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Chirac : ce que les arabes et les juifs retiendront de lui

Christophe Lafontaine
27 septembre 2019
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Chirac : ce que les arabes et les juifs retiendront de lui
Le dirigeant palestinien Yasser Arafat et le président français Jacques Chirac, le 23 octobre 1996 © Palestinian Authorities via Abed Al Rahim Al Khatib/Flash90

La visite tendue à Jérusalem d’octobre 96 de l’ancien président français Jacques Chirac, décédé hier, a profondément marqué les esprits. Tout comme sa reconnaissance de la responsabilité de la France pendant la Shoah.


« Do you want me to go back to my plane ? » Cette phrase et les images qui vont avec, feront le tour du monde et lui vaudront une vive sympathie dans les Territoires palestiniens et le monde arabe. Le 22 octobre 2016, Jacques Chirac, dans les rues de la Vieille Ville de Jérusalem, s’énerve contre les forces de sécurité israéliennes qui l’empêchent de saluer les Palestiniens. « Je commence à en avoir assez ! (…) « Then let them go. Let them do. No, that’s… no danger, no problem. This is not a method. This is provocation ». Quelques minutes plus tard, rappelle l’Institut National de l’Audiovisuel, Jacques Chirac refusera d’entrer dans l’église Sainte Anne, domaine national français à Jérusalem, tant que des soldats israéliens y resteront installés. « Je ne veux pas de gens armés en territoire français… J’attendrai », expliquera le Président.

Cet accès de colère dans les rues de Jérusalem a tellement marqué les esprits que les Palestiniens en ont fait « le héros du monde arabe », rapporte le Times of Israel dans son édition d’hier. « C’était exactement ce que cherchait Chirac : le signal que la France est de retour et qu’elle comprend la souffrance des arabes », commentait au micro d’Europe 1, il y a dix ans, Pierre Haski, envoyé spécial du journal Libération au Proche-Orient au moment de la tournée diplomatique de Jacques Chirac, effectuée pendant huit jours à travers la Syrie, Israël, les Territoires palestiniens, la Jordanie, le Liban, l’Egypte.

Après sa visite à Jérusalem, Jacques Chirac a été accueilli en véritable héros à Ramallah et à Gaza. « Nous avons besoin de vous. Nous souhaitons vous voir jouer un rôle pour consolider cette paix juste et globale que nous souhaitons dans la région », lui avait alors lancé le dirigeant palestinien Yasser Arafat.

Yasser Arafat, mourra par la suite (le 11 novembre 2004), en France. Après son décès, Jacques Chirac salua un « homme de courage et de conviction qui a incarné, pendant 40 ans, le combat des Palestiniens pour la reconnaissance de leurs droits nationaux. » Les Palestiniens n’ont jamais oublié et en 2007, la municipalité de Ramallah a inauguré une rue à son nom.

Après l’annonce du décès le 26 septembre 2019 à l’âge de 86 ans de l’ancien président de la République française Jacques Chirac qui dirigea la France de 1995 à 2007, le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne (AP) Riyad al-Malki a salué la mémoire de l’ancien président français Jacques Chirac : « Le peuple palestinien et sa juste cause ont perdu un ami », a ainsi affirmé le ministre à l’AFP.

Ami de plusieurs dirigeants de pays arabes, du Maghreb au Golfe persique, Jacques Chirac fut aussi l’homme qui refusa de faire la guerre en Irak en 2003 et qui fut très touché par l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005, dont il était intime. Il soutint d’ailleurs la création du Tribunal spécial pour le Liban, chargé d’enquêter sur son assassinat. Jacques Chirac a aussi été le premier chef d’Etat d’une grande puissance à visiter le pays du cèdre après la fin de la guerre civile et les Libanais l’appelaient « l’ami du Liban ». Les Libanais se souviennent également du rôle-clef joué par l’ancien Président français dans l’arrêt de l’offensive israélienne baptisée « Raisins de la colère », en avril 1996, et de l’organisation en 2001 à l’initiative de Jacques Chirac d’une conférence internationale pour aider le Liban sur les plans financier et économique.

Ami des juifs aussi

Si les Israéliens gardent de Jacques Chirac l’image d’un partisan pro-arabe et pro-palestinien, le président de l’Etat d’Israël et les médias de l’Etat hébreu ont toutefois salué le discours qu’il prononça à Paris le 16 juillet 1995 durant les cérémonies du 53ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 où quelque 13 000 juifs ont été arrêtés à leur domicile par des policiers et gendarmes français avant d’être rassemblés au Vélodrome d’Hiver pour être ensuite envoyés en camp de concentration. Dans son allocution, Jacques Chirac reconnut pour la première fois la responsabilité de la France dans la déportation des juifs. « La France, patrie des lumières et des droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable (…) Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français. »

Dans un communiqué de presse, le président israélien Reuven Rivlin a présenté les condoléances de l’Etat d’Israël au peuple français. « L’Etat d’Israël s’incline en mémoire de feu le président de la République, Jacques Chirac. Nous garderons en mémoire sa contribution unique aux liens profonds entre nos pays et en particulier de sa courageuse reconnaissance de la responsabilité de la France dans la destinée réservée aux juifs de France pendant la Shoah. » « Puisse-t-il laisser le souvenir éternel d’un ami et d’un homme de paix ».

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