Il n’a de désert que le nom”, explique d’emblée le frère Dobromir Jasztal gardien de la fraternité présente au sanctuaire Saint-Jean-du-Désert perché dans le Parc national d’Aïn Karem. “C’est un endroit, au sein duquel nous continuons, aujourd’hui, de préserver la tradition de saint Jean-Baptiste”. C’est à cet emplacement que la tradition s’est enracinée et que sa mission a débuté et “nous y sommes toujours très attachés” poursuit-il.
Le complexe abrite le couvent, la grotte de saint Jean-Baptiste, des vergers et des terrasses agricoles alimentés par une source d’eau. “C’est dans cet environnement que certains visiteurs et pèlerins viennent pour méditer, s’imprégner des lieux, voire pour une retraite spirituelle ; c’est une expérience unique” souligne-t-il. Juste au-dessus de la grotte se dresse l’église du sanctuaire. “L’église est ouverte à l’ensemble des chrétiens, qu’ils soient catholiques, orthodoxes ou protestants.”
Ainsi à proximité du couvent et pour accueillir ce public, des structures indépendantes ont été ajoutées, tout en gardant une homogénéité architecturale. “Ce sont de petites maisons, permettant de recevoir pour de courts séjours”. De même, lorsque des retraites sont organisées – sur réservation par groupes de cinq à dix personnes – les pèlerins logent sur place et peuvent “bénéficier de ce havre et vivre l’expérience qu’offre cet endroit.”
Au quotidien la vie du couvent s’organise autour d’une petite communauté à taille humaine : “Il y a trois frères franciscains et trois sœurs de la Sainte-Croix de Jérusalem”.
Vivre en communauté
Dans ce cadre restreint, la communauté fonctionne sans hiérarchie des tâches mais repose sur une polyvalence absolue. “Tout le monde travaille à toutes les missions et à tous les services ; personne n’a de tâche attitrée ; et d’ajouter : la mission principale est évidemment l’accueil des pèlerins, et les frères et sœurs se relaient pour que le couvent soit toujours prêt à accueillir”.
La combinaison guerre et covid pèse lourdement sur la fréquentation, mais pas sur la foi de la communauté. La conséquence a été une chute considérable du nombre de pèlerins. Pourtant, ce bouleversement n’affecte pas le déroulement des journées et le frère Dobromir affirme que “les journées restent les mêmes, même sans visiteurs, la communauté s’occupe de la maintenance et de l’entretien du couvent”. En revanche, les frères et les sœurs sont d’autant plus vigilants, lorsque des groupes se présentent, à leur offrir le meilleur accueil.
“Ce qui rend le couvent Saint-Jean-du-Désert particulier, c’est son emplacement et son charme. Le lieu est connu dans la région pour sa beauté”. C’est d’ailleurs le public local qui se présente en cette période de guerre : “En fin de semaine, le vendredi, samedi et dimanche, les visiteurs curieux de découvrir l’endroit et expérimenter sa spiritualité viennent le visiter”, explique le frère Dobromir. Ils sont juifs, chrétiens et musulmans et cette ouverture à toutes les religions est particulièrement appréciée par les frères. “Tout le monde est touché par la personne de saint Jean.”
Sur le plan architectural le sanctuaire conserve l’exacte vision de celle de son bâtisseur Antonio Barluzzi. Le frère Dobromir insiste sur le fait que “Barluzzi avait naturellement comme perspective de bâtir un lieu en toute simplicité pour la vie quotidienne des frères”.
Vivre sa vocation
Pour le frère Dobromir, qui vit à Jérusalem depuis plus de 26 ans et qui a toujours apprécié servir sa mission quel que soit le couvent, l’attachement géographique passe au second plan. Il connaît même très bien ce couvent : “J’ai suivi une partie des travaux de rénovation dès la fin des années 1980”. Pour lui chaque sanctuaire apporte son propre enrichissement mais l’essentiel est encore ailleurs : “Ce n’est pas le lieu qui est important et la vie spirituelle ne dépend pas de l’endroit. Être ici ou ailleurs importe peu, ce qui m’importe c’est ma vie religieuse et ma mission personnelle. L’endroit où l’on vit est quelque chose de secondaire qui n’a pas d’importance, même presque pas sa place dans ma pensée, face à l’appel auquel j’ai répondu en prononçant mes vœux”.
Une philosophie partagée par l’ensemble de ses frères à travers les siècles. “Nous avons cette longue mission partout en Terre Sainte, depuis des siècles, de réaliser et de continuer la voie de saint François. Nous n’avons pas cette manière de penser d’organiser la mission en fonction de la préférence d’un lieu, par exemple. Nous sommes heureux dans tous les endroits, notre voie étant d’accomplir notre mission”.
Dernière mise à jour: 20/07/2026 18:38


