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Cardinal Filoni : L’Irak a besoin d’un changement culturel

Laura Silvia Battaglia
15 février 2016
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Cardinal Filoni : L’Irak a besoin d’un changement culturel
Le cardinal Fernando Filoni.

"Pour être honnête, le problème des minorités en Irak, non seulement chrétiennes, est avant tout une question culturelle, allant au delà du politique, au delà du constitutionnel". Tels sont les mots clairs du cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, dans une interview donnée à Terrasanta.net, en marge d'une réunion à l'Université Catholique de Milan le 11 février dernier.


« Pour être honnête, le problème des minorités en Irak, non seulement chrétiennes, est avant tout une question culturelle, allant au-delà du politique, au-delà du constitutionnel« . Tels sont les mots clairs du cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, dans une interview donnée à Terrasanta.net, en marge d’une réunion à l’Université Catholique de Milan sur le thème : Les chrétiens en Irak, entre passé et présent. Les nouvelles en provenance de Bagdad, même les plus récentes, ne sont pas meilleures. Ces derniers jours, le patriarche chaldéen, Raphael Louis Sako, dénonçait un phénomène que nous observons depuis plusieurs mois dans la capitale et qui, jusqu’à présent, très peu de médias relayent. Des rumeurs ont confirmé le témoignage de la communauté chrétienne de Bagdad : certaines propriétés chrétiennes ont été confisquées à Bagdad par des milices iraniennes présentes dans la capitale, et une plainte a été déposée au Parlement par les représentants de la minorité chrétienne assyrienne.

Cardinal, les dénonciations et plaintes déposées au Parlement au regard des menaces perpétrées par différents acteurs locaux contre les minorités religieuses sont-elles suffisantes ?

Il ne s’agit pas d’avoir un membre à l’assemblée en plus ou en moins pour représenter une ou plusieurs minorités. Il faut un changement de type culturel et mental et ce pour l’ensemble de la société irakienne. S’il n’y a pas de vision culturelle différente de ce que l’Etat veut être et/ou peut-être, un député de plus ou moins ne changera pas la substance des choses.

Le patriarche Sako dans une interview avec le quotidien en langue arabe al-Hayat a déclaré que des milices iraniennes à Bagdad ont essayé de confisquer les biens des chrétiens sous prétexte qu’ils ne sont pas halal (autorisés) selon l’Islam.

Je redis ce que j’ai déjà dit. Vous devez aller à la racine, on ne parle pas de tolérance, car ce n’est pas une question de «tolérance», mais plutôt des droits que chaque personne a en tant que citoyen de ce pays. Pourtant l’Irak est un pays qui possède une constitution qui met tous les citoyens sur le même plan, mais, de fait, cela n’est pas respecté. Concernant le patriarche Sako, il se fait la voix de certains aspects politiques et sociaux, étant une personnalité de premier plan, peut-être en ce moment la plus représentative du monde chrétien en Irak.

Depuis des années, la société civile irakienne, les associations, chaque minorité religieuse et leurs représentants au Parlement se battent pour que soit respecté de l’article 14 de la Constitution qui consacre l’égalité des citoyens devant la loi sans distinction de race ou de religion. Bien qu’une grande partie de la Constitution irakienne soit appliquée, elle a été conçue de façon sectaire.

Il y a un premier niveau du problème de nature constitutionnelle. Les chrétiens revendiquent en tant que citoyens d’avoir tous les droits et les devoirs des autres citoyens, indépendamment de leur profession de foi, qu’ils soient chrétiens, musulmans sunnites, Sabéens, Yézidis. Il est nécessaire de revendiquer son rôle de citoyen irakien et ce de plein droit constitutionnel, non seulement comme un natif de ce pays, mais aussi en tant que réfugié, par exemple.

Le nombre de personnes déplacées augmente de façon exponentielle …

Les personnes déplacées ne sont pas seulement chrétiens, il y a aussi des musulmans, des musulmans sunnites et d’autres minorités religieuses. La situation dans le pays est complexe et à haut risque. Car il est évident que sans paix en Irak, il n’y a pas d’avenir pour toutes ces minorités. Elles ont été chassées de leurs villages, où elles ont pourtant vécu pendant des siècles, et pour certaines on ne compte plus que quelques survivants à cause des guerres précédentes, de l’urbanisation, des autres migrations.

Quelles sont les solutions possibles ? A l’intérieur de la société irakienne, en particulier chez les jeunes, il existe des associations qui poussent en faveur de projets de paix et l’application effective de l’article 14 sur la citoyenneté.

Stimuler à travers des projets, financer et soutenir ces initiatives est plus que nécessaire. Ne pas s’arrêter de faire connaître ce qui se passe en Irak depuis 2003 pour les chrétiens et les autres minorités, est vital pour cette mosaïque de communautés qui ont coexisté pendant des siècles sur la terre d’Abraham.

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