Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

De la fixation de la date de Noël en Occident

Par Alberto Elli
30 novembre 2019
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Si on a su localiser le lieu, la date de la naissance du Christ est une construction théologique. Audacieuse perspective de photographe qui a logé son appareil dans la crèche pour voir en direction de la grotte. Affleurant du sol, l’étoile à 14 branches marquant le point de naissance de Jésus le Christ.

Dans un empire romain devenu chrétien, on ne pouvait plus compter les années depuis la création de Rome. C’est sous le pontificat du pape Jean Ier que fut mis en place le calcul de la date de Pâques et qu’il fut décidé de commencer le calendrier à partir de l’année de naissance de Jésus-Christ. Mais quand était-il né ?


Vers 525 Denys le Petit (Dionysius Exiguus), moine qui vivait à Rome, fut invité par le chancelier du pape Jean Ier (523-526) à élaborer une méthode mathématique pour calculer la date de Pâques selon la règle adoptée par le concile de Nicée. Alors que jusque-là on dénombrait les années en les comptant soit depuis la fondation de Rome (ab urbe condita 753 av. J.-C.), soit depuis le début du règne de Dioclétien (284 ap. J.-C.), ou encore, depuis les “premiers temps”, Denys, lui, choisit de les compter selon un tout nouveau critère : ab Incarnatione Domini nostri Iesu Christi, c’est-à-dire “depuis l’Incarnation de notre Seigneur Jésus Christ”, autrement dit dès sa conception (fête de l’Annonciation).
Avec un calcul basé sur les Évangiles de Luc et Matthieu, sur les documents historiques dont il disposait et sur la Tradition, Denys établit que la naissance de Jésus avait eu lieu le 25 décembre de l’an 753 depuis la fondation de Rome (l’Incarnation aurait donc eu lieu neuf mois avant, le 25 mars de la même année 753), établissant ainsi comme année 1 celle qui commençait la semaine suivant cette date, et fixant de fait l’égalité suivante : “Année 1 de l’ère chrétienne = année 754 depuis la fondation de Rome”.
Les calculs de Denys étaient très probablement faux. On suppose en effet qu’Hérode le Grand, règne sous lequel Jésus naquit, mourut en l’an 750 depuis la fondation de Rome (= an 4 av. J.-C.), année à partir de laquelle ses fils et successeurs Archélaos, Hérode Antipas et Philippe entamèrent le début de leurs règnes. Dans ce cas l’année de la naissance de Jésus était probablement l’an 747 à partir de la fondation de Rome, soit l’an 7 av. J.-C., bien que d’autres retardent cette date jusqu’en l’an 5 ou 4 av. J.-C.
On assiste cependant actuellement à une réévaluation des calculs de Denys. En fait il a été suggéré qu’en l’an 4 av. J.-C. Hérode avait associé ses enfants au trône, une pratique courante à l’époque, avant sa mort, celle-ci ayant alors eu lieu en l’an 757 depuis la fondation de Rome, c’est-à-dire en l’an 4 ap. J.-C. Enfin, des études très récentes des textes d’un calendrier liturgique trouvé à Qumran, concernant les rotations sacerdotales, et du Livre des Jubilés, également trouvé à Qumran, confirmeraient l’hypothèse que Jésus soit effectivement né dans la période du 25 décembre précédant l’an 1.

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Le premier document daté avec certitude et attestant la date traditionnelle du 25 décembre pour la naissance du Christ, remonte à 336. Comme l’écrivit Jean Chrysostome en 390, c’est le pape Jules Ier (337-352) qui, vers le milieu du IVe siècle, officialisa la date de Noël dans l’Église catholique.
Pour de nombreux érudits, le choix de ce jour ne dériverait pas d’une ancienne tradition relative au jour même de la naissance de Jésus, mais de la décision “politique” de remplacer les éléments allégoriques païens, en particulier le désir de christianiser la fête païenne de Sol invictus, le “soleil invaincu”, célébrée le huitième jour des calendes de janvier, soit justement le 25 décembre. Cette hypothèse, qui semble avoir été avancée pour la première fois vers la fin du XIIe siècle par un commentateur syriaque anonyme sur un texte de Denys Bar Salibi, fait aujourd’hui l’objet de discussions parmi les chercheurs.
L’origine de l’antique fête de Sol invictus est généralement liée au règne d’Aurélien (270-275) qui, probablement vers la fin de l’an 274, a construit à Rome un temple dédié au Soleil (dont il importa le culte de Palmyre et dont il fit la divinité principale de l’empire), en organisant aussi un clergé spécifique. En fait le culte du Soleil à Rome semble être beaucoup plus ancien, précédant probablement l’ère chrétienne. Quant à l’épithète invictus appliquée au Soleil, elle est attestée par une plaque datant de 158 ap. J.-C. et d’autres découvertes archéologiques du IIe siècle. La date du 25 décembre suivait de quelques jours le solstice d’hiver, une récurrence astronomique extrêmement symbolique : en effet, le soleil atteint à midi la hauteur minimale du ciel, puis revient grandir les jours suivants, s’avérant “non vaincu”.
Ce remplacement de la fête païenne par une fête chrétienne est parfois qualifié d’usurpation abusive et illégitime de l’Église, visant à “tromper” le peuple. En réalité, dans toute rencontre entre cultures, différents phénomènes d’assimilation et de substitution sont usuels, et l’inculturation de la foi est un phénomène normal, commun et légitime de la vie de l’Église (pensons, par exemple, à la fête de saint Joseph artisan qui se trouve depuis 1955 superposée à la fête socialiste des travailleurs du 1er mai).♦

 

 

Dernière mise à jour: 15/04/2024 12:38