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En visite à Gaza le cardinal Pizzaballa choisit l’espérance

Marie-Armelle Beaulieu
24 juin 2026
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Pour sa cinquième visite dans la bande de Gaza depuis le 7-Octobre, le cardinal Pierbattista Pizzaballa n’est pas venu seulement distribuer de l’aide ou réconforter une communauté éprouvée. Pendant deux jours, il a voulu poser des gestes tournés vers l’avenir.


À 10h54 lundi 22 juin, un communiqué du patriarcat latin mettait le diocèse de Jérusalem en joie. Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, accompagné du patriarche grec orthodoxe Théophile III, était entré dans Gaza pour une visite pastorale des 541 chrétiens restant encore dans l’enclave.

Pour la 5e fois depuis le 7-Octobre 2023, le patriarche Latin de Jérusalem venait à bout de tous les obstacles pour se rendre jusqu’au quartier El Zeitoun où se trouve les deux églises. Si un cessez-le-feu est officiellement en vigueur, les bombardements et les morts sont quotidiens dans la traque menée par l’armée israélienne des militants du Hamas.

Une visite pour l’ensemble de la population

Le communiqué commun publié une fois que les deux patriarches avaient rejoint la communauté chrétienne de Gaza donnait le ton. Il s’agissait d’exprimer « la responsabilité pastorale des Églises de Jérusalem » envers les communautés locales mais aussi envers l’ensemble de la population de Gaza, confrontée à « la souffrance humanitaire, à la peur, aux pertes et à l’incertitude ».

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À Gaza, le père Gabriel Romanelli, curé de la paroisse catholique de la Sainte-Famille, a accueilli cette visite avec émotion. « Nous avons vécu aujourd’hui une journée extraordinaire », racontait-il dès le premier soir. Extraordinaire non seulement par la présence des deux patriarches, mais aussi par ce qu’elle représentait pour une population qui vit depuis plus de deux ans au rythme des bombardements, des pénuries et des déplacements.

La première étape fut la paroisse grecque orthodoxe Saint-Porphyre. Devant les reliques du saint évêque du Ve siècle, les deux patriarches ont béni les fidèles et prononcé « des paroles d’unité, de charité et d’encouragement » rapporte le père Gabriel.

Puis ce fut la visite de la paroisse catholique de la Sainte-Famille. Depuis mars, la plupart des familles qui séjournaient dans l’école adjacente depuis plus de deux ans ont quitté les lieux afin que l’école puisse reprendre. Ce sont donc les enfants et le corps enseignant qui accueillirent la délégation de Jérusalem.

Une sollicitude concrète

Mais très vite, la visite prit une dimension concrète. À quelques pas de la paroisse catholique, le cardinal Pizzaballa a béni la nouvelle clinique Saint-Joseph, fruit d’une coopération entre le Patriarcat latin et l’Ordre de Malte. Depuis le début de la guerre, le terrain où elle est installée servait déjà à distribuer de l’aide à des milliers de familles privées de tout. Désormais, une partie des locaux (des containers aménagés) sera consacrée aux soins médicaux tandis que l’autre continuera à accueillir les distributions de biens de première nécessité.

Les images publiées par la paroisse et par le Patriarcat latin témoignent de l’ampleur du travail accompli depuis des mois. Au fil des photographies apparaît une Église qui, malgré ses moyens limités, s’efforce de répondre aux besoins les plus immédiats tout en refusant de sacrifier l’avenir.

Après la clinique, la délégation s’est rendue dans les nouveaux locaux du jardin d’enfants du Patriarcat latin. Le bâtiment, une villa ayant survécu à la guerre, est encore en rénovation. Une fois les travaux achevés, elle pourra accueillir à la prochaine rentrée de 150 et 180 enfants. Le Patriarcat souligne régulièrement que « sans éducation, il n’y a pas d’avenir ». La rénovation de cette école maternelle constitue ainsi un investissement direct dans la reconstruction humaine de Gaza.

