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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

On demande des pèlerins, pas des touristes

Marie-Armelle Beaulieu
2 novembre 2011
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On demande des pèlerins, pas des touristes
Jeudi Saint au Saint Sépulcre, la basilique rendue à la prière ©M.-A.B./CTS

Mon grand patron, le Custode de Terre Sainte, frère Pierbattista Pizzaballa, alors que les pèlerinages connaissaient un coup de mou suite aux révolutions arabes, parla des lieux saints « témoins de la révélation » et du fait qu’un pèlerinage sur la terre de Jésus est « une expérience fondamentale pour se former à la paix. « Les pèlerins, a-t-il expliqué, ne changent pas les équilibres politiques et les décisions de l’ONU, mais construisent des relations véritables, libres, et cela crée une culture de paix. Quand les pèlerins sont peu nombreux, le territoire est plus pauvre, tout comme les relations qui se cultivent ici ; quand au contraire les pèlerins arrivent nombreux, la Terre Sainte refleurit ». J’aime bien mon patron, et loin de moi l’idée de dire qu’il a tort. Mais il y a des dommages collatéraux aux pèlerinages de masse ou plus exactement, il y a des dommages collatéraux à la venue en masse de personnes qui se prétendent pèlerins et se comportent en touristes.

Ah, l’office israélien du tourisme peut pavoiser. 284 000 entrées en septembre 2011, c’est le record absolu et le tourisme cette année en Israël/Palestine est en hausse de 4 % sur le premier semestre – en dépit dudit coup de mou – par rapport à l’année précédente qui était déjà l’année de tous les records. Mais moi cela ne me va pas du tout. Je veux qu’on me rende mon Saint-Sépulcre.

Oh, je ne dis pas qu’il doit être aussi vide que le Jeudi saint après midi (voir photo ci-dessus) quand nous sommes enfermés dedans pour un temps de vigile au Saint Sacrement qui repose dans la Tombe même. Mais je voudrais qu’il soit priant. Durant les JMJ de Madrid on a vu, comme souvent sur la place Saint-Pierre à Rome, des milliers de jeunes, silencieux, en prière, dans les plus belles églises d’Italie, nonobstant la foule des visiteurs, c’est le silence. Et là, dans l’écrin, le berceau, le joyau du christianisme, c’est la plus incroyable cacophonie. Le lieu n’est déjà pas facile à comprendre et a suffisamment d’aspects rebutants pour que n’y vienne pas s’y ajouter cette incurie des visiteurs aux tenues irrespectueuses (cela concerne aussi les hommes !), se bousculant à qui mieux mieux, s’invectivant pour garder sa place en vue d’entrer dans la tombe, sans parler des guides qui hurlent leurs explications. Plein comme un œuf, à tout prendre, je préfère le Saint-Sépulcre au temps de la Pâque orthodoxe, au moins les gens sont-ils en prière – même bruyante du point de vue latin. Mais mon rêve, à défaut de messages appelant au silence comme en Italie, ce serait que les lèvres ne s’ouvrent dans ce lieu que pour la prière. Il faudrait commencer par éduquer les guides. Il faudrait aussi que les pèlerins ne se prennent pas pour des touristes.

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