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Les grecs-orthodoxes à la mode orientale

Par Alberto Elli
30 novembre 2019
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Nuit de Noël. Le patriarche Théophilos III dans la grotte. Derrière lui, un bas-relief en bois peint représente les scènes évangéliques liées à l’enfance du Christ.

Tandis qu’en Grèce on célèbre Noël le 25 décembre, à Jérusalem, le patriarcat grec-orthodoxe hellène a choisi de suivre le calendrier julien à l’unisson des autres Églises orientales orthodoxes. Celle des confessions qui se donne le titre d’Église-mère, de par le nombre de ses pèlerins et fidèles, est celle qui attire le plus de monde à Bethléem pour ses célébrations.


L’Église grecque-orthodoxe de Jérusalem – qui compte quelque 65 000 fidèles en Terre Sainte répartis entre Israël et les Territoires palestiniens fait partie de l’Église grecque-orthodoxe qui reconnaît le patriarche œcuménique de Constantinople comme le “premier parmi ses pairs” (primus inter pares). L’Église grecque-orthodoxe de Jérusalem porte le titre d’Église-mère des Églises chrétiennes de Jérusalem ; son patriarche est en effet considéré comme étant le successeur direct de Jacques le Juste, le premier évêque de Jérusalem mentionné dans les Actes des Apôtres. Resté jusqu’au Ve siècle simple suffragant du patriarcat d’Antioche, l’évêque Juvénal obtint en 451, au concile de Chalcédoine, que le patriarcat de Jérusalem fut séparé d’Antioche et déclaré patriarcat autonome. Au cours des deux siècles suivants, l’Église de Jérusalem connut une période florissante, mais avec l’invasion des Perses en 614 et celle des Arabes en 636, elle vit s’ouvrir une ère de ruines et de persécutions.

Adaptation

En 1099, lorsque Jérusalem fut libérée par les Croisés, les chrétiens jouirent à nouveau d’une pleine liberté, mais le patriarcat grec, supplanté par le patriarcat latin, dut se retirer à Constantinople. Après la reconquête arabe de Jérusalem en 1187, le patriarche regagna son siège. En 1517 la Palestine fut conquise par les Turcs ottomans : le patriarcat de Jérusalem cessa dès lors d’être une Église autonome et quatre siècles durant, il fut entièrement soumis à la hiérarchie grecque de Constantinople. C’est alors une hiérarchie grecque qui fut établie supplantant la hiérarchie arabe locale ; la confrontation entre la hiérarchie grecque et le clergé et les fidèles arabes a souvent dégénéré en d’âpres disputes et, dans certains cas, en une lutte ouverte.
Bien que l’Église grecque-orthodoxe ait adopté le calendrier grégorien et célèbre donc Noël le 25 décembre comme l’Église catholique, le patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, suit en revanche le calendrier julien et célèbre Noël le 7 janvier avec les autres Églises orthodoxes, comme les Églises copte, syriaque et éthiopienne. Un écart similaire existe également à Jérusalem, comme on l’a vu, pour l’Église arménienne : alors que l’Église arménienne fête Noël le 6 janvier, le patriarcat de Jérusalem le célèbre le 19 janvier, le même jour, selon le calendrier julien, que le baptême de Jésus. On célèbre ainsi trois Noël en Terre Sainte : le 25 décembre, le 7 janvier, et le 19 janvier !
À l’occasion des festivités de Noël les responsables des communautés orthodoxes se réunissent habituellement pour l’échange mutuel de vœux. Les franciscains de Terre Sainte – ayant accueilli en décembre les responsables des Églises orthodoxes pour les vœux à l’occasion des célébrations du Noël catholique – se rendent également en délégation au patriarcat grec-orthodoxe afin de présenter leurs vœux. L’arrivée de la procession des frères est annoncée par le son des bâtons des kawas, les gardes d’honneur de la custodie, qui ouvrent la délégation franciscaine chaque fois que les frères se rendent en visite officielle. La visite, dans une atmosphère d’amitié et de gestes fraternels, est une expérience unique de partage, d’union entre chrétiens, en dépit des nombreuses différences.

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Le point culminant des festivités est la procession vers la basilique de la Nativité à Bethléem (théoriquement, pour le Noël orthodoxe, quatre processions distinctes sont organisées pour chacun des patriarches, à différents moments de la journée), qui a lieu la veille de Noël (donc le 6 janvier, jour la fête de l’Épiphanie chez les latins). Tandis que les prêtres se dirigent en procession vers leur propre chapelle, la basilique s’emplit de prières, de chants et d’hymnes, et du parfum intense de l’encens. La divine liturgie y est ensuite célébrée, à laquelle assistent souvent des hommes politiques musulmans comme le président de l’Autorité palestinienne. Le jour de Noël, une procession similaire a lieu à la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem, la basilique la plus sainte de toute la chrétienté.♦

 

Dernière mise à jour: 15/04/2024 13:40