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Feu sacré: peu de pèlerins mais des restrictions attendues

Cécile Lemoine
3 mai 2024
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Feu sacré: peu de pèlerins mais des restrictions attendues
Chemin de croix des Grecs-Orthodoxes, 3 mai 2024 ©Jamal Awad/Flash90

L'épisode de tensions avec l'Iran a vu les pèlerins chrétiens orthodoxes annuler leur voyage en Terre Sainte pour Pâques. Leur absence laisse de la place aux chrétiens locaux, nostalgiques d'une époque où l'accès à la cérémonie du Feu Sacré était ouverte à tous, sans restriction policière.


Les croix en bois survolent une foule clairsemée sur la Via Dolorosa. Les chrétiens orthodoxes, qui suivent le calendrier Julien, s’apprêtent à fêter Pâques. Le traditionnel chemin de croix du Vendredi saint ne voit défiler que quelques centaines de Grecs, d’Ethiopiens et de Slaves, loin des dizaines de milliers de pèlerins qui font habituellement le voyage pour assister au miracle annuel du Feu Sacré, qui annonce la résurrection du Christ, le Samedi saint. La guerre et la récente escalade avec l’Iran ont, cette année, découragé la majorité d’entre eux.

Malgré leur absence, la municipalité et la police de Jérusalem ont mis en place leur plan habituel de gestion des foules : chaises et zones d’ombres près de la porte de Jaffa, barrières pour limiter l’accès au quartier chrétien, équipes de renforts… La vieille ville sera bouclée dès vendredi soir, et une dizaine de check-points quadrilleront le quartier pour mieux filtrer les entrées.

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L’accès au Saint-Sépulcre est strictement réservé aux détenteurs d’un bracelet en papier, précieux sésames distribués aux Églises par la police. L’architecte de l’office technique commun des Eglises en charge du Saint-Sépulcre, Theo Metropoulos, a cette année fait la demande pour 4200 personnes. « Dans la pratique, on s’attend à ce qu’ils laissent entrer moins de personnes, anticipe-t-on au Patriarcat grec-orthodoxe. On craint également que, comme les années précédentes, la police et les soldats ne fassent preuve de violence dans l’application des restrictions. »

Sorties de secours

La police, a, de son côté, communiqué les chiffres suivant : 2750 personnes à l’intérieur, 300 sur le parvis, et 1000 sur le toit des Grecs-Orthodoxes, pour un total de 4 050. Ces quotas sont un sujet de querelle entre la police et les Églises depuis 2022. En avril 2021, l’effondrement d’un sanctuaire juif a causé la mort de 44 de personnes et poussé les autorités à revoir les critères de sécurité des grands rassemblements.

Le parvis du Saint-Sépulcre quasiment vide après l’arrivée des différents chemin de croix orthodoxes, 3 mai 2024 ©Cécile Lemoine

Au Saint-Sépulcre, qui ne dispose que d’une seule issue de secours, il a d’abord été décidé que seules 1000 personnes serait autorisées à assister à la cérémonie, avant que la Cour Suprême ne statue pour 4000, chiffre qui semble faire autorité depuis. « L’ouverture de la porte de la chapelle franciscaine, qui donne sur le parvis, a permis d’augmenter un peu le quota, mais on est loin de ce que cet évènement a été », souligne frère Athanase Macora, en charge du Status Quo pour le compte de la Custodie de Terre Sainte, l’une des trois Églises propriétaires du Saint-Sépulcre. « Il y a des discussions pour ouvrir une troisième issue, mais ce n’est pas encore fait », glisse Jériès, le sacristain des Franciscains.

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Dans le quartier chrétien, on se souvient avec nostalgie des années 1990. « Quand j’étais jeune, on allait et venait très facilement. Les rues étaient bondées, mais on pouvait se déplacer. Il n’y avait qu’une poignée d’officiers de police, et tout se passait bien », raconte Gabi Abu Hani, les yeux qui pétillent au souvenir des entrées en grande pompe avec les shebab (groupe de jeunes hommes) et les troupes scoutes : « Je me faufilais avec les plus grands. C’étaient des moments joyeux. » 

Fête synonyme de restrictions

En solidarité avec Gaza, les Églises limitent cette année les festivités, pour se concentrer sur les cérémonies religieuses. Pas de parade scoute, pas de musique. Les jeunes chrétiens de la vieille ville anticipent des violences.« En bloquant les rues de tous les côtés, la police parque 200 personnes dans un tout petit espace. On se retrouve à pousser sans le vouloir, et c’est là que les problèmes commencent, affirme Paul, 33 ans et membre de « Seeds of Better Life » (Les graines d’une vie meilleure), groupe de jeunes orthodoxes du quartier. Aujourd’hui, cette fête, qui est la plus importante pour les chrétiens de Terre Sainte, est devenue synonyme de restrictions. On est tous tendus, alors qu’avant l’esprit était vraiment à la fête. » 

Selon les habitants, le changement de comportement de la police remonte aux années 2000. « En 1996 et en 2002, il y a eu des bagarres entre plusieurs communautés, à l’intérieur du Saint-Sépulcre. Ça a poussé la police a être plus présente », estime frère Athanase. « Ils n’ont pas besoin de raison, lance un habitant du quartier chrétien. C’est juste leur manière de procéder. Ils imposent et c’est tout. Leurs renforts viennent de Haïfa et d’ailleurs dans le pays. Ils ne comprennent pas les enjeux de cette journée et ne savent pas comment nous parler. »

Dans la vieille ville, on veut croire que l’absence de pèlerins permettra aux locaux d’entrer au Saint-Sépulcre. Les Eglises orthodoxes ont pu redistribuer les bracelets vacants à leur communauté.

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