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Que cesse la violence !

Propos recueillis par Giuseppe Caffulli
30 mai 2017
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Frère Michael Perry, Ministre Général des frères mineurs, était en avril au Liban et en Syrie pour rencontrer les fraternités
franciscaines de ces deux pays et la communauté chrétienne locale. L΄Ordre des frères mineurs, dont la Custodie de Terre
Sainte fait partie, suit avec une préoccupation particulière l’évolution de la crise syrienne, qui concerne fortement le sort des chrétiens dans la région.


Père, vous vous êtes rendu avant la Semaine sainte en Syrie…

Effectivement, je viens de faire un voyage en Syrie avec le custode, frère Francesco Patton, et le ministre de la région Saint-Paul, frère Rachid Mistrih. Nous sommes partis de Beyrouth. Là, nous avons eu l’occasion de rencontrer les frères et voir ce qu’ils font pour les réfugiés irakiens et syriens, qui sont bien plus d’un million. Nous avons parlé avec le nonce au Liban, Mgr Gabriele Giordano Caccia, avec qui nous avons eu un débat sur la situation dans la région. Puis nous sommes allés de Beyrouth à Damas, où nous avons rencontré les frères de notre communauté et de nos paroisses. Nous avons vu le service merveilleux sur place. Je suis vraiment stupéfait par leur engagement et le travail qu’ils accomplissent, dans le dialogue avec les chrétiens de toutes les Églises. Par le service aussi envers les familles musulmanes : la nourriture, l’eau, les soins. Mais ce n’est pas seulement une aide matérielle : pour tous, il s’agit d’un lieu spirituel, d’écoute et d’accueil, d’autant plus nécessaire dans ce contexte de violence.

Comment avez-vous trouvé la situation à Damas ?

Toutes les 20 minutes, jour et nuit, nous avons entendu des explosions très proches… Signe que, malheureusement, la guerre se poursuit, et qu’on vit constamment dans l’insécurité. Le climat qui règne est psychologiquement très lourd. J’admire le courage et la détermination des chrétiens qui ne veulent pas quitter leur pays. C’est un témoignage chrétien très fort. Ensuite, nous avons pris la route de Homs pour atteindre Alep. Nous avons traversé le pays, village après village, dans une destruction totale.
Dans Alep il semble qu’il n’y a plus de combats. Mais à entendre les organisations humanitaires, les biens de première nécessité manquent pour une grande partie de la population.
En ville la situation est choquante. J’ai eu dans ma vie l’occasion de voir d’autres régions en guerre, notamment en Afrique, mais ce que j’ai vu à Alep dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Je n’ai jamais rien vu de semblable. La partie est est complètement détruite et vidée. Routes, maisons, immeubles, tout est détruit, rasé. De nombreuses personnes sont en grave difficulté : il leur manque les choses les plus élémentaires, l’eau, la nourriture, le carburant. La paroisse latine offre toute l’aide dont elle est capable.

 

Le Ministre général des franciscains a voulu rencontrer les jeunes pour les écouter et les encourager.

 

Comment avez-vous trouvé les frères mineurs qui sont restés en Syrie ?

Tant à Damas qu’à Alep et à Lattaquié, j’ai trouvé une grande foi chez nos frères. J’ai voulu passer du temps avec eux pour écouter et comprendre le poids qu’ils portent sur leurs épaules. Le poids spirituel et le poids psychologique d’une guerre qui dure depuis six ans et qui ne semble pas près de se terminer. Mais j’ai pu constater que les frères sont unis, prient ensemble et travaillent ensemble, bien qu’ils soient fatigués, éprouvés par la situation et les urgences quotidiennes. Cela est déjà un grand témoignage d’espérance, un signe visible qu’il est possible de construire une fraternité entre les hommes. Puis j’ai écouté les chrétiens locaux, qui ont parlé de la présence des frères parmi eux comme de vrais hommes de Dieu, des gens capables d’amour et d’accueil. Grâce à cette aide spirituelle, beaucoup ont réussi à endurer de grandes épreuves et souffrances.

