Qu’est ce que représente pour vous la restauration ?
Au fil du temps, mon chemin m’a conduite au-delà de la restauration : vers la pédagogie, l’ethnographie, la photographie et de nombreux voyages en Asie de l’Est. Pourtant, la restauration est toujours restée présente : comme une tentative de réparer, une volonté de prendre soin, d’abord de l’art, puis des enfants à travers la pédagogie. C’est peut-être de là que tout vient : du désir de protéger, d’écouter et de témoigner de quelque chose qui demeure, dans son essence, indéchiffrable.
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Mon mari, Denis Kleiser, n’était pas restaurateur comme moi, mais professeur de travaux manuels, dessinateur et aquarelliste. Malgré cela, il m’a toujours accompagnée et aidée dans mes travaux de restauration.
Comment êtes-vous arrivés en Terre Sainte comme restaurateurs ?
Je dirais : par amour. Nous avons suivi les traces de notre fille, qui vit ici depuis des années. Personne n’aurait pu imaginer qu’un jour une partie de notre vie se déroulerait en Terre Sainte. C’était pour nous une destination de voyage absolument inimaginable.
Et pourtant, c’est précisément là, sur ce petit bout de terre déchiré par une infinité de guerres, y compris les guerres saintes, que le destin, la vie — qui est toujours plus imaginative que nous ne pouvons l’être — ou la main de Dieu, cette main qui, mystérieusement et miraculeusement, écrit droit avec des lignes courbes, nous a conduits.
En revenant en Israël, année après année, nous apprenons à connaître la réalité complexe d’un pays dont nous ignorions tout, ainsi que celle des personnes qui y vivent. Parallèlement, de lentes métamorphoses se sont également opérées en nous et nous ont amenés à nous dire : « Peut-être pouvons-nous aider, nous rendre utiles d’une manière ou d’une autre. »
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Le père Louis-Marie Coudray d’Abou Gosh a été le premier à nous orienter vers la Custodie, où le père Stéphane avait besoin de restaurations urgentes pour le Saint-Sépulcre. Nous nous sommes rencontrés une première fois en janvier 2023. Quatre mois après, nous sommes revenus à Jérusalem pour une première mission bénévole. Puis nous sommes revenus une nouvelle fois entre septembre et octobre 2023.
Qu’avez-vous restauré jusqu’à présent pour la Custodie de Terre Sainte ?
La statue de la Mater Dolorosa, qui se trouve au Saint-Sépulcre, et la statue de saint Antoine, qui se trouve à la Custodie. Nous avons également restauré plusieurs cadres de tableaux qui se trouvent à Nazareth.
Que signifie pour vous restaurer pour la Custodie ?
Travailler dans la restauration signifie, d’une manière générale, prendre soin de quelque chose qui nous a été confié. C’est un travail fait de détails et d’attention, mais aussi de transmission. Avant nous, d’autres personnes ont cherché à préserver et à sauvegarder ce patrimoine ; aujourd’hui, c’est à notre tour d’apporter notre contribution et, à notre tour, de le transmettre à ceux qui viendront après nous. C’est cette continuité qui rend la restauration si fascinante.
C’est véritablement une école du regard, mais aussi une école du soin, qui entre profondément en résonance avec la mission de la Custodie, jusque dans son nom même. Car, au fond, ce qui anime la restauration, c’est l’amour de préserver : préserver une œuvre, son histoire et la mémoire qu’elle porte en elle, afin qu’elles puissent être transmises. Chacun met à disposition ce qu’il sait faire, selon ses capacités et ses possibilités.
De plus, ici, la restauration revêt une valeur particulière. Il ne s’agit pas simplement d’intervenir sur une œuvre d’art. Savoir que son travail peut contribuer à conserver ce patrimoine et à le rendre accessible aux autres lui donne une tout autre signification. Personnellement, certains de ces travaux, je ne les ferais probablement pas ailleurs. Ici, en revanche, ils prennent un autre sens.
Être en Terre Sainte change la perspective : on ne travaille pas seulement pour l’œuvre elle-même, mais pour ce qu’elle représente et pour les personnes qui continueront à la rencontrer. C’est là toute la beauté de la chose : savoir que notre travail n’est pas une fin en soi, mais qu’il s’inscrit dans une mission plus vaste de préservation et de soin. Se sentir partie prenante de cet engagement est une immense satisfaction.
