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Syrie: le pape prône le dialogue pour protéger les civils

Christophe Lafontaine
3 septembre 2018
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Syrie: le pape prône le dialogue pour protéger les civils
Le pape François est loin d'en être à son premier appel pour la paix en Syrie © Calixto N. Llanes/flickr

L'armée syrienne, soutenue par la Russie, menace de lancer une vaste offensive sur la province d’Idleb, dernier fief anti-Assad. Le 2 septembre 2018, le pape François a dit redouté  une « catastrophe humanitaire ».


Le 13 août dernier, le musée bombardé d’Idleb (nord-ouest de la Syrie) rouvrait partiellement après cinq ans de fermeture. Il signifiait l’espoir d’une renaissance. Il était aussi un message adressé à l’Unesco pour que l’institution des Nations unies « assume son rôle vis-à-vis des sites archéologiques » d’Idleb, avait alors affirmé le responsable des sites archéologiques de la ville.

C’est un appel de tout autre nature qu’a lancé le 2 septembre 2018 le pape après la prière de l’Angélus au Vatican alors qu’une attaque des forces pro-gouvernementales syriennes semble imminente sur la province d’Idleb, l’ultime grand bastion des djihadistes et rebelles syriens. La province qui échappe au contrôle du pouvoir est dominée par Hayat Tahrir al-Cham, une organisation djihadiste créée par l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda ainsi que par d’autres groupes de rebelles.

Le président syrien, Bachar al-Assad, fort du soutien aérien de la Russie depuis 2015, a déjà repris plus de 60% de la Syrie et compte bien récupérer après Alep et la Ghouta orientale, la région d’Idleb et a pour ce faire, déjà fait affluer des renforts d’artillerie à ses abords depuis plusieurs semaines. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a fait savoir qu’il y avait déjà eu des blessés.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, n’a pas lésiné sur les mots en considérant que le territoire tenu par rebelles était un « abcès purulent » qui devait disparaître.

C’est pourquoi le chef de l’Eglise catholique, insistant sur le caractère « douloureux » de l’actualité syrienne, a déclaré depuis les fenêtres du palais apostolique au Vatican qu’ « il y a encore des vents de guerre et des nouvelles inquiétantes sur les risques d’une éventuelle catastrophe humanitaire dans la Syrie bien-aimée, dans la province d’Idleb. » Rejoignant ainsi les mises en garde occidentales et turque. Il a ainsi invité « la communauté internationale » et « tous les acteurs concernés »  à résoudre cette crise en utilisant « les instruments de la diplomatie, du dialogue et de la négociation pour assurer le respect du droit international humanitaire et pour protéger la vie des civils. »

« Un climat de peur » selon le vicaire d’Alep pour les Latins

Interrogé par l’agence catholique AsiaNews, le nonce apostolique à Damas, le cardinal Mario Zenari remercie le pape pour ses propos « qui ne doivent pas être commentés mais écoutés. » Le diplomate du Saint-Siège espérant que le pire soit évité « surtout pour les civils ». Il y a une semaine, l’agence de presse avait rapporté des propos similaires tenus par le vicaire apostolique d’Alep pour les catholiques latins, Mgr Abou Khazen. Le prélat franciscain confiait alors qu’il y régnait « un climat de peur ». Avant d’ajouter pessimiste, « nous ne savons pas comment cela se terminera. »

Environ  trois millions de personnes vivent dans la Province d’Idleb. D’après l’agence Zenit, une communauté d’environ 2 000 chrétiens vivait encore dans la capitale régionale éponyme en 2015. « L’Onu redoute qu’une offensive majeure aboutisse au déplacement forcé de 450 000 à 700 000 Syriens », d’après l’agence Reuters.

Et si le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov a annoncé la création de couloirs humanitaires pour évacuer la population civile, Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’Onu pour la Syrie, a  affirmé pour sa part qu’il se tenait prêt à se rendre sur place pour l’ouverture d’un couloir humanitaire.

De son côté, l’aviation syrienne a lancé des tracts appelant les habitants à s’éloigner des positions des rebelles et des jihadistes et à coopérer avec les troupes gouvernementales. « Ces dernières ont ouvert des corridors sécurisés, au sud-est de la province, pour permettre aux civils qui le souhaitent de fuir. Une quinzaine de milliers de personnes, des femmes et des enfants en majorité, auraient emprunté ces passages, surveillés par la police militaire russe », indiquent les correspondants de RFI.

Face à cette sombre menace, le vicaire apostolique d’Alep met son espoir dans le prochain sommet qui réunira la Russie, l’Iran et la Turquie le 7 septembre prochain à Tabriz, au nord de l’Iran.

Selon Mgr Khazen, l’opinion publique syrienne attend que ces trois pays puissent mettre fin à la guerre civile qui ronge le pays depuis plus de sept ans. « Nous espérons que ces tentatives ne dissiperont pas seulement les dangers, mais déboucheront également sur un traité de paix durable. En Syrie, on a le sentiment que les actions diplomatiques et militaires des puissances régionales et de la Russie peuvent y parvenir. »

En attendant, « nous continuons à prier pour la paix, explique le prélat franciscain, et nous essayons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour régler la situation ». Pour lui, « [le] gouvernement a confiance dans les négociations entre la Russie, l’Iran et la Turquie et espère qu’ils traduiront leurs paroles en actions sur le champ de bataille. Nous espérons que le bloc occidental ne s’ingérera pas dans cette affaire, ce qui pourrait conduire à plus de violence », a-t-il conclu.

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