
Le 27 octobre, auront lieu les élections israéliennes. Comment ça il n’y pas de circonscription? Comment ça marche la proportionnelle intégrale? Combien de tours et de partis? On vous explique tout.
En juillet dernier, le parlement israélien, la Knesset, s’est prononcée en faveur de sa propre dissolution. De profondes divisions politiques empêchait la coalition en place de maintenir une stabilité institutionnelle. Un seul tour, le 27 octobre prochain, décidera de la composition du nouveau parlement et de la nomination du premier ministre, pour – théoriquement – quatre ans.
Mais alors, comment ça marche ?
En Israël, l’électeur ne choisit ni son député ni directement son Premier ministre. Il choisit un parti. Tout le système découle de cette règle.
Israël applique la proportionnelle intégrale. Plus précisément, il s’agit d’un scrutin proportionnel national, à listes fermées, assorti d’un seuil électoral de 3,25 %. Derrière ces termes un peu arides, le fonctionnement est assez simple.
Un pays, une seule circonscription
Pour les élections législatives, Israël tout entier forme une seule circonscription. Jérusalem, Haïfa, Tel-Aviv, Nazareth, les localités du Néguev à la Galilée votent dans le même scrutin national.
Il n’existe donc pas de député de Tel Aviv, de député de Haïfa ou de député du Néguev. Les 120 membres de la Knesset sont élus à l’échelle du pays.
Chaque parti présente avant le scrutin une liste ordonnée de candidats : numéro 1, numéro 2, numéro 3, etc. L’électeur ne peut ni modifier cet ordre ni barrer un nom. C’est pourquoi on parle de « liste fermée ».
Dans l’isoloir, il ne trouve d’ailleurs pas les noms des candidats, mais des bulletins portant le nom et surtout les lettres symbolisant chaque liste. Il choisit un bulletin, le glisse dans une enveloppe, puis dans l’urne. Autrement dit : il vote pour une liste entière.
Comment les voix deviennent-elles des sièges ?
Les 120 sièges de la Knesset sont répartis entre les partis en fonction du pourcentage de voix obtenu par chacun.
Imaginons, en simplifiant, qu’un parti recueille 20 % des suffrages. Il devrait obtenir environ 20 % des 120 sièges, soit 24 députés. Les 24 premiers candidats de sa liste entrent alors à la Knesset. Le 25e reste dehors.
Si, plus tard, l’un de ces députés démissionne, le candidat suivant sur la liste prend sa place. Il n’y a généralement pas de nouvelle élection.
C’est cela, la proportionnelle : une formation qui rassemble environ 10 % des voix reçoit environ 10 % des sièges. Les voix sont donc représentées assez fidèlement.

Pourquoi parler de proportionnelle « intégrale » ?
Le mot « intégrale » signifie que la proportionnelle s’applique à l’ensemble des 120 sièges, dans une seule circonscription nationale. Il n’existe ni circonscriptions locales ni sièges attribués séparément au candidat arrivé en tête dans une région.
Une barrière a néanmoins été posée : pour participer à la répartition des sièges, une liste doit obtenir au moins 3,25 % des suffrages valides. Cela correspond, dans les faits, à un minimum d’environ quatre députés.
Une liste obtenant 3,2 % des voix n’a donc aucun élu. Ses suffrages ne sont pas transférés à un autre parti : ils cessent simplement de compter dans la répartition des sièges.
C’est pourquoi voter pour une très petite formation constitue un risque. Si elle ne franchit pas le seuil, toutes les voix qu’elle a recueillies deviennent des « voix perdues ». Lors d’un scrutin serré, plusieurs petits partis éliminés peuvent modifier l’équilibre général entre les blocs.
Le seuil de 3,25 % cherche un équilibre : permettre à des sensibilités minoritaires d’être représentées, sans multiplier à l’infini les micro-partis. Avant son relèvement, une liste pouvait entrer à la Knesset avec beaucoup moins de voix.
Qui décide de l’ordre des candidats ?
Cela dépend des partis.
Le Likoud et Les Démocrates organisent des primaires : leurs adhérents votent pour classer les candidats. Mais même au Likoud, le résultat des primaires ne compose pas entièrement la liste. Certaines places sont réservées à des catégories particulières ou directement attribuées par le chef du parti.
Dans d’autres formations, comme Yashar de Gadi Eisenkot ou Beyachad de Naftali Bennett et Yaïr Lapid, les dirigeants choisissent eux-mêmes une grande partie de la liste.
Pour les partis ultraorthodoxes, l’ordre est décidé par les autorités rabbiniques. Ailleurs, une commission interne négocie le classement.
Cette étape est capitale. Être placé en 8e position sur une liste créditée de dix sièges offre de bonnes chances d’entrer à la Knesset. Être classé 18e sur la même liste revient presque certainement à rester dehors.
!6 partis en lice pour les prochaines élections
Pourquoi y a-t-il autant de partis ? Parce que la proportionnelle permet à des courants relativement minoritaires d’obtenir une représentation nationale.
Israël compte ainsi des partis de droite, du centre et de gauche, mais aussi des formations ultraorthodoxes, nationalistes religieuses, arabes, laïques ou représentant historiquement certaines communautés.
Cette diversité reflète assez bien la société israélienne. Elle a cependant une conséquence : aucun parti n’approche seul la majorité absolue de 61 députés.
