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Les Arabes israéliens luttent contre le coronavirus en tant que médecins de premier ordre mais citoyens de second ordre

Claire Riobé
18 mars 2020
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Les Arabes israéliens luttent contre le coronavirus en tant que médecins de premier ordre mais citoyens de second ordre
Des travailleurs à l'intérieur d'un bâtiment de l'hôpital de Tel HaShomer (Israël) qui a été converti pour recevoir les Israéliens atteints du coronavirus. Le 20 février 2020. ©Avshalom Sassoni/Flash90

En ces jours de crise sanitaire, médecins, infirmiers et aides-soignants israéliens sont débordés. Parmi eux, plus de 17% d'arabes israéliens sont tout entier mobilisés pour le pays. Pourtant, quand il s'agit de leur représentation au sein du futur gouvernement, Benjamin Netanyahou les considère comme un "danger". Retour sur un article du journal Haaretz, publié le 17 mars 2020.


En référence à l’actuelle épidémie de coronavirus, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu déclarait le 12 mars dernier : « Un gouvernement d’urgence a été établi il y a 53 ans en Israël. J’appelle maintenant à la mise en place d’un gouvernement similaire”. Le chef du Likoud a, dans un même temps, qualifié les membres arabes de la Knesset de « partisans du terrorisme ». Une tactique politique récurrente ces derniers mois, alors que les différents partis du pays tentent de trouver un terrain d’entente pour former, le plus vite possible, un gouvernement de coalition.

On aurait pourtant pu attendre de Benjamin Netanyahu d’avantage de finesse, ces jours-ci, alors que de nombreux arabes israéliens du personnel hospitalier se mobilisent dans la crise sanitaire du coronavirus. Parmi les médecins du pays, 17 % sont arabes israéliens. Comme leurs confrères, ils tentent de guérir des vies juives 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. “Pourquoi est-il normal que nous soyons en première ligne des hôpitaux israéliens pour combattre le coronavirus, mais pas légitimes lorsqu’il s’agit de faire partie du gouvernement ?”, tonne la docteure Suad Haj Yihye Yassin, dans une interview au Haaretz. Arabe israélienne de 31 ans, la jeune femme travaille jours et nuits depuis trois semaines au centre médical Sheba, à l’ouest de Tel Aviv.

Forte présence dans le milieu médical

En Israël, les Arabes occupent 6,8 % des emplois gouvernementaux et12,4 % des emplois du domaine de santé publique. Dans les études d’infirmiers (y compris en gériatrie), 42 % des étudiants sont arabes. 38 % des pharmaciens sont arabes. Au sein de la chaîne de pharmacies Superpharm, 62 % des employés sont arabes. 

Plusieurs raisons expliquent la forte présence arabe au sein des professions médicales. D’abord car Israël est constamment en demande de médecins, et cela s’accroît d’année en année. Un rapport international sur la santé, publié par l’OCDE en novembre 2019, indique en effet qu’Israël est le seul pays parmi les 36 étudiés à ne pas connaître de hausse de son nombre de praticiens depuis l’an 2000.

Près de la moitié des médecins, qui ont plus de 55 ans, atteint l’âge de la retraite, et le pays risque de faire face à une grave pénurie dans les années à venir. Ce faible nombre de docteurs s’explique par le taux de croissance de la population israélienne qui a augmenté de 40 % entre 2000 et 2017, ajoute le rapport. De même, le nombre d’infirmiers par tête a également chuté entre l’an 2000 et 2017. Seules quatre autres nations ont également connu un déclin similaire. S’ajoute à cela que la médecine demeure une profession prestigieuse pour les israéliens juifs comme pour les arabes israéliens, qui promet une carrière stable à l’étudiant qui la choisit.

Citoyens de seconde zone ?

Par ailleurs, le système de santé donne aux arabes israéliens la possibilité de trouver un emploi au-delà des limites de leur société d’origine, et de faire partie intégrante de la société juive. Dans une interview pour le journal Haaretz, l’infirmière Sanabel Lafi explique que si sa profession lui permet aujourd’hui de soigner tout le monde, la société israélienne aurait eu bien plus de mal à l’accepter en tant qu’enseignante dans une école juive.

”Je soigne tous ceux qui viennent à l’hôpital, peu importe qu’ils soient juifs ou arabes ; chaque personne, quelle que soit sa race ou son sexe, recevra de moi les meilleurs soins”, explique ainsi lsuad Haj Yihye Yassin. “Mais quand je rentre des urgences, après avoir donné le meilleur de moi-même pour soigner tout le monde, et que j’entends le Premier ministre dire que nous devons former un gouvernement d’unité nationale pour faire face à la crise sans les Arabes, comme si nous étions des citoyens de seconde zone, ça me fait mal”.  

Et Netanyahu de re-enfoncer le clou sur les réseaux sociaux, le 14 mars dernier : « Alors que le Premier ministre Netanyahu gère une crise mondiale et nationale sans précédent de la manière la plus responsable et la plus équilibrée, Gantz galope vers un gouvernement minoritaire qui dépend (…) des partisans de la terreur, plutôt que de rejoindre un gouvernement d’urgence national qui sauvera des vies”. Le chef du Likoud tente à tout prix d’empêcher la ligue des partis arabes d’acquérir une légitimité aux yeux de l’opinion juive, et de devenir partie intégrante de la politique israélienne.

Et pourtant, si jamais les médecins et les infirmières arabes décidaient d’arrêter de travailler ou de se mettre en grève jusqu’à ce qu’ils soient correctement représentés au gouvernement, conclut le Haaretz, le système de santé israélien ne serait plus en mesure de faire face à la crise du coronavirus.

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