminée et maltraitée. Récemment encore, le jour même de la prestation de serment des nouveaux gouverneurs, au centre du pays dans la province de Minya, des villageois égyptiens ont pillé puis incendié les appartements de chrétiens coptes dans le village de Demshaw Hashem emportant monnaie et bijoux. D’après l’archevêché de Minya, l’attaque a eu lieu au motif que des chrétiens avaient utilisé des maisons ou des salles dans le village pour prier. Le climat reste donc délétère. Malgré une loi promulguée en 2016 par le parlement, dirigé par les partisans d’al-Sissi, qui visait à assouplir les restrictions sur la construction d’églises. Mais les lieux de culte dépourvus d’autorisation restent encore nombreux.

Si son régime est très critiqué par les défenseurs des droits de l’Homme qui estiment qu’il a muselé toute forme d’opposition, Abdel Fatah al-Sissi donne parallèlement des signes à l’adresse des chrétiens en Egypte. De fait, le président égyptien revient régulièrement dans ses discours sur l’identité nationale égyptienne qu’il juge inséparable de sa minorité chrétienne à qui il a assuré à plusieurs reprises vouloir garantir sécurité et protection.

Pour preuve, certaines églises détruites sous le régime de Mohamed Morsi ont été reconstruites avec l’aide de l’armée et Abdel Fatah Al-Sissi s’est rendu plusieurs fois dans des lieux de culte coptes afin d’afficher son soutien aux chrétiens. Il n’a d’ailleurs pas hésité quatre années de suite à participer aux célébrations de Noël. Et notamment lors de la nuit du 6 au 7 janvier 2018 à l’occasion de l’inauguration de « la plus grande église du Proche-Orient » dans la nouvelle capitale administrative égyptienne, en périphérie du Caire. Et ce, aux côtés du patriarche copte orthodoxe Tawadros II.

Au vu de ce contexte, les deux coptes récemment nommés gouverneurs bénéficieront d’un poste inédit pour faire entendre la voix des chrétiens d’Egypte. Et la nomination de Manal Awad Mikhail, en tant que femme, montre également qu’un pas est fait à l’endroit de la gente féminine dont le statut en Egypte, est tous les jours confronté à des discriminations ou des comportements « déviants ». Cette nomination peut alors être interprétée aussi comme un écho aux récentes déclarations d’al-Azhar, la principale institution de l’islam sunnite basée en Egypte qui a sévèrement condamné, le 28 août dernier, le harcèlement sexuel et ceux qui le justifient : « le harcèlement sexuel est une agression contre le sexe féminin, qui porte atteinte à sa liberté, sa dignité et à son intégrité. » L’institution invite d’autre part « les autorités à réagir », intensifiant par la même occasion son rôle social dans la société égyptienne, souligne La Croix

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