À l’issue de cette première journée, le patriarche Théophilos et la plupart des membres de la délégation sont sortis de l’enclave tandis que demeurait le cardinal Pizzaballa et le chancelier du patriarcat latin, le père Davide Melli.

Le second jour de la visite, le patriarche a assisté à la cérémonie de remise des diplômes des élèves de l’école du Patriarcat latin. Vingt-quatre enfants de primaire, baptisés « génération de l’espérance et de l’aspiration », ont reçu leur diplôme sous les applaudissements de leurs familles.

Priorité a l’éducation

Le père Romanelli a raconté l’émotion de cette célébration. « Malgré toute la destruction qui entoure Gaza, nous avons pu offrir aux enfants un moment de joie. » Les enfants ont chanté, dansé et présenté des spectacles devant des parents profondément touchés. Chrétiens et musulmans étaient réunis. Pendant quelques heures, expliquait le curé, ils ont pu vivre « quelque chose de beau, d’ordonné, de digne ».

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L’école du patriarcat accueille déjà près de 500 élèves, un nombre que le patriarche espère doubler. Les responsables de l’école constatent que de nombreuses familles souhaitent déjà inscrire leurs enfants pour la prochaine rentrée.

Cette volonté de préparer l’avenir s’est également manifestée dans les visites aux établissements de santé. Le patriarche s’est rendu à l’hôpital ophtalmologique soutenu par l’Ordre de Malte anglican ainsi qu’à l’hôpital arabe Al-Ahli, géré par l’Église anglicane. Il y a entendu les témoignages du personnel médical et pris connaissance des besoins considérables auxquels ces institutions doivent faire face. Le Patriarcat a souligné à cette occasion la nécessité de maintenir l’aide humanitaire et sanitaire à la population de Gaza.

La situation demeure en effet dramatique : une grande partie des infrastructures médicales est détruite ou endommagée et les besoins restent immenses. Le cardinal Pizzaballa lui-même constatait que la reconstruction n’avait pas encore véritablement commencé et que beaucoup de familles continuaient à vivre au milieu des décombres, dans des conditions sanitaires extrêmement précaires.

Vint ensuite une visite moins attendue, celle consacrée à l’université Al-Azhar. Dans un contexte où tant de souffrances pourraient nourrir le ressentiment et la haine, le patriarche a choisi de rencontrer des centaines d’étudiants et d’enseignants musulmans sur le thème « Dialogue interreligieux et valeurs de coexistence et de paix ». Selon le compte rendu du Patriarcat latin, le patriarche a insisté sur l’importance du respect mutuel entre les croyants de différentes religions, de la compréhension réciproque et de la fraternité comme fondements indispensables d’une société pacifique.

Le père Romanelli raconte que les étudiants ont suivi l’intervention avec beaucoup d’attention. Un jeune musulman a même commencé son échange avec le cardinal en s’adressant à lui en latin (que parle couramment le patriarche), provoquant la surprise générale. Toujours d’après le père Gabriel, les questions qui ont suivi ont montré l’intérêt des étudiants pour ces thèmes. À la fin de la rencontre, le patriarche a planté un olivier dans l’enceinte de l’université, symbole de paix et d’espérance pour l’avenir de Gaza.

Dans une région meurtrie par les affrontements, ce choix de parler de dialogue interreligieux est d’une audace toute évangélique. Il est cohérent avec l’intuition qui traverse toute la visite :  celui d’une Église qui refuse de se résigner à la seule logique de l’urgence mais est résolue à poser les bases et conditions d’un avenir différent.

À travers les soins médicaux, l’aide humanitaire, l’éducation des enfants et la rencontre avec les étudiants, l’Église de Jérusalem a voulu montrer que la reconstruction de Gaza ne se limitera pas un jour au béton et aux infrastructures. Elle passera aussi par les consciences, les relations humaines et la capacité de croire encore en un avenir commun.

C’est sans doute ce qui résume le mieux l’état d’esprit de cette cinquième visite du cardinal Pizzaballa dans l’enclave : apporter du réconfort dans la détresse présente, tout en semant obstinément des graines pour demain.

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