Qu’avez-vous restauré à Aïn Karem ?
Les statues de saint Zacharie, sainte Élisabeth et saint Jean-Baptiste. Les trois datant de 1775.
Dans quel état se trouvaient les statues avant la restauration et en quoi le travail a-t-il consisté ?
La première phase du travail a consisté à déterminer s’il y avait des éléments à consolider et à identifier les interventions non originales réalisées au fil du temps, qui étaient nombreuses. Nous avons compris qu’il n’était pas nécessaire de chercher à tout prix un hypothétique état « original », notamment parce qu’une intervention trop invasive aurait comporté des risques importants.
Nous avons donc choisi de consolider et de « réharmoniser » les œuvres dans leurs couleurs, sans en altérer l’équilibre, tout en réparant, autant que possible, les éclats ou les fractures du matériau.
Avez-vous découvert quelque chose d’insolite ou de particulièrement significatif ?
L’un des aspects les plus curieux de cette restauration a été l’étude des détails de la tunique de Zacharie. Je me suis intéressée à la signification des couleurs des pierres présentes sur la tunique. Les recherches ont montré que le bleu était souvent associé aux vêtements des prêtres, tandis que les pierres renvoient à la tradition des douze tribus d’Israël : la sardoine à la tribu de Ruben, la topaze à celle de Siméon, l’émeraude à Juda, etc.
Comment avez-vous vécu votre expérience de travail à Aïn Karem ?
On se sent bien ici. La nature est magnifique et, désormais, nous connaissons toute la région : chaque matin et chaque soir, nous faisons de longues promenades. Mais ce qui nous a le plus touchés, c’est l’accueil : nous nous sommes véritablement sentis membres de la communauté et, pour nous, cela a une grande valeur.
Nous vivons avec les inquiétudes liées à la situation en Israël et pensons constamment à notre fille. C’est pourquoi il est important de pouvoir partager des moments simples. Partager une prière, un repas, un sourire, c’est beau : cela vous fait sentir accueillis.
Où les statues seront-elles installées une fois la restauration achevée ?
Les statues seront installées dans l’église Saint-Jean, ici à Aïn Karem, à leur emplacement définitif, près de l’autel. Saint Jean sera placé en hauteur, tandis qu’Élisabeth et Zacharie seront disposés de part et d’autre.
C’est une sensation difficile à décrire. Nous l’avions déjà vécue avec la Mater Dolorosa, et cela avait été très émouvant de la remettre à sa place. Voir la joie des frères et savoir que notre travail a été apprécié de tous est une grande satisfaction.
Pour nous, c’est véritablement une bénédiction et un grand honneur. Ce qui nous rend le plus heureux, c’est de savoir que ce seront les frères, la communauté et les pèlerins qui « rencontreront les œuvres » chaque jour et qu’elles auront leur place dans la liturgie. Cela nous a touchés d’entendre les frères dire que, désormais, lorsqu’ils regarderont les statues, ils penseront à nous.
Quel est le plus grand défi ou la plus grande satisfaction de votre travail ?
Pouvoir faire ou apporter — chacun à sa mesure — un peu de bien, de bonté et de beauté. Travailler ici prend une dimension symbolique et humaine très forte, surtout en ces temps que nous vivons.
Il y a une prière de Philippe Ferrand qui m’accompagne toujours lorsque je travaille :
« (…) Seigneur, dans chaque travail de mes mains, laisse une trace de Ta grâce pour parler aux autres,
et laisse un de mes défauts pour me parler à moi-même. (…)
Seigneur, ne me laisse pas oublier que tout savoir est vain s’il ne conduit pas au travail,
que tout travail est vide s’il n’y a pas d’amour,
et que tout amour est stérile s’il ne me relie pas à moi-même, aux autres et à Toi. »
Qu’il s’agisse de travaux manuels ou non, lorsqu’on entreprend un travail, toute une dynamique se met en place entre le faire et le fait de se laisser guider, entre la ferveur et l’acceptation des obstacles qui peuvent surgir. Et malgré tout, il s’agit d’offrir tout cela, car le travail n’est rien sans amour, sans don. Et il me semble que, surtout dans le contexte actuel, c’est un résumé parfait.





