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Jérusalem: un téléphérique qui fait grincer des dents

Christophe Lafontaine
30 mai 2017
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Jérusalem: un téléphérique qui fait grincer des dents
Cette vue du sud de la ville en direction du nord serait donc traversée par le téléphérique © Nati Shohat/Flash90

Israël a approuvé le projet d’un téléphérique à Jérusalem, dimanche 28 mai 2017. Il reliera Jérusalem-Ouest à la Vieille Ville située à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël. Décryptage d’une polémique.


Le gouvernement israélien vient de donner son aval dimanche dernier pour la construction d’un téléphérique qui tutoiera le ciel de Jérusalem-Ouest à Jérusalem-Est. A l’origine, un constat : la Vieille Ville de Jérusalem, centre névralgique du tourisme en Terre Sainte, souffre d’embouteillage et de pollution. Le projet vise à désengorger l’accès au Mur des Lamentations. Ainsi, depuis l’ancienne gare ferroviaire jusqu’à la porte des Immondices, la télécabine suspendue sur un câble de 1,4 kilomètre pourra transporter 3 000 passagers par heure. Le dispositif devrait être sur rail à partir de 2021. Il glissera à une vitesse de 21 km/h selon les estimations du ministère du Tourisme israélien. La première phase du projet devrait coûter 200 millions de shekels (50 millions d’euros). Le projet est dans les tiroirs depuis plus de 10 ans. Inspiré pour la première fois en 2006, il fut évoqué publiquement en 2013. Epoque où Nir Barkat, maire de Jérusalem, était alors en campagne municipale pour un second mandat.

Une mécanique idéologique bien huilée

Comme le tramway en son temps, le dispositif et le tracé font polémique. Plus qu’un plan d’aménagement urbain, ce téléphérique recèle, selon de nombreux observateurs, une intention politique. Pour bien comprendre, le téléphérique serait implanté à proximité de divers lieux saints juifs, musulmans et chrétiens. Il désenclaverait de ce fait des colonies juives situées dans la partie arabe de la ville. Les Israéliens considèrent la ville comme leur capitale une et indivisible. Ce que la communauté internationale ne reconnaît pas. Quant aux Palestiniens, ils revendiquent la partie Est de Jérusalem comme capitale de leur futur Etat. Ainsi les détracteurs du projet soupçonnent-ils la municipalité israélienne de chercher à instaurer davantage dans les esprits l’occupation de Jérusalem-Est. En créant une continuité entre la partie Ouest de Jérusalem et les colonies juives situées à l’Est. La « judaïsation » de ces quartiers créerait un état de fait qui compliquerait le partage de la ville en cas d’accord de paix.

Nir Barkat n’a jamais caché que l’atout économique et touristique du téléphérique était doublé d’un objectif idéologique. Le tout répondant à une mécanique bien huilée. « Ce projet servira aussi à comprendre à qui appartient vraiment cette ville » avait-il déclaré en août 2016 à des militants du Likoud (parti de droite nationaliste). Aussi, à la sortie du Conseil des Ministres dimanche dernier, le Premier ministre Benyamin Netanyahu a-t-il affirmé que le projet faisait partie d’un plan de développement des infrastructures de Jérusalem pour « renforcer notre capitale unifiée. » Car le « oui » au projet de téléphérique ne s’inscrit pas dans une démarche isolée. Les ministres israéliens ont effectivement approuvé le même jour un plan de 50 millions de shekels (12 millions d’euros) pour la construction d’un souterrain allant du quartier juif de la Vieille Ville, jusqu’au mur des Lamentations, ainsi que celle d’un ascenseur pour les personnes âgées et handicapées. Le ministre du Logement, Yoav Galant estime que ce projet doit « renforcer la présence juive au mur Occidental. Il appartient à l’Etat d’Israël et Israël y investit des ressources ». Cette communication intervient alors qu’Israël célèbre depuis plusieurs jours le 50ème Yom Yeroushalayim, c’est-à-dire la conquête de la Vieille Ville et de Jérusalem-Est par l’Etat hébreu durant la guerre des Six jours en 1967.

Du sable dans les rouages 

C’est sans compter la bronca de nombreux opposants qui risquent de mettre du sable dans les rouages pour empêcher le téléphérique de prendre son envol. Qu’il s’agisse des opposants politiques, des écologistes ou des défenseurs du patrimoine inquiets. A titre d’exemple, on parle d’une dizaine de pylônes s’égrenant autour de la Ville Sainte dont un pourrait être planté dans le jardin de Saint-Pierre en Gallicante, sanctuaire catholique qui commémore le reniement de Saint Pierre.

Daniel Seidemann, responsable de l’ONG israélienne Terrestrial Jerusalem, assimilait en 2015 dans la presse le projet à « un crime contre Jérusalem ». « Le maire se trompe lourdement s’il croit qu’il va le faire passer comme une lettre à la poste, prévenait-il. Dès qu’il l’aura officiellement présenté, il va faire face à un front uni associant Palestiniens, protecteurs jordaniens des lieux saints musulmans, Vatican, Unesco et défenseurs israéliens de l’environnement. » Dossier à forte tension, à tel point que le groupe français Suez Environnement a lâché le câble. Sa filiale ingénierie pluridisciplinaire Safege – qui devait participer à la faisabilité du projet, s’est rétractée en mars 2015. Ceci afin d’ « éviter toute interprétation politique » de la situation sur le terrain. Le négociateur en chef de l’Organisation de libération de la Palestine avait écrit à Laurent Fabius, alors ministre français des Affaires Etrangères pour dénoncer le projet des autorités israéliennes. Le téléphérique de Jérusalem contrairement au tramway ne sera donc pas français.

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