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Qumran: mystères autour du « rouleau du Temple »

Christophe Lafontaine
10 septembre 2019
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Vue sur les grottes où furent trouvés les rouleaux de la mer morte, etelle qu'elle s'offre aux touristes depuis le site de Qumran ©Rosario Pierri/SBF

Une analyse chimique réalisée par une équipe internationale de chercheurs pose question sur la provenance et la technique employée pour la rédaction de l’un des manuscrits de Qumran les mieux préservés.


Même s’il est le plus fin, le « rouleau du Temple » est l’un des plus longs et mieux conservés des 900 manuscrits miraculeusement découverts par des bédouins à Qumran. C’était il y a 70 ans dans les grottes qui surplombent le nord de la mer Morte, dans le désert de Judée. D’après les spécialistes, ces textes ont été écrits par les Esséniens entre 150 avant J.-C. et la destruction du Second Temple lors de la conquête romaine en 70 après J.-C.  Le « rouleau du Temple », d’une longueur de plus de huit mètres et d’une épaisseur de 0,1 millimètre, décrit un temple juif non bâti ainsi que des règles sur les sacrifices et les pratiques du temple.

Comme la plupart des rouleaux retrouvés, le « rouleau du Temple » a été écrit sur des peaux d’animaux. Pour autant, le « rouleau du Temple » apparaît comme particulièrement remarquable en raison de son apparence physique : finesse, lisibilité du texte, surface d’écriture claire. Pourquoi ?

Des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), de l’Université de Harvard, de l’Institut Weizmann des sciences de Rehovot en Israël, et de centres de recherche en Allemagne ont révélé dans une étude publiée dans la revue Science Advances du 6 septembre dernier que le texte du « rouleau du Temple » avait été écrit sur la partie intérieure de la peau (contrairement à la majorité des autres rouleaux sur lesquels on retrouve l’écriture sur la partie de la peau qui portait le poil de l’animal).

En utilisant des outils de radiographie et de spectroscopie (une technique non destructive qui révèle la composition chimique d’une substance en observant comment la lumière laser disperse divers éléments chimiques), les chercheurs ont aussi découvert que le parchemin possédait « une structure en couches, constituée d’un substrat en collagène et d’une surcouche inorganique atypique », écrivent les chercheurs dans le résumé de leur étude. Cette couche inorganique, qui peut avoir été appliquée sur un processus de « finition » du parchemin, est composée notamment de gypse, de glaubérite et de thénardite (des minéraux sulfatés non marins mais provenant de l’évaporation de saumures) qui expliqueraient l’excellent état de conservation du rouleau.

Plus de questions que de réponses

Une « combinaison de sels » que l’on ne trouve pas habituellement dans les grottes de Qumran et dans les environs de la mer Morte. L’étude suggère ainsi qu’ils ont été délibérément appliqués dans le cadre de la fabrication du parchemin mais soulève par conséquent la question du lieu et de la technique de production du rouleau, unique en son genre.

Si l’équipe n’a pas encore pu déterminer l’origine exacte d’où venaient les minéraux, elle affirme que le « rouleau du Temple » a profité de techniques similaires à celles utilisées en Occident. Cela signifie-t-il pour autant que le rouleau a pu être produit ailleurs ? Ou que le revêtement spécial a pu être importé ? La question reste ouverte à la recherche.