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À Gaza, deux visages pour regarder toute la tragédie

Rédaction
5 octobre 2026
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Dans l’église de la paroisse orthodoxe, le père Gabriel Romanelli étreint Fadi qui avec la morte de Mayssa et Marye a perdu sa grand-mère et sa mère. ©Facebook de Gabriel Romalli [la photo a été traitée pour une plus grand netteté]

Maïssa et sa fille Mary ont été tuées dans une frappe israélienne. Leur mort endeuille les chrétiens de Gaza et rappelle le sort de toute une population.


« Jusqu’à quand, Seigneur ? » Dans le message qu’il a adressé après la mort de Maïssa et de Mary à la communauté chrétienne de Gaza, le pape Léon XIV reprend la plainte des psaumes. Le dimanche 4 octobre, sur sa chaîne YouTube, le curé de Gaza lit ces quelques lignes : « Depuis que j’ai reçu la douloureuse nouvelle de la mort de Maïssa et de Marie, je prie Dieu pour elles, pour leurs familles et pour toute la communauté de Gaza. Jusqu’à quand, Seigneur ? Merci d’accompagner la paroisse et tant de personnes qui veulent vivre en paix. Mes bénédictions et toute mon affection. »

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Maïssa Abou Daoud et sa fille Marie Al-Najjar dormaient dans le logement qu’elles louaient lorsqu’une frappe israélienne les a tuées, dans la nuit du 2 au 3 octobre. Très actives au sein de la communauté chrétienne, toutes deux étaient engagées pour le bien des personnes. Leur disparition laisse un vide parmi ceux avec lesquels elles vivaient et qu’elles aidaient.

Selon les témoignages rapportés par le père Romanelli, trois projectiles ont frappé les lieux vers une heure et demie du matin. Cinq personnes ont été tuées : les deux chrétiennes, une médecin et sa mère, ainsi qu’un jeune homme.

Derrière les noms des deux défuntes, il y a une famille dont le curé connaît les liens et les deuils. Maïssa avait déjà perdu une fille, emportée par un cancer. Mary laisse son époux, Samer, et trois enfants : les jumeaux Fouad et Esther, et leur petit frère Fadi. Issue de la communauté grecque-orthodoxe, Mary s’était mariée dans l’Église catholique, où ses enfants avaient été baptisés.

Faut-il accorder une attention particulière à ces morts parce qu’elles sont chrétiennes ? Giorgio Bernardelli, directeur responsable d’AsiaNews.it et de Mondo e Missione, pose la question sans détour. Leur vie n’a pas plus de valeur que celle des autres victimes. « La question est que les chrétiens de Gaza pourraient servir de prisme pour tenter d’observer cette immense tragédie en s’affranchissant, dans une certaine mesure, des charges idéologiques. » estime Bernardelli.

Son raisonnement tient à deux réalités. L’implication de cette communauté dans les violences du Hamas est, à ses yeux, inconcevable. Et son curé connaît personnellement les victimes qu’il dénombre. Derrière les chiffres, il peut mettre des noms, des familles, des histoires.

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Dans sa vidéo, le père Romanelli fait état de 62 chrétiens, catholiques et orthodoxes, morts depuis le début de la guerre. Parmi eux, 25 ont été tués par des bombardements ou des tirs de snipers. Bernardelli souligne aussi les morts moins visibles : ceux qui n’ont plus eu accès à la dialyse ou aux traitements de maladies qui auraient pu être soignées ailleurs.

Rapportés à une communauté d’environ mille personnes à la veille du 7 octobre 2023, ces 62 décès représentent plus de 6 % de ses membres. Giorgio Bernardelli pousse le raisonnement : « Si l’on extrapole ce chiffre à l’ensemble de la population de Gaza, on obtient 50 000 morts dus aux bombardements, et plus de 120 000 en ajoutant les victimes de la crise sanitaire. »  Une extrapolation, et non un bilan établi. Mais elle attire l’attention sur ces morts que les explosions ne racontent pas.

La force de son argument tient aussi à la proximité du témoin. Le père Romanelli ne parle pas d’une population anonyme : ces personnes, il les connaît une à une. À travers cette petite communauté, Bernardelli invite à regarder le sort de tous les civils de Gaza, jusque dans les conséquences moins visibles de la guerre.

Les chrétiens deviennent ainsi les témoins d’une souffrance partagée. Le père Romanelli le dit lui-même : cette fois, le drame frappe sa communauté de plein fouet, « mais c’est la réalité que vivent tous les habitants de la bande de Gaza ».

Dans son communiqué de deuil, le Patriarcat grec rappelle que chaque personne est créée à l’image de Dieu et que toute vie humaine est sacrée. Sa prière embrasse tous les morts, tous les blessés et toutes les familles endeuillées de Gaza.

Ce dimanche de la fête de saint François d’Assise, le père Gabriel termine par la prière pour devenir un instrument de paix. Il demande la paix entre la Palestine et Israël. Au milieu du deuil, il continue d’en appeler à l’amour de Dieu.

Mais la question demeure : « Jusqu’à quand, Seigneur ? »

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