Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

“Pour comprendre la Bible,il faut la vivre sur le terrain”

Propos recueillis par Cécile Lemoine
15 janvier 2021
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Pour fêter les cinq années d’existence de ses MOOC, le Collège des Bernardins avait prévu en 2021, en partenariat avec Terre Sainte Magazine, un “voyage biblique” virtuel. Découvrir les décors où a été vécue et écrite la Bible pour mieux la comprendre, telle est l’ambition de cette formation, explique le père Jean-Philippe Fabre directeur des Cours Publics à l’École Cathédrale et auteur du MOOC. Ce n’est que partie remise : rendez-vous est fixé en janvier 2022.


Que représente la Terre Sainte dans l’enseignement dispensé à l’École Cathédrale, le pôle formation du Collège des Bernardins ?

Depuis sa création dans les années 1980, le travail sur les Écritures est au cœur des enseignements de l’École Cathédrale. Nous vivons profondément l’idée que l’Écriture est l’âme de la théologie. Lié à cela, le Collège a toujours eu un grand enthousiasme pour la Terre Sainte et y envoie chaque année de nombreux étudiants et séminaristes. J’accompagne moi-même depuis 20 ans des pèlerins en Terre Sainte. Car pour comprendre et étudier la Bible dans son entièreté, rien de mieux que de la découvrir sur le terrain au cœur de ces montagnes, ces déserts et ces lacs, où elle a été tout à la fois vécue et écrite.

Quel est l’objectif de ce cours ?

C’est un MOOC original, car il s’agit d’emmener les gens en Terre Sainte par le biais d’un voyage d’étude biblique virtuel. Les enseignements, filmés sur place au préalable, proposeront une lecture dynamique de la Bible sur le terrain. Chacun pourra, Bible en main, étudier les Écritures au plus près des personnages qui les ont vécues et rédigées. Treize semaines durant et à l’aide de quatre vidéos de sept minutes hebdomadaires, nous reviendrons sur la manière dont la Révélation du Dieu vivant s’est faite au sein de ce peuple et de cette terre d’Israël. Jésus disait aux disciples d’Emmaüs : “Cœurs sans intelligence, lents à croire ce qu’ont dit les prophètes“ -Lc 24, 25. On a du mal à croire sans comprendre. En faisant un voyage d’étude, on touche l’intelligence, mais aussi le cœur. Ce parcours sera la découverte du Verbe fait chair sur une terre. Chacun, quel que soit son âge, sa religion ou son expérience, pourra prendre conscience de la réalité et de la cohérence des événements racontés par la Bible.

Dans quelle mesure vous êtes-vous inspiré du concept de la Bible sur le terrain (BST), un pèlerinage révolutionnaire imaginé par le père Jacques Fontaine, pour créer ce MOOC ?

L’héritage du père Fontaine, dominicain que j’ai eu la joie de rencontrer à plusieurs reprises, est très présent dans ce cours. C’est en lisant la Bible et en traversant le pays qu’il a pris conscience de ce que cette terre avait à dire des Écritures et qu’il a conçu un pèlerinage itinérant, pour voyager au cœur de la dimension géographique, mais aussi historique de la Révélation. Chaque prêtre en fait sa propre lecture. Nous avons ici adapté le concept : si chacune des 13 semaines de cours correspondra à un jour de pèlerinage BST, l’aspect dévotion sera mis de côté : pas de prières, ni d’enseignements généraux ou dogmatiques.

Nous progresserons selon le voyage en signe de croix imaginé par le père Fontaine. “Au nom du Père”, dans les déserts du sud, là où tout commence avec Abraham, Moïse… Cet ancrage au désert est aussi incontournable que l’Ancien Testament est indispensable pour comprendre Jésus, sur les pas duquel on marchera au nord, en Galilée : “Et du Fils”. Nous finirons par Jérusalem, ville à la réalité si complexe qu’il faut en faire le tour, avant d’y monter. Ville sainte par excellence qui récapitule l’ancienne et la nouvelle Alliance dans l’attente de la Jérusalem céleste : “Et du Saint-Esprit”.

Le voyage ne sera que virtuel et donc partiel. Comment approfondir l’expérience de la Terre Sainte par la suite ?

Comme tous les MOOC, il s’agit surtout d’une invitation à aller plus loin. Si les conditions sanitaires le permettent, nous proposerons à l’issue de la formation, un voyage aux participants qui souhaiteront poursuivre leur immersion en Terre Sainte. Nous sommes conscients qu’une réalité virtuelle est moins forte qu’une réalité expérimentée. Mais on peut étudier de loin. Chaque enseignement sera enrichi par des ressources pédagogiques, notamment archéologiques, géographiques, provenant de la Custodie de Terre Sainte. Dans les précédents MOOC, nous avons eu de nombreux retours de gens qui expliquaient avoir été touchés par le simple fait d’ouvrir la Bible et d’en comprendre la cohérence. Alors si on mélange ça avec la découverte du terrain par l’intermédiaire de belles images filmées sur place, c’est le combo gagnant.

Puisque le MOOC est un cours, y aura-t-il des devoirs ?

Nous fonctionnons sur la base d’un QCM hebdomadaire, et d’une évaluation finale également sous forme de QCM. Les participants en raffolent. Nous proposerons aussi deux devoirs de synthèse. L’exercice, une réflexion de quelques paragraphes autour d’une question, est toutefois facultatif. Les copies seront corrigées par les pairs : chaque participant acceptera d’évaluer le travail de trois autres étudiants. Rien de bien sorcier : les notes ne peuvent pas descendre en dessous de trois sur cinq (rires)…

La force des cours, c’est justement de pouvoir s’enrichir des autres. Comment parvenez-vous à créer cet esprit de communauté ?

Le forum est un pilier du MOOC. Les discussions y sont extrêmement vivantes, et le professeur s’y investit énormément. C’est un lieu d’échange, de partage qui fait communauté et permet la progression. SINOD, la plateforme qui regroupe les MOOC du Collège des Bernardins, c’est d’abord une communauté d’apprenants avant d’être des cours de théologie en ligne.t

 

Propos recueillis par Christophe Lafontaine

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