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Aide humanitaire : le Patriarcat latin poursuit son exercice de transparence

Rédaction
2 janvier 2026
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Un an après un premier, le Patriarcat latin de Jérusalem publie un deuxième document de transparence sur l’aide humanitaire déployée depuis le début de la guerre grâce. Couvrant la période de novembre 2024 à octobre 2025, ce rapport détaille l’utilisation de 12,49 millions de dollars, mobilisés pour venir en aide à près de 200 000 personnes à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.


Alors que le conflit s’est enlisé et que la situation humanitaire s’est dramatiquement aggravée, le Patriarcat a choisi de rendre compte, chiffres à l’appui, de l’affectation des dons reçus et des choix opérés sur le terrain. Un geste assumé dans un contexte où la défiance est grande et où les besoins, eux, ne cessent de croître.

Une deuxième année de guerre plus dévastatrice encore

Dans son introduction, l’Administrateur général du Patriarcat latin, Sami El-Yousef, souligne que la deuxième année de la guerre a été plus meurtrière et plus destructrice que la première. À Gaza, les chiffres donnent la mesure du désastre, avec des dizaines de milliers de morts et de blessés, une population massivement déplacée et des infrastructures presque entièrement détruites. En Cisjordanie, la guerre est moins immédiatement visible mais tout aussi corrosive : violences accrues, entraves constantes à la circulation, explosion du chômage après l’effondrement du tourisme et la suppression des permis de travail en Israël.

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Dans ce contexte, Sami El-Yousef affirme que le Patriarcat latin n’a pas réduit la voilure, bien au contraire. « Ces développements ne nous ont pas ralentis, ils nous ont rendus plus déterminés », écrit il, soulignant que l’aide a été non seulement maintenue, mais élargie et diversifiée pour toucher les populations les plus fragilisées.

Gaza : l’Église transformée en structure de survie

À Gaza, où 6,7 millions de dollars ont été engagés, la paroisse latine de la Sainte-Famille s’est imposée comme un point d’ancrage humanitaire. Lieu de prière devenu abri, centre logistique, clinique, école et boulangerie, le complexe paroissial a permis d’assurer la survie quotidienne de centaines de personnes réfugiées sur place, tout en étendant son action aux quartiers environnants.

Malgré des mois de fermeture totale des points d’entrée humanitaires, le Patriarcat indique avoir réussi à acheminer plus de 1 500 tonnes d’aide sur la période considérée. Cet effort a permis de distribuer plus de 1,2 million de repas, contribuant à soutenir environ 10 % de la population du nord de Gaza, bien au-delà de la seule communauté chrétienne.

L’éducation a été maintenue comme un axe prioritaire. Dans l’enceinte même de la paroisse, des cours ont pu reprendre pour environ 180 enfants, encadrés par des enseignants chrétiens et musulmans. Une continuité scolaire jugée essentielle, tant pour préserver l’avenir académique des élèves que pour offrir un cadre structurant à des enfants profondément marqués par la guerre.

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Le Patriarcat a également développé une politique active de création d’emplois, transformant les besoins logistiques de la paroisse en opportunités de travail. En deux ans, le nombre de postes est passé de quelques dizaines à 200 emplois, offrant à des familles privées de toute ressource un revenu, mais aussi une place et un rôle au sein de la communauté.

En Cisjordanie, empêcher l’effondrement social

En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où 5,79 millions de dollars ont été mobilisés, l’enjeu n’était pas tant la survie immédiate que la prévention d’un effondrement social durable. Privées de revenus, confrontées à l’absence de protection sociale et à la hausse généralisée du coût de la vie, de nombreuses familles chrétiennes se sont retrouvées dans l’incapacité de faire face aux dépenses les plus élémentaires.

L’aide du Patriarcat s’est déployée dans le quotidien le plus concret : permettre aux familles de se nourrir, de se soigner, de maintenir leurs enfants à l’école, de payer un loyer ou une facture d’électricité. Elle s’est également inscrite dans une logique de stabilisation, en soutenant massivement l’emploi à travers des programmes temporaires ou des stages, afin de préserver la dignité de ceux qui avaient perdu toute source de revenu.

L’éducation est restée un pilier central de cette action. Plusieurs milliers d’élèves et d’étudiants ont pu poursuivre leur scolarité ou leurs études supérieures grâce à une aide couvrant frais de scolarité, bourses et fournitures. Un choix du Patriarcat, convaincu que l’investissement éducatif constitue l’un des rares leviers à long terme dans un contexte aussi incertain.

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Le rapport met en lumière une décision du patriarche latin, le cardinal Pierbattista Pizzaballa : l’annulation des dettes scolaires accumulées par les familles des élèves des écoles du Patriarcat. Un effort financier considérable, assumé sans recours à des financements extérieurs, présenté comme un acte cohérent avec l’esprit de l’Année jubilaire. « La charité commence chez soi », souligne le document, évoquant un geste destiné à soulager concrètement des milliers de familles éprouvées.

Maintenir l’espérance dans la durée

Conscient que les conséquences de la guerre se feront sentir pendant des années, le Patriarcat latin se projette désormais dans une action de long terme. À Gaza, les priorités identifiées concernent la reconstruction progressive de l’habitat, la réouverture d’établissements scolaires et le renforcement de l’accompagnement psychologique. En Cisjordanie et à Jérusalem, l’accent continuera d’être mis sur l’emploi, l’éducation et le soutien aux familles les plus vulnérables, afin d’éviter des situations de pauvreté irréversible.

Le rapport s’achève sur un appel à la confiance et à la fidélité des donateurs. « En ces temps difficiles, l’Église a constaté que la confiance mutuelle nous ouvre les yeux et nous permet de voir la réalité de manière constructive », écrit le cardinal Pizzaballa, rappelant que, même modeste face à l’ampleur des besoins, cette aide n’aurait pu exister sans une solidarité internationale constante.

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