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Festival des Lumières : évènement culturel, vocation politique ?

Guillaume Genet
3 juillet 2019
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Le 11e Festival des Lumières se tenait cette année du 26 juin au 4 juillet. L’événement attire des milliers de visiteurs dans - et aux abords de - la vieille ville pour la découvrir. Dans son entièreté. Ou presque…


Sons, lumières, rires et sourires. L’ambiance, au-delà d’être « bon enfant », est surtout à l’émerveillement. Nous sommes Porte de Jaffa, l’un des points névralgiques du Festival des Lumières de Jérusalem. Ici convergent deux des trois « voies colorées » (rouge, bleu, verte) établies pour guider à travers la vieille ville les visiteurs nocturnes venus admirer les illuminations artistiques mais aussi les musiciens et acteurs présents. On peut apercevoir au loin une boule à facette géante suspendue à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, tandis que sur les remparts sont projetés des animations vidéo synchronisées au rythme de la musique. Toutes les tranches d’âge semblent représentées. Jeunes sortant en groupes, familles avec enfants, jeunes couples, difficile de dégager un profil type du visiteur tant la population présente semble hétérogène. « C’est notre première visite cette semaine » confie Moshe, juif résidant à Jérusalem-ouest, accompagné de sa femme et de leurs deux enfants. « Chaque année c’est un bon moment » confie-t-il. Un peu plus loin, un groupe de jeunes touristes américains de passage en Terre Sainte font part de leur admiration. « On ne savait pas en venant qu’il y avait un festival des lumières, c’est une bonne surprise » explique l’un d’entre eux, « on pensait seulement visiter quelques lieux dans la vieille ville ». Une seule chose semble être partagée par tous ces spectateurs d’un soir : leur enthousiasme face à ce qui se déroule sous leurs yeux. On les comprend. Pour cette 11e édition, la municipalité de Jérusalem, en charge de l’organisation de l’évènement, a encore vu les choses en grand. En atteste la diversité des représentations proposées au public avec plus d’une trentaine de shows autour de la lumière, du son et d’expositions jalonnant l’extérieur et l’intérieur de la vieille ville. Mais réellement de toute la vieille ville ?

Oubli ou déni ?

Nous sommes cette fois à environ dix minutes à pied de la Porte de Jaffa, au croisement de la Via Dolorosa et de la rue Al-Wad, menant à Porte de Damas, dans le quartier musulman. Ici, changement de décor, pas de musique à tout-va ni de néons, spots lumineux ou projections vidéo. Seuls quelques habitants déambulent dans les rues plutôt vides du quartier. Une atmosphère qui dénote radicalement avec l’ambiance festive et vivante qui règne à environ 600 mètres de là.

En se penchant sur la carte établie pour le Festival, on se rend très vite compte que les itinéraires tracés empruntent de manière ostensible les chemins des quartiers juif, chrétien, arménien mais omettent totalement le quartier musulman. Malgré la voie qui descend jusqu’à la Porte de Damas et à la Grotte d’Ezéchias la partie la plus densément peuplée de la ville est soigneusement évitée. Pourquoi une telle absence dans un festival qui se veut celui de toute la vieille ville de Jérusalem ? Pour les habitants du quartier musulman la réponse est politique. « Ils (les organisateurs) ne veulent pas faire venir les gens ici, ils veulent montrer aux visiteurs que la vieille ville se résume au quartier juif » affirme un des résidents croisé à proximité de la Porte de Damas. « Mais c’est oublier un quartier majeur de la vieille ville qui la compose, au même titre que celui des chrétiens ou des juifs ». Un autre, attablé devant un restaurant estime que l’évènement est uniquement politique. « C’est un moyen de montrer aux touristes et à ceux qui ne fréquentent pas la vieille ville que tout va bien et qu’il n’y a aucun problème » constate-t-il, déplorant le fait qu’« occulter les problèmes et les conflits, c’est mentir sur la réalité de ce qui se passe ici ». S’il constate que l’évènement a une vocation politique, il reconnaît néanmoins la « beauté du spectacle » auquel il admet s’être déjà rendu « par curiosité ».

Pour les nombreux résidents palestiniens de la ville que l’on peut croiser, le festival des Lumières est une attraction nocturne. Elles sont rares à Jérusalem-Est, sinon inexistantes. Mais la plupart des Palestiniens boycottent purement et simplement ce qu’ils tiennent pour une affirmation de la colonisation d’une Jérusalem occupée.

« Pendant une semaine on fait croire qu’à Jérusalem tout le monde est beau et tout le monde peut être heureux ensemble, mais pourtant personne ne passe ici (au centre du quartier musulman) » explique Issa, palestinien résidant depuis toujours à Jérusalem-est. Un quartier qui concentre toutes les tensions de la ville et qu’il serait impossible de sécuriser.

« On veut montrer une image belle et accueillante de Jérusalem, mais c’est juste une image, c’est beaucoup plus compliqué » confie-t-il, regrettant que « de plus en plus de gens se font avoir par cela ». Un festival qui finalement ne met pas toujours en lumière la diversité et la complexité de Jérusalem.

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