Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Urgence au Liban : les franciscains se mobilisent

Cécile Lemoine
4 août 2021
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
Urgence au Liban : les franciscains se mobilisent
La solidarité continue de s'organiser dans le couvent franciscain de Beyrouth tandis que la crise traversée par le Liban s'aggrave ©ATS Pro TerraSancta

Après l’explosion qui a dévasté le port de Beyrouth et une bonne partie de la capitale libanaise les franciscains et leur ONG Pro Terra Sancta ont lancé plusieurs projets pour venir en aide à une population fragilisée par le chaos politique, économique, social et sanitaire qui mine le pays.


4 août 2020. Une impressionnante explosion ouvre une plaie béante dans le port de Beyrouth, cœur économique d’un Liban qui tourne déjà au ralenti. Le bilan est lourd : au moins 181 morts, plus de 6 500 blessés, des pans entiers de la capitale détruits par le souffle de l’explosion et 300 000 personnes à la rue du jour au lendemain… La déflagration est gigantesque. Au sens propre, comme au sens figuré : ce drame s’ajoute au naufrage économique du pays, paralysé par la faillite des banques en 2019, et accentué par la pandémie de Covid-19.

Ces événements ont précipité des dizaines de milliers de Libanais vers le chômage. Selon la Banque mondiale, 45 % de la population libanaise (1,7 million de personnes) risque de sombrer dans la pauvreté au cours des prochains mois. “Les gens ne travaillent plus, les prix ont explosé, l’argent ne vaut plus rien… Pour de nombreuses familles il est très compliqué de se procurer des produits de bases tels que du pain ou des médicaments”, s’inquiète Fadi Bejani, chef du projet de réhabilitation mené par l’ONG Pro Terra Sancta et la douzaine de franciscains de la Custodie de Terre Sainte basée au Liban.

Lire aussi >> Un an après l’explosion, Beyrouth peine à panser ses plaies

Doté de 240 000€ répartis sur trois ans, le projet a bénéficié de la solidarité de nombreux donateurs, soucieux de venir en aide à une population déjà fragilisée. Une générosité qui, à leur petite échelle, permet aux franciscains et à Pro Terra Sancta d’intervenir sur plusieurs fronts. Le plus important est celui de la lutte contre l’insécurité alimentaire. Près de 280 familles pourront venir collecter trois fois par an, des cartons de nourriture et des kits d’hygiène dans les différents couvents franciscains répartis sur le territoire : Gemmaizé à Beyrouth, El-Mina à Tripoli dans le nord du pays, et Tyr, la ville méridionale.

Soutien psychologique

Parce que le système de santé s’est effondré et que les médicaments sont devenus une denrée rare et onéreuse, 150 familles se verront distribués gratuitement des médicaments contre les maladies chroniques. Des tests anti-Covid seront également réalisés au couvent de Gemmaizé à Beyrouth, lui aussi en partie détruit par l’explosion.

Le projet compte enfin financer, à hauteur de 5 000€ par habitation, une partie des réparations d’une vingtaine de maisons endommagées. Le travail de réhabilitation inclut le remplacement de fenêtres, de portes, de balcons, de cloisons intérieures, et d’éventuels autres travaux urgents. Tout cela sous la houlette d’entreprises locales.

Lire aussi >> L’éducation, une priorité pour le Liban en crise

Nouveauté : les frères travaillent à la création d’un centre d’aide psychologique dans leurs locaux de Beyrouth. “Beaucoup d’enfants ont besoin de soutien psychologique depuis l’explosion. Certains sont encore choqués et refusent de sortir de leur chambre. L’anxiété est très forte parmi la population”, s’attriste frère Firas Lufti, responsable du couvent franciscain de la capitale. Originaire de Syrie, il a notamment participé à la création du Centre franciscain de soin d’Alep, où des activités d’art-thérapie destinées aux enfants ont porté leur fruit. Il souhaite offrir le même soutien à une cinquantaine de familles libanaises.

Chrétiens et musulmans

Le projet espère venir en aide à 3 750 personnes en l’espace de trois ans. Un chiffre qui paraît minime comparé aux besoins de toute une population. Mais Pro Terra Sancta revendique une certaine proximité avec les familles aidées. “On connaît le nom de chaque personne que nous aidons. Il est très important de créer du lien”, explique Fadi Bejani, qui dénonce les actions parfois éclair de grosses ONG dans ce genre de situations d’urgence.

