Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

Le Patriarcat latin maintiendra son action humanitaire malgré le durcissement israélien envers les ONG

Rédaction
3 janvier 2026
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable

Alors que le gouvernement israélien a annoncé l’expiration des licences de 37 ONG internationales opérant à Gaza et en Cisjordanie à compter du 1er janvier 2026, le Patriarcat latin de Jérusalem a fait savoir qu’il poursuivrait sans interruption son action humanitaire et sociale.


Le 30 décembre 2025, le gouvernement israélien publiait la liste de 37 Organisations Non Gouvernementales (ONG) auxquelles il entendait – le surlendemain 1e janvier – retirer le droit d’exercer à Gaza et en Cisjordanie. Parmi elle, à la surprise générale, la Caritas Jerusalem, une organisation humanitaire et caritative catholique qui agit comme le bras social de l’Église.

Une résolution adoptée le 1er mars 2025 impose désormais aux ONG internationales une procédure de réenregistrement très stricte : transmission exhaustive des statuts, des activités, des sources de financement, mais aussi des listes nominatives complètes des employés étrangers et palestiniens, avec numéros de passeport et d’identification personnelle.

Lire aussi Aide humanitaire : le Patriarcat latin poursuit son exercice de transparence

Selon le ministère israélien des Affaires de la diaspora, cette réforme répond aux conclusions des services de sécurité, affirmant que certains employés d’ONG auraient été impliqués dans des activités terroristes, citant notamment deux salariés de Médecins Sans Frontières, ce que l’organisation a toujours démenti. La résolution autorise également le refus d’enregistrement à toute organisation qui nierait le droit d’Israël à exister en tant qu’État juif et démocratique, qui appellerait au boycott ou qui participerait à des campagnes de « délégitimation ».

Le COGAT, coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires, a pour sa part minimisé l’impact opérationnel immédiat de cette décision, affirmant que ces 37 ONG n’avaient pas fourni d’aide à Gaza depuis le début du cessez-le-feu du 10 octobre et que leur contribution antérieure ne représentait qu’environ 1 % du volume total de l’aide. Un argument contesté par de nombreuses organisations internationales, qui dénoncent des règles arbitraires mettant en danger leur personnel et rendant toute action humanitaire pratiquement impossible.

C’est dans ce contexte que le Patriarcat latin a tenu à clarifier publiquement la situation de Caritas Jerusalem. Dans un communiqué daté du 31 décembre 2025, signé par son porte-parole Farid Jubran, le Patriarcat rappelle que Caritas Jerusalem opère sous l’autorité et la gouvernance de l’Assemblée des Ordinaires catholiques de Terre Sainte (AOCTS).

Lire aussi Transformée en clinique, la papamobile de Bethléem pas encore autorisée à Gaza

En Israël, Caritas Jerusalem bénéficie du statut de personne juridique ecclésiastique, reconnu par l’État israélien dans le cadre de l’Accord fondamental de 1993 et de l’Accord sur la personnalité juridique de 1997, signés entre le Saint-Siège et l’État d’Israël. À ce titre, elle n’a engagé aucune procédure de réenregistrement auprès des autorités israéliennes, car elle estime ne pas relever du régime des ONG internationales visées par la résolution gouvernementale.

Le Patriarcat précise en outre que Caritas Internationalis n’intervient pas directement sur le terrain en Israël, à Gaza ou en Cisjordanie, et que les opérations menées relèvent exclusivement de Caritas Jerusalem, en conformité avec sa mission ecclésiale. Aussi, Caritas Jerusalem continuera-t-elle ses opérations humanitaires et de développement à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem, conformément à son mandat.

Une action enracinée dans la mission de l’Église

Cette position s’inscrit dans une vision de long terme : Caritas Jerusalem est le bras social de l’Église catholique en Terre Sainte. Fondée en 1967, elle agit selon des principes explicitement assumés : dignité de la personne, solidarité, justice sociale, transparence dans la gestion des ressources, compassion et cohésion sociale. L’aide apportée n’est ni idéologique ni partisane ; elle s’adresse aux plus vulnérables, sans distinction de religion ou d’origine, dans un esprit fidèle à l’enseignement social de l’Église.

Trois jours avant que le nom de Caritas Jérusalem ne figure sur la liste des ONG visées par le gouvernement israélien, le patriarcat latin avait publié sur son site le rapport de ses activités humanitaires, conduites notamment avec l’aide de la Caritas.

Cette transparence témoignait que l’action humanitaire de l’Église ne se cache pas, ne se dérobe pas et ne se confond pas avec des agendas politiques.

Cette détermination n’est pas théorique. Lors d’une récente visite à Gaza, le patriarche latin, Pierbattista Pizzaballa, s’est rendu auprès des équipes de Caritas Jerusalem déployées sur place. Un moyen pour le cardinal qui suit très attentivement la situation de constater le travail accompli, mesurer l’ampleur des besoins et identifier les priorités pour la population civile, prise dans une crise humanitaire sans précédent.

Face au durcissement réglementaire israélien, le message du Patriarcat latin est simple : l’action humanitaire de l’Église ne se suspend pas par décret. Elle s’enracine dans une mission spirituelle, sociale et morale, reconnue juridiquement, exercée avec transparence et assumée jusqu’au bout, même – et surtout – lorsque le contexte devient plus contraignant.

Sur le même sujet
Le numéro en cours

La Newsletter

Abonnez-vous à la newsletter hebdomadaire

Cliquez ici