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Patriarche Sako: « Pour sauver l’Irak, les chrétiens doivent s’impliquer dans la politique »

Manuela Borraccino
31 octobre 2013
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Patriarche Sako: « Pour sauver l’Irak, les chrétiens doivent s’impliquer dans la politique »
Le patriarche chaldéen Louis Raphael Ier Sako.

Invité le samedi 26 octobre à l'ouverture de l'année académique de l'Institut pontifical oriental de Rome, le patriarche chaldéen Louis Raphael IER Sako a élaboré un ensemble de lignes directrices sur la façon de sortir de la transition que vit le pays. Selon lui, l'engagement des chrétiens dans l’arène politique sera la clé de voûte de la survie du christianisme en Irak, et de l'État irakien lui-même.


(Rome) – L’engagement des chrétiens dans la vie politique et sociale sera la clé de voûte de la survie du christianisme en Irak, et de l’État irakien lui-même. Le patriarche de Babylone des Chaldéens Louis Raphael Ier Sako est venu demander aux religieux et aux laïcs étrangers un engagement pratique de formation à la politique pour sortir de la difficile reconstruction de l’Irak, dressant l’amer constat que « l’Occident ne comprend pas les craintes que les chrétiens ressentent aujourd’hui au Moyen-Orient ».

Invité le samedi 26 octobre à l’ouverture de l’année académique de l’Institut pontifical oriental à Rome, le patriarche chaldéen a élaboré un ensemble de lignes directrices sur la façon de sortir de la transition sans fin que vit le pays : l’Irak a connu six élections en huit ans et une violence croissante qui rend impossible la coexistence et la réconciliation nationale. « Depuis dix ans – a-t-il souligné – il n’y a plus aucun signal de sécurité, ni pour les chrétiens ni pour les autres. La fragilité des institutions et le faible sentiment d’identité nationale menacent tous les irakiens, particulièrement les chrétiens ». Il a confirmé que les premiers chrétiens à fuir étaient les plus qualifiés et les plus instruits, au point que maintenant il n’y a plus que des pauvres et des défavorisés. «C’est un appauvrissement pour ceux qui partent et pour ceux qui restent, pour tout l’ensemble du pays. Selon le recensement de 1987, les chrétiens étaient 1 264 000. Aujourd’hui, ils sont moins de la moitié. Si environ 700.000 ont fui, ceux qui ont décidé de rester doivent être encouragés ».

C’est précisément pour cette raison que «nous devons éduquer et former les gens : il faut un cadre politique pour parvenir à la démocratie. Nous appelons les laïcs à être davantage impliqués dans la culture, la société, la politique du pays : il est nécessaire de développer une laïcité positive, une démocratie basée sur les droits humains, l’égalité dans la citoyenneté et la liberté ». «Nous devons former une équipe spécialisée de laïcs – a ajouté Sako – qui étudie, analyse les problèmes et propose de nouvelles solutions pour améliorer la situation de nos villes et de nos villages, pour construire de nouveaux logements, de nouvelles routes et pour créer des emplois, afin que les chrétiens ne se voient plus contraints d’émigrer. Que faire pour introduire dans le pays le respect de la liberté religieuse, et pour reconnaître aux chrétiens les mêmes droits que ceux des musulmans ? Comment participer à une politique active et constructive au service du bien commun et non des intérêts particuliers ? ».

Le patriarche a appelé à une coalition des partis chrétiens sous un nom unique, par exemple l’Union nationale chrétienne irakienne, voyant que «les chrétiens sont actuellement divisés en huit partis, et cette dispersion les rend tous insignifiants». « En restant unis, ne pourrions-nous pas lancer une campagne nationale, avec un programme comme celui-ci : « La paix et la coexistence, le respect de toutes les religions et de toutes les confessions, pour une vraie démocratie »? Pourquoi ne pas créer un «conseil politique chrétien » qui prendrait en charge les problèmes des chrétiens, sans négliger ceux de l’ensemble de la communauté nationale ? ».

Cependant, il est essentiel que les chrétiens « soient également présents dans les partis non-chrétiens, surtout en vue des élections de 2014, afin d’augmenter le nombre de parlementaires appartenant à notre communauté : si les chrétiens sont actifs, dynamiques, ils pourront certainement augmenter le quota actuellement fixé à 5 députés chrétiens pour chaque liste ».

Il est important que les chrétiens de la diaspora aillent s’inscrire dans les ambassades irakiennes à l’étranger pour conserver le droit de vote, « si précieux au moment des élections ». Il convient également de créer un fonds d’urgence pour aider les familles victimes d’attentats (nombreuses à Bagdad, Bassora, Mossoul). «Nous devons former des centres d’urgence pour intervenir immédiatement pour des familles et pour répondre à ceux qui sont constamment victimes d’actes criminels, tels que les assassinats, les viols, les enlèvements, les vols, les incendies dans les églises et les maisons endommagées. Si nous avions de tels centres, ceux qui y travailleraient pourraient intervenir rapidement pour soutenir ces innocents, pour ne pas les laisser seuls face à ces horribles crimes ».

Et encore : « Les chrétiens doivent unir leurs efforts pour préserver la cohésion nationale et protéger le droit à la liberté religieuse comme un élément fondamental de la société irakienne, ils doivent s’unir pour réaliser tout cela, nous sommes de petites églises éparpillées ici et là, sans unité, nous n’avons pas d’avenir ». Cela vaut également pour le dialogue avec les musulmans : «Sans dialogue – réaffirme Sako – il y n’a pas de vie, il n’y a pas de coexistence, et je suis pleinement convaincu que la majorité des musulmans est ouverte au dialogue. Il y a des intégristes pour qui tout est politisé, mais il y a aussi des chefs religieux sensibles au dialogue. Je pense aussi que les chrétiens et les musulmans doivent trouver, d’un commun accord, un langage plus compréhensible pour exprimer leur foi ».

La Ligue Arabe, l’Organisation de la Conférence islamique et les autorités religieuses devraient promulguer « un document officiel dans lequel les chrétiens seraient reconnus dans leurs droits en tant que citoyens égaux, en séparant la religion de la politique ». De plus, « les pays occidentaux doivent se dire qu’il ne sert à rien de fabriquer et de vendre des armes: il vaudrait mieux pour eux comme pour les autres faire des choses utiles pour la vie et la prospérité ».

Il faut du pragmatisme, de l’étude, de l’action, et enfin, une grande ténacité. D’autant plus dans une situation comme celle que nous vivons aujourd’hui dans toute la région, où le «fondamentalisme islamique se développe et où les chrétiens, indépendamment de leurs choix et de leurs engagements, sont victimes d’une conjoncture internationale qui les dépasse. Les extrémistes veulent profiter de la situation actuelle pour vider le Moyen-Orient de toute présence chrétienne, comme s’il s’agissait d’un obstacle à leurs plans ». Le plus grand danger, conclut Sako, vient de l’existence d’une stratégie visant à diviser le Moyen-Orient en pays confessionnels. Maintenant, nous parlons ouvertement de divisions selon des critères ethniques et confessionnels tant en Irak qu’en Syrie.

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