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Moyen-Orient : le plan de paix américain joue l’arlésienne

Christophe Lafontaine
3 juin 2019
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Moyen-Orient : le plan de paix américain joue l’arlésienne
Jared Kushner, conseiller spécial du Président américain (à gauche) en face de Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, le 22 juin 2018 à Jérusalem © Matty Stern/U.S. Embassy Jerusalem via Flash90

La dissolution de la Knesset, votée le 29 mai, occasionne le gel du plan de paix américain pour le Proche-Orient. La conférence au Bahreïn fin juin sur les aspects économiques du futur plan est toutefois maintenue.


On en parle mais elle n’arrive jamais. L’initiative américaine pour la paix au Proche-Orient devait être annoncée à l’issue du ramadan – c’est-à-dire ces jours-ci – et surtout, une fois après la formation d’un nouveau gouvernement israélien suite aux élections du 9 avril dernier. Or, face à l’échec des négociations du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour composer une coalition dans les délais impartis, la Knesset (le parlement israélien) a été dissoute le 29 mai dernier. Provoquant ainsi de nouvelles élections fixées au 17 septembre prochain et repoussant ipso facto l’annonce du plan américain (dont les contours sont toujours tenus secrets).

Un mauvais concours de circonstance pour Jared Kushner, gendre et conseiller spécial du Président américain, qui travaille depuis deux ans pour élaborer ce plan de paix en deux volets (politique et économique), dans l’espoir de trouver un cadre pour la reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens, et qui était en tournée la semaine dernière au Maroc, en Jordanie et en Israël pour vanter son projet pour la région, il a de fait rencontré le 30 mai dernier, Benjamin Netanyahu. Plus pour la forme car le sort du Premier ministre israélien reste suspendu aux prochaines élections de septembre. S’il reste discret sur le contenu de son plan, Jared Kushner refuse de parler de la solution dite « à deux Etats », israélien et palestinien, pourtant au cœur de la diplomatie mondiale (et américaine) depuis des années.

Ce n’est guère la première fois que son plan est reporté. Initialement, il devait être dévoilé en janvier 2019. Mais après que la Knesset a été dissoute en décembre 2018, l’administration américaine avait calé son report sur le mois de juin. Misant sur une victoire de Benjamin Netanyahu. Ce qui a eu lieu et ce qui a fait dire au président américain lors de l’annonce des résultats des législatives israéliennes : « Je pense que nous avons une meilleure chance d’aboutir – à « l’accord ultime » – maintenant que Bibi (ndlr : Benjamin Netanyahu) a gagné. »

Mais le vent a tourné. Il faudra donc finalement attendre au moins le mois d’octobre pour une divulgation du « deal du siècle ». Après les élections de septembre et les fêtes juives de Rosh Hashana, Yom Kipour et Souccot. Le journal Al Khaleej Online, basé aux Emirats Arabes Unis annonce même un report à 2020, a fait savoir hier le Jerusalem Post.

Un calendrier de plus en plus serré

De plus, l’horloge américaine a aussi son tempo et se heurte de plein fouet à la crise politique israélienne. Donald Trump a en effet déclaré qu’il lancera la campagne pour sa réélection le 18 juin prochain. Chacun sait que la campagne présidentielle américaine débute par ailleurs officiellement avec les caucus de l’Iowa (début février) qui inaugurent le long processus pour la désignation du président américain. Le timing est donc serré car le calendrier « s’avère peu propice à l’activisme diplomatique et encore moins à la prise de risques », comme le souligne Le Monde. D’autant, que Jared Kushner a déclaré, il y a moins de deux mois, que « le plan nécessiterait des concessions des deux côtés » israélien et palestinien. L’administration ne prendra sans doute pas le risque de se fâcher avec son électorat évangélique enclin à soutenir Israël.

Pour l’heure, certains, comme les dirigeants de l’Autorité palestinienne, peuvent se frotter les mains, ravis de cette nouvelle. Ils ont d’ores et déjà rejeté le plan américain avant même le connaître. Les Palestiniens donnent en effet peu de crédit à l’initiative de l’administration de l’Oncle Sam qu’ils jugent totalement partiale depuis la reconnaissance américaine le 6 décembre 2017 de Jérusalem comme capitale d’Israël, qui s’en est suivie de la suppression des aides aux Palestiniens, et de la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan syrien occupé et administré par Israël depuis la guerre des Six Jours en 1967, puis annexé unilatéralement en 1981. Les Palestiniens redoutent sous ce prisme que le plan proposé renonce à la solution à deux Etats avec Jérusalem-Est comme capitale palestinienne.

Si Jared Kushner a déclaré dimanche 2 juin sur la chaîne américaine HBO que les Palestiniens méritaient « l’autodétermination », il a toutefois exprimé des doutes quant à leur capacité à se gouverner eux-mêmes. Pas sûr qu’une telle déclaration réjouisse les concernés qui, ayant rompu leurs liens diplomatiques avec les Etats-Unis depuis décembre 2017, avaient d’ores et déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas au sommet de Manama au Bahreïn, les 25 et 26 juin prochains, qui doit réunir des dirigeants de plusieurs gouvernements, de la société civile et du monde des affaires.

Malgré les remous intérieurs de la politique israélienne, le département d’Etat américain a affirmé que la conférence de Manama était maintenue. Selon le Times of Israel, les Saoudiens, les Émirats arabes unis et le Qatar ont déclaré qu’ils y participeraient.

Intitulée « De la paix à la prospérité », la rencontre est censée dévoiler le pan économique du plan de paix américain pour stimuler les investissements dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Selon la présidence américaine, il s’agit d’une opportunité pour « encourager le soutien à des investissements et initiatives économiques potentiels qui pourraient être rendus possibles par un accord de paix. »
Les Palestiniens ont déjà condamné, par la voix de Saëb Erakat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), les tentatives visant à promouvoir « une normalisation économique de l’occupation israélienne de la Palestine. » « Notre objectif n’est pas d’améliorer les conditions de vie sous l’occupation, mais d’atteindre le plein potentiel de la Palestine en mettant fin à l’occupation israélienne », a-t-il insisté.

Le roi Abdallah II de Jordanie n’a pas encore confirmé sa présence ou non à Manama. Il a rappelé devant Jared Kushner la semaine dernière « la nécessité d’intensifier les efforts pour instaurer une paix globale et durable sur la base de la solution prévoyant la création de deux Etats, en garantissant l’instauration d’un Etat palestinien indépendant sur les lignes du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale aux côtés d’Israël dans la paix et la sécurité, conformément au droit international et aux résolutions pertinentes des Nations Unies. »

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