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Grève générale dans les villes arabes d’Israël contre la violence qui ravage leur société

Marie-Armelle Beaulieu
22 janvier 2026
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Des membres de la communauté arabe d'Israël manifestent contre les violences qui frappent leur communauté, à Sakhnin, dans le nord d'Israël, le 22 janvier 2026. ©Michael Giladi/Flash90

La société arabe observe aujourd’hui une « grève générale et totale » pour dénoncer l’explosion de la criminalité et l’inaction de l’État. Une crise ancienne, aggravée par des choix budgétaires récents, qui touche aussi la minorité chrétienne arabe au point d'être la première raison de son désir d'émigration.


Les villes et villages arabes d’Israël sont largement à l’arrêt ce jeudi. À l’appel du Haut comité de suivi des citoyens arabes et du Forum des maires arabes, commerces, écoles et services municipaux ont fermé leurs portes pour protester contre la vague de violence qui frappe depuis des années la société arabe. Dans la presse arabophone israélienne, le mot d’ordre est explicite : « Notre sang ne doit pas couler ».

La mobilisation vise une criminalité devenue endémique : règlements de comptes, fusillades, racket et homicides rythment la vie quotidienne de nombreuses localités. Ce phénomène s’est enraciné depuis le début des années 2000, alimenté par la circulation massive d’armes illégales, l’implantation de réseaux mafieux et une présence policière jugée insuffisante. Le faible taux d’élucidation des meurtres renforce un sentiment d’impunité et de peur.

La colère s’est encore accentuée ces derniers mois après la réduction ou la réaffectation partielle de fonds initialement destinés au développement des localités arabes. Le plan gouvernemental adopté en 2021 pour réduire les inégalités, connu sous le nom de résolution 550, devait financer éducation, infrastructures et prévention sociale. Une partie de ces budgets a été gelée ou redirigée, notamment vers des programmes sécuritaires, au grand mécontentement des élus locaux qui y voient une décision aggravant les causes mêmes de la violence.

Cette crise ne touche pas seulement la majorité musulmane. Les chrétiens arabes, minoritaires mais bien présents dans des villes comme Nazareth, Haïfa, Ramleh ou Lod, vivent la même insécurité. Plusieurs familles ont quitté certains quartiers devenus dangereux. Mgr Rafic Nahra, évêque auxiliaire du Patriarcat latin de Jérusalem, a récemment alerté sur ce phénomène : de nombreux chrétiens, a-t-il confié, envisagent de partir parce qu’ils ne se sentent plus protégés au milieu de cette violence.

Pour les organisateurs de la grève, le message est clair : sans une action déterminée de l’État contre le crime organisé et sans investissements durables dans le développement social, la spirale ne pourra être enrayée. Au-delà d’une protestation ponctuelle, la mobilisation d’aujourd’hui veut sonner comme un avertissement. Elle rappelle que l’insécurité mine la cohésion de toute la société israélienne. Si elle fragilise en particulier ses minorités, dont la communauté chrétienne, déjà éprouvée par l’émigration et l’instabilité régionale, elle ne sera pas sans rejaillir tôt ou tard sur l’ensemble des populations du pays.

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