À une trentaine de kilomètres environ de Jérusalem se trouve le monastère trappiste de Latrun, qui abritent 18 moines issu de 6 nationalités différentes. Pour nous accueillir : le supérieur, le père Guillaume Jedrzejczak, ainsi que le supérieur local, le père Patrick Olive.
Née au Moyen-Orient entre le IIIᵉ et le IVᵉ siècle, la vie monastique a connu en Égypte un essor considérable : les célèbres Paroles des Pères du désert ont influencé le monde entier. Elle s’est ensuite diffusée en Occident, donnant naissance aux grandes règles monastiques — dont celle de Saint Benoît, que les moines de Latrun suivent encore aujourd’hui.
P. Guillaume Jedrzejczak, ocso – SupĂ©rieur
Notre tradition cistercienne est née au XIIᵉ siècle comme une réforme de la vie bénédictine. Les moines ont pour mission de vivre déjà en ce monde une vie, je dirais, du ciel — essayer de vivre une véritable fraternité à la lumière de la Parole de Dieu et de la prière. Et cela est très important aujourd’hui, car ces deux éléments sont peut-être ceux qui manquent le plus.
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Le monastère de Latrun voit le jour en 1890, sous l’Empire Ottoman. Les moines, venus d’une abbaye française, découvrent alors un site désertique qu’ils transforment progressivement en une oasis verdoyante. Mais l’histoire n’a pas toujours été paisible : expulsés pendant la Première Guerre mondiale, pris dans les conflits qui ont suivi, ils ont plus récemment encore été frappés par un incendie et par les derniers mois de guerre.
P. Guillaume Jedrzejczak, ocso – SupĂ©rieur
Il est très intéressant de regarder les photos anciennes : autrefois, tout était complètement désert ici, alors qu’aujourd’hui on arrive et l’on trouve beaucoup de végétation et de nombreux arbres. C’est très caractéristique de la vocation monastique : faire refleurir le désert. Pas seulement le désert extérieur, mais aussi le désert intérieur.
Le 1er mai, les moines ont célébré avec grande joie le centenaire de la pose de la première pierre. La construction du monastère actuel a été une aventure de plus de trente ans, rendue possible grâce à l’engagement et à la persévérance de générations de moines.
P. Guillaume Jedrzejczak, ocso – SupĂ©rieur
Ce lieu est vraiment beau, car on a le sentiment que même les pierres sont imprégnées des prières de nombreuses générations. J’ai connu des moines très humbles qui passaient leur temps devant le Saint-Sacrement, portant dans la prière la réalité de ce pays — compliqué, mais où les gens nous témoignent souvent beaucoup de sympathie et de gentillesse.
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Être moine en Terre Sainte est, pour le père Guillaume, une vocation singulière. Vivre ici permet de mieux comprendre les Écritures, l’histoire biblique et le sens profond de l’accueil, envers des personnes de toutes origines et confessions religieuses.
P. Guillaume Jedrzejczak, ocso – SupĂ©rieur
Accueillir tous ceux qui viennent est très important pour nous, car tout homme de bonne volonté est le bienvenu. Je crois que la présence monastique, même très discrète et simple, est comme un signe de la fidélité de Dieu à travers les siècles. Non pas la nôtre — mais la fidélité de Dieu. Nous en faisons l’expérience concrète : lors de l’incendie, le feu s’est arrêté avant d’atteindre le mur. Pour nous, cela a été extraordinaire, car beaucoup de choses ont été détruites.
Nous savons bien que les gens souffrent partout. Mais je crois que notre présence — si simple, sans prétention — est importante pour ce lieu. Nous recevons beaucoup de cette terre et de ces personnes. Car au fond, nous sommes tous ici pour Dieu.




