Leshana haba’a b’Yerushalayim… L’an prochain à Jérusalem. Vous connaissez cette prière juive. Les juifs d’Europe centrale la récitaient avec l’espoir de se rendre un jour dans la ville sainte.
Puis les juifs sont revenus là où avait été construit le Temple et où, suivant certains courants du judaïsme, la Shekhina, la Présence divine demeure toujours. Pourtant, bien qu’ils résident aujourd’hui sur place ou puissent s’y rendre aisément, les juifs disent toujours “L’an prochain à Jérusalem”.
J’ai pensé à cette expression en travaillant sur la lettre pastorale du Patriarche Pizzaballa dont le titre est “Ils retournèrent à Jérusalem dans une grande joie” (Lc 24, 52). Quel texte !
Le rapport avec “l’an prochain à Jérusalem” ? C’est que les deux expressions ne parlent pas d’abord de géographie. Elles parlent de manque.
La formule juive est prononcée à la fin du Seder de Pessah et de la liturgie de Yom Kippour. Deux moments clés : la mémoire de la libération et le désir de réconciliation. Autrement dit, deux moments où l’on regarde ce qui n’est pas encore accompli. Sur le plan spirituel, Jérusalem n’est pas seulement une ville. C’est le lieu où Dieu et l’homme sont censés se rejoindre pleinement.
C’est sur ce manque que médite le patriarche, en partant de la réalité de cette terre blessée. Puis vient sa magistrale méditation du chapitre 21 de l’Apocalypse – la Jérusalem céleste – et finalement les axes pastoraux qu’il trace à grands traits, laissant le soin aux chrétiens de les discuter et de les mettre en pratique.
Pourquoi revenir à cette prière juive pour dire cela ? Parce que la sœur dominicaine qui a été si violemment agressée par un juif religieux sur le Mont Sion a confié prier pour sa conversion. Pas sa conversion au christianisme mais sa conversion au judaïsme. Un judaïsme qui se souvient d’Isaïe 56,7 “Ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples.”
Le patriarche dans sa lettre nous invite à bâtir cette Jérusalem nouvelle. Nous nous en sommes tellement éloignés que le défi paraît colossal. “Comment pouvons-nous faire tout cela ?” La réponse est simple : nous ne le pouvons pas. Seuls, nous ne le pouvons pas. Mais nous ne sommes pas seuls.”
Bien sûr il pense à la communauté chrétienne dans son ensemble, et au Christ qui l’accompagne et la précède. Mais les chrétiens rempliront leur rôle s’ils entraînent avec eux les juifs et les musulmans. Alors prions pour que chacun restaure en lui-même le rêve de Dieu pour sa ville.


