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La Terre Sainte n’est pas une option pour les chrétiens

Christophe Lafontaine
27 novembre 2018
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La Terre Sainte n’est pas une option pour les chrétiens
Le cardinal Sandri s'adressant aux Commissaires de Terre Sainte lors du 4ème Congrès international de l'Ordre franciscain ©Nadim Asfour/CTS

Le cardinal Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales a rappelé le soin que les chrétiens, comme les Commissaires de Terre Sainte réunis à Jérusalem actuellement, doivent avoir pour la Terre Sainte.


« Le soin des Lieux Saints de notre rédemption ainsi que la solidarité active avec les pierres vivantes qui y vivent encore aujourd’hui ne sont pas une option pour un chrétien. » Voici le préambule que le cardinal Sandri a posé devant près de 70 Commissaires de Terre Sainte, venus de toutes les provinces de l’Ordre franciscain de par le monde, réunis à Jérusalem à l’occasion de leur 4ème Congrès international.

Cette rencontre, intitulée « Pastorale du Pèlerinage : Accueil – Mémoire – Evangélisation » se tient du 26 novembre au 2 décembre 2018. Et a pour objectif principal d’approfondir la dimension évangélisatrice des Commissaires de Terre Sainte, par le biais de réflexions, de prières, de visites sur le terrain et de retours d’expériences.

Le cardinal Sandri, quant à lui, effectue en parallèle un voyage de trois jours, du 26 au 28 novembre. Ce qui lui a valu d’intervenir devant les Commissaires de Terre Sainte livrant le point de vue que tient la Congrégation des Eglises orientales dont il est à la tête, sur la question de l’identité des Commissaires, ces frères de l’Ordre mineur qui sont considérés comme de véritables ponts entre la Terre Sainte et les chrétiens du monde entier. N’omettant pas de rappeler que « Saint Paul VI avait l’intention de réveiller le désir ardent de toute l’Eglise pour la présence chrétienne ici et dans tout le Moyen-Orient. »

Car, il convient de le préciser, le voyage du cardinal argentin s’inscrit dans les pas de Paul VI, récemment canonisé. Le saint pape avait réalisé en 1964 un pèlerinage en Terre Sainte marqué notamment par l’historique rencontre œcuménique avec le patriarche orthodoxe de Constantinople, Athénagoras Ier. Dix ans après son voyage en Terre Sainte, Paul VI avait signé (le 25 mars 1974) l’exhortation apostolique Nobis in animo sur les besoins accrus de l’Eglise en Terre sainte. Un texte,sur lequel le Cardinal a largement appuyé son intervention, et qui reste très actuel dans l’analyse de la situation des chrétiens au Moyen-Orient.

C’est d’ailleurs dans cette optique que le préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales a exprimé au nom de son dicastère « un mot de gratitude » pour les Commissaires de Terre Sainte qui sont « répartis dans le monde entier » et qui ont « accepté le service d’éveil et d’accompagnement de l’attention que chaque chrétien doit avoir pour la Terre Sainte. » Soulignant qu’il ne s’agit pas tant « de soutenir des frères dans le besoin ou d’aider les missionnaires » mais plutôt de prendre soin de « son identité la plus profonde.» Parce que, comme le dit le Psaume, rappelle le Cardinal, « tout est là, c’est-à-dire ici à Jérusalem, où nous sommes nés. »

Et c’est pourquoi, il a cité l’exhortation Nobis in animo de  Saint Paul VI, qui déclare que « l’Eglise de Jérusalem, en effet, occupe une place de choix dans la sollicitude du Saint-Siège et dans les préoccupations du monde chrétien tout entier, alors même que l’intérêt pour les Lieux Saints, et en particulier pour la ville de Jérusalem, s’affirme aussi dans les plus hautes assemblées des nations et dans les plus importantes organisations internationales, afin d’en préserver l’intégrité et de garantir le libre exercice de la religion et du culte. » Une attention dont « la valeur n’a pas diminué, mais est malheureusement devenue encore plus pressante », a déploré le cardinal Sandri.

Le haut prélat, reprenant les mots du pape Paul VI a voulu insister sur la double nature de la Terre Sainte : celle des sanctuaires et des lieux saints et celle d’une Eglise vivante qui y vit et qui y travaille. Une communauté de fidèles chrétiens qui, « à travers l’histoire, a subi d’innombrables épreuves et a été soumise à de douloureuses vicissitudes : divisions internes, persécutions de l’extérieur et, depuis un certain temps, est affaiblie par l’émigration et est rendue incapable de se suffire à elle-même », disait encore le saint pape. Nécessitant ainsi « l’aide morale et matérielle » de l’Eglise universelle. Car sans la présence des chrétiens, sans « la chaleur d’un témoignage vivant », les « Lieux Saints chrétiens de Jérusalem et de la Terre Sainte deviendraient des musées », alertait déjà le pape Montini, il y a plus de cinquante ans. 

