Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

Notre mission est de construire l’espérance

Propos recueillis par Marie-Armelle Beaulieu
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Croate d’origine, frère Sandro Tomaševic a choisi de revenir en Terre Sainte après y avoir décou-vert les chrétiens arabes et appris leur langue. À Bethléem, il vit sa vocation franciscaine au service d’une communauté éprouvée, avec la fraternité, la paix et l’espérance pour boussole.


Vous avez rejoint les Franciscains en Croatie, votre pays d’origine. Qu’est-ce qui vous a attiré ?

Mon histoire est très liée à ma ville natale, Trsat, où se trouve un grand sanctuaire marial confié aux Franciscains. En 2002, j’ai intégré la Jeunesse franciscaine. Pendant trois ans, j’ai participé à de nombreuses activités : œuvres caritatives, pèlerinages, rencontres, vie fraternelle… Au contact des frères j’ai découvert ce qu’était la vie franciscaine. Après seulement un an, je savais déjà que je voulais les rejoindre.

Dans quel cadre êtes-vous arrivé en Terre Sainte ?

Je suis arrivé pour poursuivre mes études de théologie au séminaire de la Custodie. À l’époque, j’avais l’intention, une fois ordonné prêtre de rentrer en Croatie. Ici j’ai commencé à apprendre l’arabe et je me suis beaucoup investi dans la paroisse et auprès des jeunes. La rencontre avec les chrétiens arabes a profondément transformé mon regard. En 2013, lorsque je suis rentré dans ma province, j’espérais déjà pouvoir revenir. L’opportunité s’est présentée en 2017.

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Vous connaissez la vie franciscaine en Croatie et en Terre Sainte. Quelle est la différence ?

Il existe évidemment de nombreuses différences. En Croatie, les Franciscains sont profondément enracinés dans une société où l’identité chrétienne demeure forte, même si la sécularisation progresse.

Venir en Terre Sainte est un appel particulier. Il faut accepter de quitter sa zone de confort. Ici le christianisme est minoritaire, il se vit dans un contexte de tensions.

Les chrétiens vous perçoivent-ils différemment parce que vous êtes étranger ?

Peut-être. Les gens sont surpris qu’un étranger parle leur langue. Cela crée immédiatement une proximité. Je me sens très aimé par les chrétiens arabes.

Paradoxalement, lorsque je suis rentré en Croatie après mon ordination, c’est dans mon propre pays que je me suis senti étranger. La vie en Terre Sainte me manquait. Vivre dans une autre culture enrichit les deux côtés. Si l’on pense que sa propre culture est la seule valable, on passe à côté d’une immense richesse.

Quels sont aujourd’hui les principaux besoins des chrétiens de Bethléem ?

Depuis la pandémie puis la guerre, les besoins sont immenses. Beaucoup de familles songent à émigrer. Nous aidons les familles grâce aux bourses d’études et la participation aux soins de santé [Il n’y a pas de sécurité sociale en Palestine NDLR]. Il y a aussi des besoins psychologiques et sociaux très importants.

Le centre de l’action catholique joue un rôle essentiel. Lieu de détente, de culture, de vie sociale et de rencontres. Beaucoup de couples chrétiens s’y sont rencontrés. La Custodie aide aussi les familles à se loger, ce qui est primordial pour les inciter à rester.

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Qu’aimez-vous le plus dans la vie franciscaine ?

La simplicité et surtout la fraternité. Ce qui m’a attiré dès le début, c’est cette manière d’être véritablement frères les uns des autres. Saint François voulait que chacun puisse dire : tu es mon frère, tu es ma sœur. Ici, dans la Custodie, nous vivons avec des frères issus de dizaines de nationalités. Cette diversité est une immense richesse.

Avez-vous un lieu préféré en Terre Sainte ?

Le Calvaire. Chaque Lieu saint possède sa beauté, mais le Calvaire reste celui qui m’a le plus profondément marqué depuis mon arrivée.

Que penserait saint François en voyant aujourd’hui la Custodie ?

Je crois qu’il serait heureux de voir que, huit siècles après son intuition, les frères sont toujours présents. Il admirerait certainement ceux qui continuent de servir dans des pays en guerre comme la Syrie ou le Liban. C’est un véritable héroïsme.

Mais saint François nous rappellerait surtout de rester humbles. Il disait : “Commençons, car jusqu’à présent nous n’avons encore rien fait.” Malgré huit siècles d’histoire, nous devons chaque jour repartir de zéro et continuer à devenir de meilleurs frères.

Dans le contexte actuel de la Terre Sainte, comment ne pas perdre l’espérance ?

Notre mission est de construire l’espérance. L’Église ne prend pas parti : elle cherche à rapprocher ceux qui sont séparés. C’est ce que les Franciscains de la Custodie font depuis huit siècles en Terre Sainte.

Bien sûr, les guerres et les mauvaises nouvelles nous touchent tous. Mais nous ne devons pas nous arrêter à cela.

Jésus nous demande d’être le sel de la terre et la lumière du monde. Le sel est peu visible, mais il change toute la saveur d’un plat. C’est aussi notre mission.

Nous devons continuer à être des hommes d’espérance. La paix commence d’abord dans le cœur de chacun. Si nous sommes réconciliés intérieurement, alors nous pouvons devenir des artisans de paix pour les autres.

Dernière mise à jour: 20/09/2026 15:21

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