Quels sont les besoins de la Syrie aujourd’hui ?

La première urgence est que cesse la violence et que se créent des espaces sécurisés pour les personnes. Ensuite, nous devons trouver une solution politique durable. Il y a trop de tensions à plusieurs niveaux en Syrie comme hors du pays.
Nous, en tant que franciscains, nous essayons de faire pression au niveau international pour que l’ONU arrête des décisions et prenne en charge la cause syrienne. Les gens ne peuvent pas attendre plus longtemps. Je pense me rendre dans les prochains jours à la secrétairerie d’État du Vatican pour communiquer ce que j’ai vu et ce que m’ont raconté les frères et les membres des Églises locales. Ce sont des éléments qui peuvent être utilisés pour encourager les parties en jeu à une recherche effective de la paix. Qui est le bien le plus nécessaire et immédiat pour la Syrie.

Dans ces années de guerre, à entendre les organisations humanitaires, des crimes civils sont commis d’un côté comme de l’autre… Il y a indubitablement une responsabilité des chrétiens et des hommes d’Église à l’égard de la vérité.

Je pense qu’il y a une véritable soif de vérité de la part des chrétiens locaux. Mais dans ce climat de confusion dans le pays – l’État Islamique, la Turquie, la Russie, l’Iran, les loyalistes, les rebelles, les mercenaires djihadistes, les Kurdes – la vérité peine à se faire jour, obscurcie par les intérêts en jeu. La tension est élevée et il est difficile pour ceux qui sont dans le pays d’avoir un cadre précis. Mais dans tous les cas, la vérité devra sortir. Nous devons écouter les témoins vivant en Syrie ou ayant quitté leur pays, et qui ont connu l’horreur de cette guerre. Ils serviront aussi d’instruction pour comprendre ce qui est arrivé ; qui a finalement commis des crimes de guerre, et comment. En ce sens, la Cour pénale internationale devra faire ses preuves. Mais le plus important aujourd’hui est de stopper la violence et reconstruire un minimum de sécurité dans le pays. Une vraie trêve, non pas un temps pour pouvoir se réarmer, mais un espace pour créer les conditions d’un dialogue.
Avant Noël, avec le custode, un appel officiel de l’Ordre pour la paix en Syrie avait été lancé. Pensez-vous réitérer cette initiative ?
Nous avons eu un excellent retour depuis diverses parties du monde, parmi les Églises chrétiennes de diverses confessions. L’appel a également été lancé au Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous avons reçu des centaines d’e-mails de la part de communautés religieuses qui ont pris au sérieux notre appel à la paix et se sont engagées, avant tout par la prière. Cependant, de retour de ce voyage, nous nous fixons un temps de réflexion, pour voir ce qui peut être utile en ce moment. Et pour voir quel message partager avec le monde. ♦


Le Saint-Père suit la situation syrienne de près

A son retour de Syrie frère Michael Perry a été reçu par le pape François avec les ministres généraux de la famille franciscaine (frères mineurs conventuels, capucins et Tiers-Ordre régulier). Parmi les sujets abordés au cours de l’entrevue la situation en Syrie.
“J’ai montré au pape sur mon portable les photos d’Alep, de ses rues et maisons détruites, de la souffrance du peuple. Mais aussi, un court message vidéo des jeunes de la paroisse latine, qui ont adressé au pape leurs salutations et leurs remerciements pour la proximité qu’exprime le Saint-Père face aux souffrances des chrétiens en Syrie.”
Tout au long de l’hiver, la paroisse Saint-François d’Alep a entretenu un lien direct avec les services du Vatican, n’hésitant pas à écrire au Saint-Père. Les enfants aussi lui ont adressé une lettre et furent tellement heureux de recevoir une réponse signée du pape.
Récemment, le pape a fait un don de 100 000 euros à la Custodie demandant que cette somme soit affectée à la Syrie.

 

Dernière mise à jour: 18/01/2024 15:03

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