
Le 12 octobre, Alexis Le Cour Grandmaison a fait son entrée solennelle au Saint-Sépulcre puis à Sainte-Anne. Dans une Terre Sainte meurtrie, les Églises ont accueilli bien davantage qu’un nouveau consul général : le représentant d’une présence ancienne, dont elles attendent un soutien pour leur avenir.
Un uniforme d’apparat, les kawas ouvrant la marche avec un gendarme, des frères franciscains et des représentants de toutes les Églises, des diplomates et des fidèles dans les ruelles de la Vieille Ville. L’entrée d’un consul général de France à Jérusalem a quelque chose d’inclassable. Solennelle et bon enfant, religieuse et républicaine. On pourrait s’arrêter au pittoresque. Ce serait passer à côté de ce que les Églises sont venues y reconnaître : une fidélité.
« On ne retrouve pas les mêmes lieux lorsque la vie de ceux qui les habitent a été bouleversée », lui a dit le custode de Terre Sainte, frère Francesco Ielpo. Trois ans après les attaques terroristes du 7 octobre 2023, après la dévastation de Gaza, dans la tension de la Cisjordanie, les blessures traversent toute la région. Aux tensions entre Israéliens et Palestiniens s’ajoutent celles qui opposent Paris et le gouvernement israélien, notamment depuis la reconnaissance française de l’État de Palestine, le 22 septembre 2025. Le nouveau consul général prend ses fonctions dans ce paysage fracturé.
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Le 12 octobre, Alexis Le Cour Grandmaison a parcouru le chemin qui conduit de la porte de Jaffa au Saint-Sépulcre, puis à Sainte-Anne. Nommé à compter du 1er septembre, le nouveau consul général n’aborde pas une terre inconnue. Arabisant, il avait été conseiller politique au consulat général de Jérusalem de 2004 à 2008, son dernier poste était celui d’ambassadeur de France en Jordanie.

Au Saint-Sépulcre, pourtant, c’est une autre profondeur de temps qui s’impose. C’est le custode de Terre Sainte, représentant dans la basilique l’Eglise catholique, qui accueille le représentant de la France « nation latine ». Toutes les autres Églises sont néanmoins présentes donnant à l’événement une portée qui dépasse les seules relations entre la France et les catholiques latins. Ici, on sait ce que signifie pouvoir compter sur une présence qui dure.
Devant l’édicule, frère Francesco Ielpo ramène d’emblée la cérémonie à son centre : « Nous sommes ici, devant non pas un tombeau vide mais LE tombeau vide, où les chrétiens viennent méditer le mystère de la mort et de la Résurrection du Christ. La Résurrection ne nous détourne pas de la douleur. Elle nous permet de croire que la violence et la mort n’auront pas le dernier mot. »
Dans ce lieu, parler de protection oblige à regarder au-delà des pierres. Le custode le rappelle : « Nous ne pouvons garder les pierres sans prendre soin des pierres vivantes : les femmes et les hommes qui constituent les communautés chrétiennes de cette terre. […] La France exerce, elle aussi, une responsabilité historique particulière à l’égard des chrétiens et des institutions catholiques de Terre Sainte. Cette fidélité prend tout son sens lorsqu’elle aide les communautés à envisager un avenir et lorsqu’elle soutient les voies exigeantes de la diplomatie et du dialogue. »
Cette attente vient de loin. La présence consulaire française à Jérusalem remonte au XVIIe siècle, sous Louis XIII, avec des interruptions. L’installation durable du consulat intervient en 1843. Durant la royauté, l’empire ou la république, la protection religieuse a parfois servi des ambitions politiques et des rivalités de puissance. Mais un lien s’est maintenu avec les communautés et leurs institutions.

À Sainte-Anne, ce lien prend une forme singulière. La basilique, domaine national français, est servie depuis 1878 par les Missionnaires d’Afrique. On y chante le Te Deum à l’occasion de l’entrée du représentant d’une République laïque. Contradiction ? Le recteur, le père Laurent Balas, y voit plutôt « le témoin d’une laïcité apaisée ».
Son accueil formule une exigence : « La France n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle sait conjuguer son héritage républicain et spirituel, et faire vivre ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité dans le respect des convictions de chacun. » Sous ces voûtes, la devise républicaine rejoint des préoccupations quotidiennes : pouvoir croire et prier librement, disposer de droits égaux, vivre avec ceux qui ne partagent pas sa foi. Pour les chrétiens de Terre Sainte, l’enjeu est de pouvoir rester chez eux et contribuer à la vie commune.
Alexis Le Cour Grandmaison répond sur ce terrain. Il salue des institutions chrétiennes engagées dans leurs missions éducatives, hospitalières et sociales auprès des plus démunis, chrétiens, musulmans et juifs. Il promet l’appui quotidien du consulat général à leurs actions et à la défense de leurs droits. L’entrée solennelle est, dit-il, « non pas une obligation honorifique mais un honneur qui oblige ».
Les Églises n’attendent pas que la France traverse les siècles sans changer. Elles attendent qu’au milieu des changements, elle demeure attentive. Que son histoire ici continue de produire des actes. Dans la bouche du consul, une formule revient : « tenir et durer ». Pour les frères qui restent quand les pèlerins ne viennent plus, pour les communautés qui cherchent encore les raisons d’espérer, ces mots ont un poids. La fidélité devra poursuivre son chemin.