Lire aussi >> Le pape Francois à l’écoute des Églises libanaises

Le plus compliqué reste toujours de savoir qui aider en premier. Après s’être naturellement tournés vers les paroisses et les populations de rite latin, Pro Terra Sancta et les franciscains ont revu leur stratégie pour coller au multiculturalisme du pays. “Mettre notre spiritualité en action revient à n’exclure personne, glisse frère Firas. Si beaucoup de catholiques ont d’abord reçu notre aide, nous l’avons élargie à toutes les communautés religieuses, chrétiennes comme musulmanes. Tout le monde a besoin d’aide. Nous ne pouvons pas laisser souffrir ceux qui sont aussi nos frères et sœurs.”

——-

Ne cherchez plus où aider
Avec notre partenaire c’est possible
Vous pouvez aider ce projet depuis la France en vous rapprochant de notre partenaire sur les projets humanitaires : Fondation François d’Assise directement en ligne www.fondationfrancoisdassise.fr


Cet article est extrait du n°674 de Terre Sainte Magazine (Juillet-Août 2021 – paru) 

Vous aussi soyez aux côtés des chrétiens présents en orient !

 

Terre Sainte n. 4/2021 – Sommaire
Une exposition itinérante sur le Saint-Sépulcre
Terre Sainte Magazine
Terre Sainte n. 4/2019 – Sommaire  Emilie Rey

Une exposition itinérante sur le Saint-Sépulcre

Guettez-la ! Avec un peu de chance elle passera près de chez vous, cette exposition pédagogique retraçant l’histoire du lieu choisi pour la sépulture de Jésus et l’endroit même de sa Résurrection. Deux jeux tournent, l’un en région parisienne, l’autre en province.

Terre Sainte n. 4/2019 – Sommaire
Terre Sainte Magazine
Terre Sainte n. 3/2019 – Sommaire
Terre Sainte Magazine
Terre Sainte n. 2/2019 – Sommaire
Terre Sainte Magazine
Terre Sainte n. 1/2019 – Sommaire
Terre Sainte Magazine
Janvier Février 2019

Terre Sainte n. 1/2019 – Sommaire

Il y a 800 ans, la rencontre entre saint François a-t-elle eu lieu ? - Savez-vous mettre les phylactères ? -  Pas d'argent de la justice... 

Terre Sainte Magazine
Terre Sainte n. 1/2019 – Sommaire  Anaïs Uberti

Les icônes s’invitent dans le musée de la custodie

La plus grande collection d'icônes orthodoxes aux mains des latins en Terre Sainte.

Terre Sainte Magazine
Terre Sainte n. 1/2019 – Sommaire  Fr. Alberto Pari

Des enfants israéliens face au christianisme

Dans une école israélienne, des enfants juifs rencontrent pour la première fois un religieux franciscain.

Terre Sainte Magazine
Terre Sainte n. 1/2019 – Sommaire  Guillaume Genet

Pèlerinages en Terre Sainte: les guides ne suivent plus

Terre Sainte n. 6/2018
Terre Sainte Magazine
Novembre Décembre 2018

Terre Sainte n. 6/2018

A la découverte des mosaïques restaurées de la Nativité - Les chrétiens sionistes font-ils la politique américaine en Israël ? - L'Eglise catholique voit-elle un caractère messianique dans la création de l'État hébreu ? - Nora Carmi: vivre en dignité!

Terre Sainte Magazine
Terre Sainte n. 5/2018  Marie-Armelle Beaulieu

Le vote d’une loi interroge sur le devenir démocratique de l’Etat juif

Le gouvernement israélien en place a-t-il sonné le glas de la démocratie en Israël ? Une loi votée à la fin de la session parlementaire à la mi juillet fait débat dans la société israélienne.

Terre Sainte n. 5/2018
Terre Sainte Magazine
Septembre Octobre 2018

Terre Sainte n. 5/2018

Tous les titres des articles par rubrique, de cette nouvelle édition de Terre Sainte Magazine. La revue papier qui prend le temps de vous faire découvrir cette région du monde.

L’araméen n’a pas écrit son dernier mot
Cécile Lemoine

L’araméen n’a pas écrit son dernier mot

Moine syriaque orthodoxe, Dayroyo Boulus vient d’achever la transcription des quatre Évangiles en araméen classique, une calligraphie utilisée au temps de Jésus qu’il est l’un des rares à maîtriser. Son travail et sa vocation font revivre une écriture biblique oubliée.

La revue en vidéo