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Les chefs des Eglises en appellent au corps diplomatique de Jérusalem

Rédaction
6 février 2026
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Le patriarche Théophilos III, hôte de la rencontre avec le Corps diplomatique de Jérusalem, durant son discours. À ses côtés, le Nonce apostolique et le Custode de Terre Sainte ©Patriarcat Grec-orthodoxe de Jérusalem

Réunis comme chaque année au patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, les chefs des Églises, réunis par le patriarche grec Théophilos III, ont alerté le corps diplomatique sur la dégradation de la liberté de culte, les violences visant les chrétiens et l’urgence humanitaire, en particulier à Gaza.


Comme chaque année à cette période, les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem ont reçu le corps diplomatique accrédité dans la Ville sainte. La rencontre s’est tenue ce vendredi 6 février au siège du patriarcat grec-orthodoxe sous l’égide du patriarche grec-orthodoxe Théophilos III. Une réunion rituelle, inscrite dans le calendrier diplomatique local, mais qui s’est déroulée dans un climat particulièrement lourd.

Devant plus de trente consuls généraux et chefs de mission, les responsables chrétiens ont dressé un constat sans détour : la présence chrétienne en Terre sainte est fragilisée, la liberté religieuse s’érode et les institutions ecclésiales subissent une pression constante.

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Le patriarche grec-orthodoxe Théophile III a ouvert la séance. Il a rappelé le coût humain du conflit dans toute la région, avec une attention particulière portée à Gaza, où destruction et privations continuent de frapper les populations civiles. Il a évoqué sa visite pastorale dans l’enclave, aux côtés du patriarche latin Pierbattista Pizzaballa, et salué la fidélité des communautés chrétiennes qui poursuivent leur mission de service, d’éducation et de soin, malgré la guerre.

Liberté de culte sous pression

Le cœur de l’intervention a porté sur les atteintes répétées à la liberté de culte à Jérusalem. Les restrictions imposées lors de la cérémonie du Feu sacré et durant la Semaine sainte ont été longuement dénoncées : limitations drastiques du nombre de fidèles autorisés, entraves à la participation traditionnelle des scouts, dispositifs policiers jugés disproportionnés.

Pour les Églises, l’accès aux lieux saints ne relève pas d’une concession administrative. Il s’agit d’un droit ancien, enraciné dans le statu quo, constitutif de la vie religieuse chrétienne à Jérusalem. Toute remise en cause de cet équilibre est perçue comme une atteinte directe à la dignité des fidèles.

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Les chefs des Églises ont également alerté sur les violences visant des chrétiens, leurs lieux de vie et leurs institutions. En Cisjordanie, des attaques de colons ont été signalées, notamment à Taybeh et Birzeit. Des inquiétudes ont aussi été exprimées face à l’expansion de colonies à proximité de Beit Sahour, l’une des principales villes chrétiennes palestiniennes encore actives.

Humanitaire et responsabilité internationale

La question humanitaire a occupé une place centrale dans les échanges. Les Églises ont renouvelé leur appel en faveur des enfants de Gaza atteints de cancer, dont l’accès à l’hôpital Augusta Victoria, sur le mont des Oliviers, est aujourd’hui bloqué. Avant la guerre, ces soins vitaux étaient possibles. Ils ne le sont plus.

Les responsables de l’hôpital ont directement interpellé les diplomates présents, les appelant à exercer une pression claire sur les autorités israéliennes. Pour les Églises, la santé des enfants ne peut être traitée comme un enjeu secondaire.

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Les difficultés liées aux permis de séjour et de travail ont également été soulevées. Elles affectent enseignants, personnels médicaux et employés essentiels, désorganisant écoles et hôpitaux et fragilisant encore davantage le tissu social chrétien.

Comme l’an dernier, les représentants diplomatiques ont exprimé leur soutien aux Églises et à la liberté religieuse. Plusieurs ont promis de relayer ces préoccupations auprès de leurs gouvernements. Un appel a enfin été lancé à l’envoi de délégations d’observation sur le terrain.

À Jérusalem, la diplomatie des Églises se poursuit. Sans illusion. Mais sans renoncement.

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