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Frère Alois: la première rencontre de Taizé à Beyrouth

Elisabetta Giudrinetti
28 mars 2019
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Frère Alois: la première rencontre de Taizé à Beyrouth
Frère Alois Löser, prieur de Taizé depuis 2005

La première rencontre internationale de jeunes organisée par la communauté de Taizé a eu lieu du 22 au 26 mars à Beyrouth. Frère Alois, prieur de la communauté œcuménique, explique le sens de l'événement.


Plus de 1600 jeunes entre 18 à 35 ans, originaires du Liban, du Moyen-Orient et d’autres pays, étaient attendus à Beyrouth pour participer à la rencontre œcuménique internationale de jeunes organisée par la communauté de Taizé, par les Eglises du Liban et le Conseil des Eglises au Moyen-Orient. La rencontre, du 22 au 26 mars, prévoyait un programme riche, avec des temps de prière dans les paroisses, de lecture partagée de textes bibliques, une participation à divers ateliers sur le thème général suivant : « Le juste poussera comme un cèdre du Liban » (Psaume 91, 13). A quelques heures du lancement, nous avions rencontré Frère Alois Löser, prieur de Taizé.

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Frère Alois, c’est la première fois qu’un rassemblement œcuménique de Taizé pour les jeunes se tient au Moyen-Orient…

Oui, et c’est une grande joie. De nombreux jeunes du Liban viennent à Taizé et nous avons voulu répondre à cela. Depuis de nombreuses années, les frères viennent aussi au Liban, frère Roger lui-même est venu en 1982, pendant la guerre. Les liens avec le Liban sont profonds et c’est une joie pour nous de pouvoir faire ce pèlerinage de confiance avec toutes les Eglises du Liban. Avec une rencontre avec les musulmans le 25 mars, fête de l’Annonciation, célébrée par les chrétiens comme par les musulmans : cette fête est une spécificité du Liban et Marie constitue donc un lien fort entre nous.

Depuis quelques années, le 25 mars est au Liban une fête nationale : une fête choisie au nom de Marie. Un beau signe, un signe de réconciliation, pour reprendre un mot cher à l’esprit de Taizé.

C’est l’espérance de pouvoir vivre ensemble. Non dans la peur, mais dans la confiance, en sachant que nous pouvons accepter l’autre. Nous sommes différents, mais nous pouvons nous rencontrer en confiance et cette rencontre à Beyrouth est un pèlerinage de confiance. Nous voulons vivre la communion entre nous et la créer.

Le mot confiance était un mot cher à frère Roger, laissé dans son testament spirituel pour tous les frères…

Très cher. Cependant, cette confiance doit toujours naître dans notre cœur. La confiance n’est pas une activité, c’est une attitude profonde qui vient de la foi, parce que Dieu nous donne la confiance. C’est la confiance de Dieu qui a donné le Christ à l’humanité : cela doit être pour nous la source de la confiance entre nous.

Est-ce difficile aujourd’hui d’avoir confiance ?

Oui, parce qu’aujourd’hui il y a beaucoup de divisions qui sont de plus en plus profondes et qu’il y a aussi beaucoup de peurs. En Europe, nous avons peur des autres et des migrants : nous devons surmonter cette peur, qui est compréhensible, mais elle est un signe du temps que nous vivons, car nous sommes aujourd’hui confrontés au défi mondial de la migration et nous devons y être ouverts, sinon nous ne vivons pas l’Evangile.

Quels vœux avoir pour cette rencontre à Beyrouth ?

L’hospitalité des Libanais est très grande, ils ont le cœur ouvert. Cette hospitalité ne peut pas laisser indifférents les jeunes européens comme ceux qui sont originaires des pays arabes. Une hospitalité qui peut vraiment changer les cœurs.

A-t-il été difficile de préparer cette rencontre ?

Le plus difficile était d’imaginer que cela puisse être réalisable. Cependant, grâce au soutien de toutes les Églises libanaises et du Conseil des Églises au Moyen-Orient, qui ont formé un groupe de préparation avec beaucoup d’enthousiasme et l’ont organisé, tout cela a été rendu possible.

Quelle a été la réponse de l’islam ?

Au Liban, il y a beaucoup de liens entre le monde chrétien et l’islam et je pense que nous pouvons vivre une belle relation. Comme lundi 25, pour la célébration commune au nom de Marie. En Europe, nous n’arrivons pas encore à imaginer une prière commune avec les musulmans, même si quelques églises en France commencent à le faire.

Depuis des années, Taizé est un phare pour les jeunes, un point de référence, qu’ils recherchent chez vous et où ils trouvent l’espérance. Quel est l’esprit de Taizé ?

C’est extraordinaire que des jeunes continuent à venir à Taizé depuis plus de cinquante ans. Nous voulons surtout écouter les jeunes et ils viennent à nous pour parler. Chaque soir, nous restons dans l’église et les jeunes peuvent venir parler à quelqu’un. Nous croyons que nous devons offrir une chance aux jeunes afin qu’ils puissent dire quelque chose de leur cœur, une souffrance, une joie, tout ce qui peut être accueilli. Écouter pour accueillir et donner ainsi confiance, pour aller de l’avant malgré les difficultés. Aujourd’hui, les jeunes ne peuvent pas faire des projets pour leur avenir, ils doivent changer leurs perspectives et cela ne les aide pas à construire leur vie.

Concernant ce besoin d’être écouté, il est plus facile de trouver quelqu’un à Taizé, que de trouver quelqu’un dans la vie quotidienne qui sache et, surtout, qui veuille bien écouter…

Il est important qu’il y ait dans l’Eglise des personnes – des femmes et des hommes, pas seulement des prêtres, mais aussi des laïcs – qui soient formés à l’écoute, qui puissent être disposés à accueillir et qui aient du temps. C’est une grande difficulté pour l’Église d’aujourd’hui. Les prêtres manquent de temps, car ils doivent faire beaucoup de choses, mais cette disponibilité est importante et il est important que nous puissions la trouver dans l’Église.

Un souvenir personnel de frère Roger…

Sa bonté. Une bonté alliée à une grande énergie capable de croire que les choses sont possibles même si nous pensions qu’elles ne l’étaient pas. Une grande confiance, active et non passive, à croire les choses possibles, à croire à la réconciliation possible, au pardon sans condition, que frère Roger a donné et dont il a témoigné par sa présence, ses mots et, surtout, par son accueil envers nous les frères, et les jeunes. Même devenu âgé, il restait à l’église le soir pour accueillir les jeunes et leur donner cette confiance, qui est le vrai courage.

Et qu’est-ce que l’esprit de Taizé ?

C’est l’esprit de l’Évangile, pas celui de Taizé. C’est l’esprit de Marie qui est accueil et courage.

Cette rencontre œcuménique de jeunes à Beyrouth, ville complexe, capitale d’un pays qui a connu dans son histoire des moments très difficiles, des tragédies, qui l’ont frappé au cœur. Mais il est juste de rappeler que l’histoire du Liban est une histoire qui remonte loin : une histoire d’amour avec Dieu, qui a toujours eu dans son cœur cette parcelle de terre, comme nous l’enseigne la Bible…

Jean-Paul II a dit une très belle phrase : « Le Liban n’est pas qu’un pays, le Liban est un message ». Et c’est vrai ! Les Libanais vivent ensemble, malgré les nombreuses difficultés, y compris la guerre qui a laissé des traces profondes, mais ils continuent à vivre ensemble. Et cela est un message d’espérance pour le monde, pour les jeunes Européens présents à la rencontre. Avec une inhérente complexité. Il ne faut pas être naïf, car la complexité est là et elle est omniprésente.

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