Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

La Une contre intuitive

Marie-Armelle Beaulieu
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Il est fort à parier que dans toutes les rédactions du monde l’alliance de cette photo avec ce titre passerait pour du grand n’importe quoi. Comment, en effet, traduire la vocation de l’accueil avec une photo qui ne montre personne ?


Oui, mais justement, nous parlons de sanctuaires sans pèlerins, donc ça se voit ! Par ailleurs, la photo ne montre pas tout à fait personne.


L’icône de la Visitation représente la joyeuse accolade entre la Vierge Marie et sa cousine Élisabeth. L’or de l’icône représente la gloire de Dieu. C’est pour cela que ce doit être de l’or. Il est inaltérable et la gloire de Dieu ne saurait se passer de couleur.


Il y a aussi, hors champ, frère Rafael qui est venu installer l’icône nouvellement peinte. Lors de l’interview (voir page 38), je l’ai interrogé sur la spiritualité du lieu.


L’absence de pèlerins lui a permis de la creuser encore davantage. Et le fruit de sa méditation présente un aspect original de la Vierge Marie. Pas celui de la perfection qu’on lui prête et qui peut impressionner, mais celui d’une jeune fille d’une générosité sans retour envers le Seigneur, qui a dit oui de tout son cœur mais qui, a minima, reste perplexe voire doute malgré la confiance.


“Je ne pense pas qu’elle ait tout compris à l’Annonciation. Quand je demande aux pèlerins pourquoi Marie est-elle venue voir Élisabeth, ils me répondent : “Pour se mettre à son service”. Oui, bien sûr. Mais elle est aussi venue parce qu’elle doutait. Certes, l’ange lui a parlé et elle a répondu : “Qu’il me soit fait selon ta parole.” Mais cela ne signifie pas qu’elle n’a pas été envahie de questions.


Quel âge a-t-elle au moment de l’Annonciation ? Quinze ? Seize ans ? Un ange – excusez du peu – l’informe qu’elle portera le Fils de Dieu sans connaître d’homme. Comment aurait-elle pu tout comprendre ? Mais quand Élisabeth lui dit : “Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?”, quand Marie réalise qu’Élisabeth “sait”, elle est libérée de ces doutes et elle peut laisser jaillir le Magnificat.”


“C’est ici, à la Visitation, poursuit frère Rafael, que j’ai découvert cette Marie humaine, forte, traversée par le doute mais fidèle à la Parole de Dieu. Ce n’est pas sa perfection qui nous la rend exemplaire mais son humanité, sa foi qui, même traversée de questions, reste ferme dans la confiance. Pas une confiance passive, mais une confiance qui pousse Jésus à faire son premier miracle à Cana. C’est ce visage que l’Église propose à la 4e station du chemin de croix. C’est le négatif de la Visitation : Marie rencontre son fils qui va vers la mort, elle ne le retient pas, elle l’accompagne en silence, le cœur transpercé par les questions et la peine, mais la foi intacte pour le “porter” jusqu’au bout”.

Dernière mise à jour: 11/07/2026 19:53