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« Il existe une vraie solidarité entre les communautés et les équipes »

Claire Riobé
6 avril 2020
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« Il existe une vraie solidarité entre les communautés et les équipes »
Balade dans le jardin du home Notre-Dame des Douleurs. Jérusalem-Est, Ras Al Amoud, le 19 mai 2014. ©Miriam Alster/FLASH90

En cette période de confinement, Terre Sainte Magazine vous propose de vivre au plus près le quotidien de nos frères et soeurs de Terre Sainte, au travers d'une série de portraits exclusifs. Retrouvez aujourd'hui le témoignage de Jean-François Klos, directeur de la maison de retraite le Home Notre Dame des douleurs, à Jérusalem-Est.


Le Home Notre Dame des douleurs est une maison de retraite située dans le quartier palestinien de Ras-Al-Amoud, à Jérusalem-Est. Jean-François Klos, à la tête de l’établissement depuis 2016, témoigne du quotidien de l’établissement un mois après le début de la crise du coronavirus.

 

Jean-François Klos, comment votre établissement vit-il ce confinement ?

C’est dur, car notre maison étant complètement fermée avec l’extérieur, les personnes âgées ne reçoivent plus aucune visite depuis le 10 mars. Ça commence à faire long. 95% des résidents sont originaires de la vieille ville de Jérusalem et ils sont assez seuls, puisque leurs enfants ont émigré aux Etats-Unis, en France ou en Grèce. En cette période, il est important que nous puissions rassurer ces familles à distance en organisant entre-autre des séances Skype, Zoom ou What’s App avec elles. Cela prend un peu de temps, nous devons faire les cabines téléphoniques (rires) pour les patients qui peuvent toujours communiquer avec l’étranger. 

Et puis nous avons aussi dû organiser la fête des mères [le 21 mars, au Moyen-Orient] sans leur famille. D’habitude, nous accueillons pour l’occasion des écoles primaires, nous recevons plein de bouquets de fleurs, c’est la fête… . Cette année nous avons fait un loto à la place, et avons demandé à chaque famille de nous envoyer des photos, que nous avons imprimées pour les patients. Mais ce n’est pas pareil. 

Comment vous adaptez-vous en termes sanitaires ? 

Dans cette crise, les personnes âgées sont les plus vulnérables, on le sait bien. Nous suivons donc les recommandations annoncées par le gouvernement et restons enfermés au maximum. Nous sommes en “bulle sanitaire”, pour avoir le moins de contacts possibles avec l’extérieur et protéger les résidents. Et nous avons prévu à présent une zone d’isolement, si une personne de la maison tombait malade. On est dans notre bulle, en espérant vraiment passer au travers de cette pandémie. Il y a à la fois beaucoup d’émotion et beaucoup de stress, parce que nous avons vraiment peur que le coronavirus nous tombe dessus, il faut le reconnaître. 

Le Home des Douleurs fonctionne habituellement avec des bénévoles français. Avez-vous dû vous réorganiser ?

En temps normal, la maison de retraite accueille en moyenne 90 bénévoles chaque année, à 95% d’origine française, qui changent tous les mois. Nous sommes en permanence recherche de bénévoles, et recrutons toute l’année. Effectivement, depuis le 10 mars, nous devons faire face à cette crise sans nos bénévoles, qui ont tous dû repartir en France, sauf une seule qui continue de nous aider. Ceux qui devaient les remplacer sont restés bloqués en France. Nous avons aussi perdu quatre salariés qui ne peuvent pas quitter Bethléem [10 km au sud de Jérusalem], car les checkpoints sont fermés. Il nous manque en tout 12 personnes pour gérer nos 45 patients. 

Heureusement, on voit se développer des formes de solidarité. Avec les soeurs de Nazareth, d’abord : comme tous les pèlerinages se sont arrêtés en Terre Sainte, elles ont beaucoup moins de travail et nous ont envoyé une de leurs volontaires, qui peut aujourd’hui nous aider. Et puis il y a une bonne ambiance au sein de l’équipe, tout le monde se sert les coudes et fait des heures en plus. Même nos salariés qui travaillent tôt le matin reviennent aider le soir pour servir le dîner. Tout le monde est sur le pont. C’est le côté un peu positif de cette situation, la vraie solidarité entre les communautés et les équipes. 

Vos résidents réagissent-ils d’une manière particulière à cette période troublée ?  

Nous les poussons à s’exprimer, notamment en confiant cela à travers la prière. En temps normal, nous avons une messe célébrée tous les matins, qui a été remplacée ces jours-ci par un temps de prière. C’est l’occasion pour les résidents qui le souhaitent de confier en particulier leurs enfants, à l’extérieur, et prier pour le monde entier. C’est assez touchant, en réalité. 

En tant que personnel, nous devons aussi les aider à se détendre. Nous devons permettre qu’ils aient accès à l’information – ce qui est normal, il ne faut pas les couper de la réalité – sans non plus les laisser devant la télévision toute la journée. Nous essayons de les désangoisser en leur mettant des films plus joyeux, par exemple.  

Un dernier mot ? 

Je voudrais remercier tous nos soutiens en France, qui pensent et prient pour nous. Il existe en ce moment une réelle solidarité à distance. Et nous savons que lorsque cette crise sera finie, tous nos bénévoles reviendront. En attendant, ils prient pour nous depuis la France ; c’est touchant. 

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