
Il y avait la noirceur des nouvelles et tout à coup ces images qui font irruption dans le flot d’informations. Des milliers de pélicans se sont posés dans la vallée de Hefer. Et les photographes s’en donnent à cœur joie.

Des ailes immenses, des becs incroyablement colorés et qui semblent n’en plus finir, des milliers de silhouettes blanches serrées sur l’eau. Puis un envol, et le paysage change de dimension. À l’automne, les pélicans offrent aux amoureux des oiseaux et aux photographes l’un des spectacles les plus saisissants de la région.
Voir en suivant ce lien l’incroyable série de photos de Susan Josef c’est par ici
Ils ne sont pourtant qu’une petite partie du peuple migrateur qui traverse notre ciel. Entre la Méditerranée et les déserts, la Terre Sainte constitue un passage majeur entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Des centaines de millions d’oiseaux empruntent ce corridor au fil des migrations : cigognes, rapaces, petits passereaux… À chacun son rythme, son altitude, ses étapes. Tous poursuivent une même nécessité : rejoindre des territoires où passer l’hiver et trouver de quoi vivre.
Parmi eux, quelque 50 000 pélicans blancs passent habituellement par Israël au cours de la migration automnale. Venus notamment du sud-est de l’Europe, ils gagnent leurs quartiers d’hiver africains. Leur traversée s’échelonne sur plusieurs semaines. Beaucoup s’arrêtent quelques jours pour reprendre des forces avant de poursuivre vers le sud, le Sinaï et la vallée du Nil.
Car ces grands voyageurs ont besoin de carburant. Et leur carburant, c’est le poisson. La disparition de zones humides naturelles les a conduits à fréquenter les bassins piscicoles, au grand désespoir des éleveurs. Chasser les oiseaux affamés ne résolvait rien : privés de nourriture, ils s’épuisaient et retardaient leur départ. Un programme de nourrissage a donc été mis en place pour leur permettre de continuer leur route tout en limitant les dégâts dans les élevages.
Au réservoir de Mishmar Hasharon, dans la vallée de Hefer, au nord de Tel-Aviv, des poissons sont ainsi déversés pour les migrateurs. Le repas devient un événement : rassemblements compacts, cous étirés, becs plongés dans l’eau, battements d’ailes et éclaboussures. Les images sont époustouflantes. Vus d’en haut, les oiseaux composent une mosaïque vivante ; au ras de l’eau, leurs silhouettes remplissent le cadre.
Derrière la beauté des clichés se joue donc quelque chose de très concret : permettre à des oiseaux sauvages de franchir la prochaine étape. Pour les observateurs, quelques minutes d’émerveillement. Pour les pélicans, une halte nécessaire, avant que le ciel ne les reprenne.



