Après la Pentecôte, les vies des douze apôtres prirent des tournures inattendues pour des juifs qui, jusque-là, étaient restés attachés à un petit morceau de terre en Galilée ou en Judée. Leurs hagiographies racontent les longs voyages que la plupart entreprirent pour prêcher l’Évangile.
À l’inverse, Jacques fils d’Alphée, appelé “le Mineur”, resta à Jérusalem et fut le premier évêque de ce germe d’Église entièrement juif. C’est pourquoi il parut naturel, il y a soixante-dix ans, d’appeler de son nom l’Œuvre Saint-Jacques, petit noyau de catholiques en Israël issus du judaïsme ou liés à celui-ci pour des raisons familiales, linguistiques et culturelles.
Des premiers pas à aujourd’hui
L’Œuvre Saint-Jacques naquit en 1954-1955 de l’intuition d’un petit groupe de prêtres et de laïcs – femmes et hommes – qui perçurent la nouveauté historique de l’État d’Israël. Pour la première fois depuis près de deux millénaires, des croyants en Jésus vivaient au sein d’une société à majorité juive.
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Une étape décisive fut l’autorisation de célébrer la liturgie en langue hébraïque. “Lorsque, au milieu des années 1950 – sous le pontificat de Pie XII et donc avant le concile œcuménique Vatican II – le cardinal Eugène Tisserant, préfet de la Congrégation pour les Églises orientales, accorda la possibilité de célébrer la messe en langue hébraïque, peu comprirent l’importance de cette décision (…) qui reposait sur un principe précis : l’hébreu, au même titre que le latin et le grec, devait être considéré comme une “langue ancienne” de l’Église. Cela n’échappa cependant pas au “petit troupeau” des chrétiens d’expression hébraïque du nouvel État d’Israël” (1), qui commencèrent, presque en balbutiant, à réciter en hébreu les textes liturgiques et les passages bibliques.
Quelques années plus tard, le Concile ouvrit de nouvelles voies à la petite communauté. En 1965, la déclaration conciliaire Nostra Ætate révolutionna les rapports de l’Église avec le peuple juif, rejetant toute forme d’antisémitisme et reconnaissant le lien unique entre judaïsme et christianisme.
Suivirent des décennies de lente consolidation : on mit en place la liturgie en hébreu, on traduisit le catéchisme, on composa de la musique. En 1990, le patriarche Michel Sabbah nomma le père Jean-Baptiste Gourion, bénédictin d’origine juive, vicaire patriarcal. Ce fut la première reconnaissance institutionnelle explicite. En 2003 Mgr Gourion – qui mourut prématurément en 2005 – fut ordonné évêque auxiliaire. Une décennie plus tard, au début de 2013, le Saint-Siège approuve également les statuts du Vicariat Saint-Jacques.
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Le Vicariat regroupe aujourd’hui environ mille personnes réparties dans des communautés présentes à Jérusalem, Tel-Aviv-Jaffa, Haïfa, Beer-Sheva et Tibériade. Une mosaïque variée composée de fidèles d’origine juive, de croyants venus d’autres pays (notamment des territoires de l’ex-Union soviétique), de réfugiés, de travailleurs étrangers et de leurs enfants nés en Israël mais dépourvus de citoyenneté israélienne.
Comme un pont
Dans l’homélie qu’il donna pour cet anniversaire, le cardinal Pizzaballa observa : “Soixante-dix années de vie du Vicariat ont été une pratique quotidienne d’authentique vie ecclésiale : traduire, accompagner, écouter, servir. Non pour construire une Église “différente”, mais pour construire, de l’intérieur, l’unique Église de Jésus, à Jérusalem, en Israël, en Terre Sainte.”
“Que le Vicariat des catholiques de langue hébraïque – souhaita le cardinal qui accompagna lui-même plusieurs années cette communauté – continue d’être au cœur de l’Église-Mère un signe de fidélité et de joie : non pas une frange, mais une voix vitale ; non pas un refuge, mais un pont. Et un pont entre qui ? Entre l’Église des nations, entrée dans l’Alliance par la foi dans le Christ, et le peuple d’Israël. Le Vicariat ne se place pas entre ces deux rives pour effacer les différences, mais pour nous rappeler que la foi en Jésus-Christ est source de joie et de paix.”
Témoins et protagonistes
Étaient présentes pour la célébration plusieurs figures de la communauté. Le jésuite David Neuhaus, qui a reçu le baptême dans la Qehila (la communauté) et accompagna le Vicariat Saint-Jacques comme vicaire épiscopal de 2009 à 2017.
