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La santé mentale des Israéliens et des Palestiniens de plus en plus en crise

Manuela Borraccino
14 octobre 2026
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Photo illustration Canva.

Un rapport souligne qu’en Israël, les conséquences psychologiques du 7 octobre 2023 et de la guerre en cours constituent un défi national pour la capacité du système de santé à tenir. À Gaza et en Cisjordanie, la santé mentale représente depuis longtemps déjà la principale urgence sanitaire.


C’est l’un des coûts les plus lourds du conflit israélo-palestinien et l’un des aspects dont on parle le moins. Depuis l’attaque du Hamas en octobre 2023, les nouveaux diagnostics de trouble de stress post-traumatique en Israël ont doublé et ont continué à augmenter au cours des trois années d’offensive à Gaza, selon un rapport publié dimanche dernier, le 4 octobre 2026, par Clalit Health Services, la plus grande organisation publique de santé en Israël.

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Pendant ce temps, dans les Territoires palestiniens, les conséquences de 59 années d’occupation en Cisjordanie et de la destruction de Gaza, avec plus de 74 000 morts et des centaines de milliers de blessés et de mutilés, affectent tous les aspects de la vie quotidienne et constituent un « traumatisme continu ». À tel point que les spécialistes de la santé mentale ont forgé, pour Gaza, une nouvelle définition : les « troubles de stress traumatique chronique » ou les « troubles de stress traumatique continu ».

L’étude de l’institution israélienne, fondée sur les données d’environ cinq millions d’assurés recueillies jusqu’en septembre 2026, montre que les mineurs paient le plus lourd tribut à la peur et à l’insécurité : depuis octobre 2023, les consultations d’enfants et d’adolescents aux urgences psychiatriques ont augmenté de 121 % par rapport aux deux années précédentes. Le nombre de diagnostics de trouble de stress post-traumatique a également doublé et l’incidence des troubles anxieux a augmenté de 45,5 %. Parmi les enfants évacués du sud d’Israël, les prescriptions de médicaments destinés à traiter l’énurésie nocturne — l’émission involontaire et inconsciente d’urine pendant le sommeil, NDLR — ont augmenté de 47,8 %. Les orientations vers les services de santé mentale par les pédiatres ont progressé de 52,1 %, tandis que les diagnostics d’anxiété chez les enfants dans l’ensemble d’Israël ont augmenté de 40 à 70 %.

Outre les personnes déplacées des localités du sud et du nord d’Israël, les troubles mentaux touchent particulièrement les soldats. Jusqu’en octobre 2023, le département de réadaptation du ministère de la Défense prenait en charge 62 000 blessés, dont 11 000 souffraient de troubles mentaux. En mai 2026, 82 000 blessés étaient pris en charge, dont 31 000 atteints de troubles mentaux. Dès juin dernier, le psychiatre Eyal Fruchter, président du Conseil national du post-traumatisme, avait averti qu’« Israël fait face à une crise nationale ». Pour sa collègue Zahava Solomon, ce qui apparaît ces derniers mois n’est que « la partie émergée de l’iceberg de ce qui nous attend », car c’est précisément dans les moments de calme que les symptômes des traumatismes resurgissent : « Beaucoup de soldats démobilisés sont des bombes à retardement », ajoutait-elle.

Le rapport de Clalit souligne que les membres des forces armées ne sont pas les seuls à subir les conséquences des opérations militaires : toute la société porte le poids de trois années d’offensive à Gaza, en Cisjordanie, contre le Liban et l’Iran. L’hypertension et les dysfonctionnements métaboliques, la consommation excessive de nourriture liée à la faim émotionnelle, les troubles associés à l’anxiété et au stress ainsi que l’insomnie ont augmenté. Parmi les seules personnes déplacées du sud, les troubles du sommeil ont progressé de 358 % au cours de la première année suivant l’attaque du Hamas. Sur l’ensemble du territoire israélien, le recours aux médicaments favorisant la concentration, notamment ceux destinés à traiter le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, a augmenté de 25 %.

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Précisément parce que l’augmentation des cas de trouble de stress post-traumatique a des conséquences sociales considérables, de nombreuses personnes peinant à retrouver une vie normale, Jordan Lewinski, directeur des services de santé mentale de Clalit, estime peu probable que ces effets s’atténuent rapidement. L’un des principaux résultats du rapport, a-t-il observé, est que les personnes qui déclaraient être en détresse il y a deux ans continuent de le déclarer : ce sont des personnes qui ne parviennent pas à guérir. Dès février 2025, un rapport du bureau du Contrôleur de l’État — l’organisme israélien analogue à la Cour des comptes italienne — avait révélé que 39 % de la population israélienne présentait des symptômes de stress post-traumatique, de dépression, d’anxiété ou une combinaison de ces trois troubles, à un degré modéré ou sévère. Selon l’étude, cela représentait trois millions de personnes, dont 600 000 souffraient d’une détresse probablement sévère.

Pour les spécialistes, il est évident qu’une crise de santé mentale d’une telle ampleur nécessiterait un pacte entre le système de santé et la classe politique. Pourtant, le sujet n’est pas au cœur de la campagne pour les élections du 27 octobre. Les responsables politiques, a averti Lewinski, doivent reconnaître que la pression sur le système de santé augmente, qu’il est peu probable qu’elle retrouve son niveau d’avant-guerre et qu’il est absolument nécessaire de renforcer les effectifs soignants et le budget disponible pour faire face à une urgence de cette ampleur.

La situation en Cisjordanie, et surtout à Gaza, est bien pire. Depuis longtemps, il est souligné que l’occupation israélienne des Territoires provoque un stress psychologique immense, qui touche toutes les dimensions du quotidien et entraîne une profonde souffrance mentale pour les familles. De nombreuses études évoquent des « troubles de stress traumatique chronique » ou des « troubles de stress traumatique continu », car, comme l’a observé le psychiatre israélien Gabor Maté, survivant de la Shoah, « pour les Palestiniens sous occupation, on ne peut pas parler de trouble de stress post-traumatique : il n’y a pas d’après ici, parce que le traumatisme n’est jamais dépassé, mais reste présent chaque jour ».

La tâche de répondre aux immenses besoins sanitaires de Gaza — et pas seulement en matière de santé mentale pour une population traumatisée par les bombardements, la perte des maisons, les déplacements répétés et les deuils — incombe à un système de santé décimé. Celui-ci a perdu plus de 1 700 membres de son personnel du fait des attaques israéliennes, parmi lesquels de nombreux médecins hautement qualifiés et directeurs d’hôpitaux. Aujourd’hui, seuls trois psychiatres et 22 psychologues seraient encore en activité dans la bande de Gaza.

Le psychologue Iyad Krunz, qui réside à Gaza depuis de nombreuses années, a parlé de « syndrome de Gaza » et d’un traumatisme qui se répète continuellement, plaçant thérapeutes et patients dans une même condition, avec toutes les conséquences que cela entraîne, surtout pour ceux qui exercent un métier de soin.

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