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Le patriarche Russe en visite en Terre Sainte

Archiprêtre Alexandre Winogradsky Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem
30 janvier 2013
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Depuis fin 2008, les ressortissants Russes n’ont plus besoin de visa pour entrer en Israël. Ils renouent donc en nombre avec l’antique tradition de ce pays des pèlerinages vers la Terre Sainte. C’est dans ce contexte que s’inscrit la visite de Kirill Ier, Patriarche de Moscou depuis début 2009


Jérusalem est un lieu singulier, à la fois happé par l’Histoire universelle et une destinée locale qui peut souvent paraître cloisonnée.
C’est pourquoi il est toujours singulier de découvrir la richesse et la densité historique de chaque Église qui est comme en exil de Jérusalem et continue d’être attirée vers ce centre du monothéisme issu de la révélation hébraïque entre Sumer et l’Égypte jusqu’à l’installation d’Abraham et la sépulture qu’il négocia à la grotte de Machpelah.
Du 9 au 14 novembre 2012, la Terre Sainte a ainsi reçu la visite de Cyrille, Patriarche de Moscou et de toutes les Russies. La visite était planifiée de longue date : il est de tradition que chaque chef d’une Église orthodoxe autocéphale rende visite par ordre d’honneur aux patriarches de la Pentarchie initiale. Celle-ci incluait Rome avant le schisme de 1054. Aujourd’hui, cela implique une rencontre fraternelle avec les Patriarches de Constantinople, Alexandrie, Antioche (à Damas) et Jérusalem.

Une culture spécifique

Il est d’usage de venir à Jérusalem et de vénérer les Lieux Saints aux sources de la foi chrétienne, à Jérusalem – le Saint Sépulcre/ le tombeau ou Anastasis/lieu de la Résurrection et à Bethléem où se trouve la basilique de la Nativité. Élu à la tête de l’Église orthodoxe russe en 2009, le Patriarche Cyrille de Moscou est le primat d’une Église qui a fêté en 1988 le millénaire du baptême de la Rus de Kiev 1. En 1589, l’Église de Moscou se sépara de Constantinople et devint une Église autocéphale, c’est-à-dire indépendendante. Supprimé en 1700 par Pierre le Grand, le Patriarcat de Moscou ne fut rétabli que le 18 novembre 1917 lorsque saint Tikhon, premier patriarche russe de l’époque moderne, fut choisi par tirage au sort.
L’Église russe existait en germe depuis l’Antiquité : juifs, grecs, scythes habitaient en Ukraine du sud. Bien plus tard, la mission des Grecs parmi les Slaves (saints Cyrille et Méthode) au IXe siècle conduisit au déploiement d’une culture chrétienne particulière. Son territoire canonique s’étend aussi à la Belarus, l’Ukraine et la Moldavie issues de l’ex-Union Soviétique.
Depuis le Moyen-Âge, un grand nombre de pèlerins ont pris l’habitude de venir à Jérusalem et à Bethléem, aux lieux-mêmes où le Christ a vécu. Ils ont bravé de nombreux dangers, se déplaçant souvent à pied ou en bateau (Jaffa, Haïfa).

Le renouveau russe dans les Lieux Saints

À l’aéroport de Lod, le Patriarche Cyrille expliqua comment il arriva pour la première fois en Terre Sainte en 1969. Les ressortissants soviétiques n’étaient pas autorisés à venir en pèlerinage. Il songeait à une époque comme la nôtre où enfin ils pourraient reprendre cette ancienne tradition religieuse.
Au cours de son séjour, il précisa – souvent avec émotion – les conditions précaires dans lesquelles l’Église orthodoxe russe avait acquis le couvent Marie Madeleine du Mont des Oliviers. Il veilla personnellement, à partir de 1969, au développement du monastère Gornensky à Aïn Karem. Celui-ci ne fut achevé qu’en 2011.
Dans ces deux hauts lieux de l’Orthodoxie russe, le patriarche souligna l’unité canonique de son Église qui a surmonté le paradoxe d’un siècle de communisme. Le renouveau de la première Église slave peut aussi surprendre les autres communautés chrétiennes par son zèle quasi international, car héritière d’une part essentielle de l’Église universelle. À Jérusalem, il parla à Yad VaShem de l’héroïsme de l’armée Rouge qui “libéra le monde de la négation de l’identité humaine”. À Bethléem, il parla de l’importance de susciter des témoins vifs de la foi au sein de l’Église locale. En Jordanie, où les pèlerins sont bien accueillis, il s’est rendu au lieu historique du baptême du Christ.
Depuis vingt ans – ce qui est peu -, l’Église orthodoxe russe monte aux Lieux les plus saints de l’histoire et de l’identité chrétienne des Slaves en prenant le temps de s’y exprimer. Le chemin ne fait peut-être que commencer.

1. La Rus de Kiev est une principauté médiévale slave orientale qui exista entre environ 860 et le milieu du XIIIe siècle. Au XIe siècle, la Rus’ de Kiev était le plus grand État d’Europe en superficie

Dernière mise à jour: 30/12/2023 11:25