Ambassadeurs pour la Terre Sainte

D’où l’importance du rôle que jouent les Commissaires de Terre Sainte, ces ambassadeurs de la Custodie de Terre sainte dispersés aux quatre coins du Globe. Véritablement, « ils constituent un lien entre la province de Terre Sainte, la Custodie et le reste de l’Ordre (ndlr : franciscain), mais aussi entre la Custodie de Terre Sainte et l’Eglise universelle », avait rappelé le Fr. Francesco Patton, le Custode de Terre Sainte, quelques jours avant la rencontre internationale des Commissaires au micro du Christian Media Center.

Leur mission est en effet de faire connaître et aimer la Terre Sainte via notamment des journées dédiées et l’organisation de pèlerinages sur les Lieux Saints. C’est grâce aussi au soutien des Commissaires que la Custodie de Terre Sainte peut développer ses activités (pastorales, éducatives, sociales, garde des lieux saints…) notamment via les appels aux dons et surtout via la quête du Vendredi Saint, organisée dans toutes les paroisses du monde depuis l’impulsion définitive décidée par le pape Paul VI. En somme, « un service non pas seulement précieux, mais indispensable » a aussi déclaré le Fr. Francesco Patton.

Faire plus qu’organiser des pèlerinages

Pour le cardinal Sandri, la mission des Commissaires doit répondre à « une véritable vocation, loin d’être l’accomplissement d’une fonction bureaucratique qui voit la nécessité de [leur] nomination dans chaque province (ndlr : de l’Ordre franciscain). » Le préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales appelant dans la foulée les Commissaires à « faire plus que simplement organiser des pèlerinages ou coordonner la Collecte de Terre Sainte. » Autrement dit, selon lui, « former [leur] conscience et aider les autres à faire de même dans un véritable esprit ecclésial (…) et « catholique » – c’est-à-dire universel.

Comprendre qu’il est très important que la Journée annuelle de la Terre Sainte (ndlr : le Vendredi Saint ou un autre jour choisi par l’ordinaire du lieu) fonctionne dans une atmosphère authentiquement ecclésiale entre la Custodie de Terre Sainte, les Commissariats répartis dans le monde entier et la Congrégation pour les Eglises orientales. Chacun remplissant son rôle.

Le Cardinal a rappelé qu’une partie des fonds récoltés pour la Terre Sainte pouvait être allouée aux Commissariats pour les dépenses d’organisation et d’animation de cette journée. Mais seulement pour ce service, a insisté le cardinal Sandri. Avant de dire auprès des Commissaires sa confiance « dans le discernement, dans le sens de la responsabilité et dans le dialogue opérationnel sur ce point avec le Custode de Terre Sainte et ses collaborateurs du Bureau de l’économie. »

Toujours dans cette ligne ecclésiale, le Cardinal a confirmé que la Congrégation pour les Eglises orientales garantit que l’aide en provenance des chrétiens du monde entier peut également – en plus des catholiques latins – atteindre les autres communautés catholiques, aussi bien celles se trouvant à l’extérieur des frontières de la Palestine, de Chypre, d’Israël et de la Jordanie, que celles de rite oriental. A savoir, les coptes, les maronites, les melkites, les syriaques, les chaldéens et les arméniens. La répartition établie, à 65% pour la Custodie franciscaine et à 35% pour la Congrégation des Eglises orientales, en est le signe éloquent.

Pointant un problème d’ordre comptable et administratif, le Cardinal a fait comprendre qu’ « il ne devrait plus y avoir de cas où certains commissariats seraient dans l’impossibilité d’apporter à la Custodie ou à la Congrégation ce qu’ils pourraient recueillir auprès de [leurs] fidèles. » Il a ainsi expliqué que la Congrégation, à travers les représentations pontificales des pays où travaillent les Commissaires, peut aider à transférer matériellement les sommes destinées à la Terre Sainte, en particulier là où la législation en vigueur est difficile.

Enfin, a-t-il conclu, c’est un devoir de travailler avec précaution sur ces questions car les offrandes proviennent de personnes généreuses, vivant souvent modestement et simplement comme la pauvre veuve de l’Evangile. Soulignant que même si elles vivent dans des régions pauvres ou en guerre, elles ne veulent pas manquer à leur contribution pour l’Eglise de Terre Sainte…

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