“Notre grand défi – dit-il – a toujours été de donner une expression à une forme de vie catholique en langue hébraïque, enracinée dans la tradition juive et dans la société israélienne, partageant le poids de nos responsabilités civiques, en communion avec nos frères et sœurs arabes, en Israël, en Palestine et dans tout le Moyen-Orient (…) en dialogue avec les juifs et les musulmans.”
Le père Rafic Nahra, aujourd’hui évêque auxiliaire pour Israël à Nazareth, rappelle qu’en tant qu’arabe chrétien il a appris à se sentir chez lui dans une communauté de langue hébraïque. Vicaire de 2017 à 2021, il raconta : “Avant de m’investir dans cette mission, je me demandais parfois ce qu’on pouvait faire pour développer les liens entre les communautés et la société juive en Israël. Je pensais à des activités comme des conférences, des journées d’étude et autres. Mais à partir du moment où les communautés ont commencé à servir les pauvres, j’ai vu combien d’Israéliens se sont présentés spontanément, nous ont rejoints et ont demandé à pouvoir aider. Une merveilleuse collaboration est ainsi née.”
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“Depuis le 7-Octobre, poursuivit Mgr Nahra, beaucoup de choses se sont compliquées dans la société israélienne, surtout dans les relations entre juifs et arabes. Cela a eu des répercussions également au niveau ecclésial. (…) Je crois que ces défis ne sont pas venus pour que nous échouions, mais pour que nous les surmontions et grandissions dans l’amour.”
Les aspérités du présent
Le père Piotr Zelazko – qui dirige le Vicariat depuis 2021 – explique les sentiments de sa communauté. “Le 7-Octobre a été pour nous un moment de fracture profonde. Pendant des semaines, peut-être des mois, nous avons vécu dans une réalité marquée par le traumatisme, la peur et le deuil. Beaucoup de membres de nos communautés ont été touchés directement ou indirectement : par des amis, des proches, des collègues, ou simplement par le fait de vivre quotidiennement dans une société blessée.
La douleur a été d’autant plus aiguë qu’elle était accompagnée d’un sentiment de solitude. Nous n’avons pas toujours perçu une pleine compréhension ou une réaction adéquate de la part du reste du monde catholique face à la souffrance vécue ici. Cela a pu engendrer chez certains le sentiment d’être laissés seuls, précisément au moment de la plus grande angoisse, dans une situation de violence et de polarisation qui touche profondément les consciences.”
“En même temps – ajoute le prêtre polonais – notre communauté a cherché à rester ancrée dans la foi, dans la prière et dans la responsabilité évangélique de ne pas se laisser vaincre par la haine, en continuant à témoigner d’une présence chrétienne humble, enracinée et ouverte au dialogue au cœur de la société israélienne.”
Quelle physionomie a aujourd’hui la communauté des catholiques de langue hébraïque ? “Le visage du Vicariat a profondément changé. C’est une communauté jeune, composite, formée de personnes aux histoires très diverses : Israéliens de naissance, nouveaux immigrants, familles mixtes, personnes en chemin de foi. C’est une communauté plus consciente de sa propre identité et, en même temps, de ses fragilités, pleinement insérée dans la société israélienne et attentive à ses défis.
Du point de vue spirituel et pastoral, le Vicariat avance aujourd’hui selon deux directions fondamentales. La première est la redécouverte des racines juives de Jésus et du christianisme. Il ne s’agit pas seulement d’une étude théologique, mais d’une spiritualité concrète, qui touche la liturgie, la catéchèse et la manière de lire l’Écriture. Vivre la foi chrétienne en langue hébraïque, à l’intérieur de la culture et de l’histoire du peuple juif, nous oblige à revenir continuellement aux origines et à purifier notre foi de toute incompréhension ou de toute forme de supersessionisme” (thèse théologique chrétienne – connue aussi comme théologie de la substitution – selon laquelle l’Église aurait remplacé le peuple juif comme peuple élu de Dieu – ndlr).
“La seconde direction – conclut le vicaire – est de vivre précisément sur la terre où les événements bibliques se sont produits. Cela donne à notre foi une dimension très concrète et incarnée, mais comporte aussi une grande responsabilité. Marcher sur les lieux de la Bible implique de se confronter à une histoire vivante, souvent douloureuse, marquée par les conflits et les tensions. Notre chemin pastoral cherche à tenir ensemble mémoire, foi et réalité, en aidant les personnes à lire leur propre vie à la lumière de la Parole, sans fuir la complexité du présent.”
- In Qehila tra origini e futuro, par Giorgio Acquaviva, n° de Terra Santa novembre-décembre 2012.
Dernière mise à jour: 13/07/2026 10:58


