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Un shabbat contre l’expulsion des travailleurs philippins

Christophe Lafontaine
27 février 2019
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Un shabbat contre l’expulsion des travailleurs philippins
Un père philippin lisant un journal israélien avec ses enfants dans une librairie de Ramat Gan (banlieue Est de Tel Aviv) © Miriam Alster / FLASH90

Plus de mille personnes dont des enfants catéchisés au vicariat pour les catholiques hébréophones ont protesté samedi 23 février à Tel Aviv contre l'expulsion de dizaines de mères et d'enfants philippins, d’Israël.


Le journal israélien Haaretz a rapporté lundi 18 février qu’Israël « était sur le point d’expulser des dizaines de travailleurs migrants philippins et leurs enfants. » Pour certains de manière imminente. Pour d’autres d’ici l’été. Pour cause de visas (ceux des parents et majoritairement des mères) arrivés à expiration. Leurs enfants sont soit nés en Israël soit ont passé la majeure partie de leur vie dans le pays. L’hébreu est leur première voire leur seule langue. Mais ils ne sont pas Israéliens pour autant. La loi ne donne la citoyenneté qu’aux enfants nés en Israël de citoyens israéliens. Les 30 000 Philippins en Israël (selon les chiffres du ministère philippin des Affaires étrangères) forment la première communauté de travailleurs étrangère. Beaucoup sont majoritairement des auxiliaires de vie auprès des personnes âgées, des personnes handicapées et des personnes malades, appréciés et bien intégrés dans le pays. Et 80 % d’entre eux sont chrétiens.

« Récemment, de nombreuses personnes ont été arrêtées et ont dû quitter le pays avec leurs enfants », a déclaré Eli Nehama, directeur de Bialik-Rogozin, une école dans laquelle de nombreux enfants migrants étudient, selon Haaretz. Un constat partagé par les représentants de la communauté philippine et des militants sociaux. Et ce « après une longue période sans aucune expulsion », souligne le quotidien israélien. « Après des années de négligence » de la part de l’Autorité israélienne de la population et de l’immigration, précise Ynet. L’Autorité est rattachée au ministère de l’Intérieur.

Selon le même journal, la réponse de l’Autorité de l’immigration est claire : « en règle générale, quiconque vit illégalement en Israël est censé savoir qu’il enfreint la loi et qu’elle sera appliquée à un moment ou à un autre. » L’autorité, a rapporté de son côté Haaretz dans son édition du 19 février, a affirmé que la politique n’a pas changé et qu’aucune décision d’expulsion massive n’a été prise.

Il n’empêche que cette recrudescence d’expulsions, précédées d’arrestations, a poussé l’organisation « United Children of Israel » formées par des travailleurs migrants et des mères philippines à mettre en place un événement public de protestation, samedi dernier à Tel Aviv, intitulé « shabbat philippin contre les expulsions ». Discours, danses, stands culinaires ont émaillé la manifestation.

« Nos enfants sont nés et ont grandi en Israël. Ne laissez pas les expulsions se produire. Rejoignez le combat », avait lancé dans un communiqué « United Children of Israel » en amont de l’événement.

Ainsi, des centaines d’Israéliens, y compris des membres du Meretz (parti de gauche), des conseillers municipaux de Tel Aviv, des artistes, des travailleurs étrangers originaires d’Amérique latine (eux aussi potentiellement menacés) ont pris part au « shabbat philippin » pour témoigner de leur solidarité à la communauté philippine réunie au Abraham Hostel.  Le vicariat pour les catholiques de langue hébraïque en Israël qui a relayé cette actualité sur son site institutionnel, a fait savoir que « beaucoup d’enfants qui assistent [aux] cours de catéchisme ont pris part à cet événement, afin de présenter la beauté de la culture philippine et de montrer leur amour pour l’Etat d’Israël, leur mère patrie, dans laquelle ils espèrent grandir et pour laquelle ils espèrent contribuer de leur mieux. » L’événement a rassemblé au total plus d’un millier de personnes.

Déracinement et traumatisme des enfants

« Nous sommes arrivés en Israël légalement il y a de nombreuses années et depuis lors, nous travaillons avec une grande dévotion en prenant soin des personnes âgées et des personnes ayant des besoins spéciaux », ont déclaré les organisateurs de l’événement dans leur communiqué, repris dans Haaretz.

Mais c’est surtout pour leurs enfants que les craintes sont les plus fortes. Margaret, une des organisatrices du « shabbat philippin », a confié à Haaretz : « j’espère que nous aurons l’occasion de rester ici, pas pour nous, les parents, mais pour le bien de nos enfants. »

Selon Haaretz, le gouvernement avait pris deux décisions, en 2006 et 2010, accordant la résidence à certains enfants de travailleurs migrants. Maintenant, les enfants qui n’ont pas obtenu la résidence, mais qui ont été éduqués en Israël, demandent au gouvernement de les reconnaître également et de ne pas les expulser dans le pays d’origine de leurs parents, où ils ne se sont jamais rendus. « Moi et les autres enfants nés en Israël ne méritons vraiment pas d’être en prison avec nos parents car nous ne sommes coupables de rien, nous sommes innocents », a déclaré sous le stress un jeune garçon de 12 ans, cité dans les colonnes d’Ynet.  Beaucoup sont « des garçons et les filles de 11 ou 12 ans » qui « ont peur et demandent le droit de vivre ici, comme tout le monde », assène le vicariat hébréophone.

Dans leur communiqué, les organisateurs expliquent : « nos enfants sont nés et ont grandi en Israël. Ils ont étudié dans le système éducatif israélien aux côtés d’enfants israéliens et, à l’instar de leurs amis, ils jouent, chantent et rêvent en hébreu. A présent, nos enfants risquent l’expulsion vers un pays qu’ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue (ndlr : « le tagalog ». Pour information, selon les statistiques fournies par le ministère de l’Éducation à Haaretz, quelque 1 478 enfants de travailleurs philippins étudient dans le système éducatif israélien.

« Chaque incident de ce type (ndlr : arrestation et expulsion) a de graves répercussions émotionnelles sur les enfants et sur les autres enfants qui se sentent être les prochains. Cela crée de l’anxiété, de la dépression et des difficultés d’apprentissage », explique dans le journal, Eli Nehama, directeur de l’école Bialik-Rogozin. « Dans le passé, il y avait des arrestations en pleine nuit et des enfants disparaissaient sans dire au revoir à leurs amis et à l’école. Je me suis donc mis d’accord avec l’Autorité chargée de la population et de l’immigration selon lequel l’expulsion des familles ne se produirait qu’à l’été afin que l’enfant puisse terminer l’année scolaire », a-t-il déclaré.

L’Etat des Philippines, dans un communiqué du département philippin des Affaires étrangères, a lancé mercredi 20 février un appel à Israël pour qu’il expulse « d’une manière ordonnée et bienveillante » les dizaines de mères philippines et leurs enfants menacés d’expulsion d’Israël considérés comme étant restés trop longtemps dans l’Etat hébreu. Le ministère reconnaissant que les travailleurs philippins « ont la responsabilité de respecter les lois sur l’immigration » de leur pays d’accueil. Sarah Lou Arriola, sous-secrétaire aux affaires étrangères des travailleurs migrants, a déclaré que son ministère était prêt à fournir une aide à la réintégration à tous ceux qui étaient rapatriés, étant citoyens philippins.

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