Le Likoud, pourtant première force de l’actuelle Knesset, ne détient que 32 sièges. Dans les sondages précédant les élections de 2026, les principales listes oscillent plutôt entre une dizaine et une vingtaine de sièges. Gouverner seul est donc impossible.
Qui choisit le Premier ministre ?
Contrairement à une idée fréquente, le nom du candidat au poste de Premier ministre ne figure pas sur un bulletin distinct. Les Israéliens n’élisent pas directement tel ou tel candidat, ils votent pour leurs listes.
Une fois les résultats proclamés, le président de l’État consulte les représentants des partis élus. Chacun lui indique quel député il recommande pour former le gouvernement.
Le président confie alors cette mission à la personne qui lui semble avoir les meilleures chances de réunir une majorité. Il s’agit souvent du chef de la liste arrivée en tête, mais ce n’est pas automatique.
Un parti peut gagner les élections en nombre de sièges et rester dans l’opposition si son chef ne trouve pas suffisamment d’alliés. À l’inverse, le dirigeant de la deuxième liste peut devenir Premier ministre s’il parvient à rassembler au moins 61 députés.
La vraie élection commence après le vote
Le candidat désigné doit négocier avec les autres partis. Ministères, budgets, programme politique, législation religieuse, service militaire des ultraorthodoxes, colonies, conduite de la guerre ou processus politique avec les Palestiniens : tout peut entrer dans les négociations.
Chaque parti monnaye son soutien. Une petite formation de cinq ou six députés peut devenir indispensable pour atteindre le chiffre magique de 61. Son chef dispose alors d’un pouvoir considérable.
Lorsque l’accord est conclu, les partis signent des contrats de coalition. Le nouveau gouvernement doit ensuite obtenir la confiance de la Knesset.
Les élections israéliennes se jouent donc en deux temps. Le premier appartient aux électeurs, qui répartissent les 120 sièges. Le second appartient aux chefs de parti, qui tentent de transformer cette arithmétique en gouvernement.
Et si personne ne rassemble 61 députés ?
Le mandat peut être confié à un autre député. Les délais peuvent être prolongés et les négociations recommencer sous une autre forme.
Mais si personne ne parvient à constituer une majorité, la Knesset peut être dissoute et de nouvelles élections deviennent nécessaires. Israël a ainsi connu cinq élections entre avril 2019 et novembre 2022.
La proportionnelle intégrale permet à presque toutes les familles politiques d’être entendues. Mais elle rend difficile la constitution de majorités stables. C’est sa force et sa faiblesse : la Knesset ressemble au pays, avec toutes ses fractures. Reste ensuite à faire gouverner ensemble ceux que les électeurs ont choisi de séparer.
Les règles officielles — 120 sièges, circonscription nationale unique et seuil de 3,25 % — sont détaillées par la Commission électorale centrale et la Knesset.
Liste des partis pour le scrutin d’octobre 2027
1. Le bloc de la coalition sortante (soutien à Benjamin Netanyahu)
Ce bloc réunit la droite nationaliste, l’extrême droite et les partis religieux ultra-orthodoxes.
- Likoud (l’Unité): Le parti de droite conservatrice dirigé par l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu. Pour ce scrutin, il s’est en partie allié à la formation Nouvel Espoir (New Hope).
- Shas (acronyme pour Hit’akhdut ha-S’pharadim ha-Olamit Shom’rei Torah ce qui signifie Le parti orthodoxe séfarade historique) dirigé par Aryeh Deri.
- Yahadut HaTorah (Judaïsme unifié de la Torah) : Le parti ultra-orthodoxe ashkénaze, mené par Ya’akov Asher.
- Otzma Yehudit (Force juive) : La formation d’extrême droite nationaliste dirigée par le ministre Itamar Ben-Gvir.
- HaTzionut HaDatit (Parti sioniste religieux) : Mené par le ministre Bezalel Smotrich, le parti se présente sur une liste commune avec la formation Zehut.
- Amcha Yisrael (Ton peuple, Israël) : Un nouveau parti nationaliste d’extrême droite fondé par l’ancien général de brigade de l’armée Ofer Winter.
- Noam (Douceur) : Petit parti ultra-nationaliste et ultra-orthodoxe mené par Avi Maoz.
2. Le bloc de l’opposition pour le changement
Ce bloc comprend des partis centristes, libéraux, de gauche et de droite laïque qui visent à remplacer le gouvernement actuel.
- Yashar (droit/honnête) : Un nouveau grand parti centriste et sécuritaire fondé et dirigé par l’ancien chef d’état-major des armées, Gadi Eisenkot. Il figure parmi les favoris des sondages de l’opposition.
- Beyachad (Ensemble) : Une alliance centriste majeure née de la fusion entre le parti de l’ancien Premier ministre Naftali Bennett et le parti Yesh Atid de l’ancien Premier ministre Yair Lapid.
- HaDemokratim (Les Démocrates) : Une coalition de gauche issue de la fusion entre les partis travailliste (Labor) et de la gauche sociale Meretz, dirigée par l’ancien général Yair Golan.
- Yisrael Beiteinu (Israël notre maison) : Le parti de droite laïque et nationaliste dirigé par Avigdor Lieberman, très impliqué sur la question de la conscription obligatoire des ultra-orthodoxes.
- Kahol Lavan (Bleu et Blanc) : Le parti centriste axé sur la sécurité nationale, dirigé par Benny Gantz.
3. Les partis de la minorité arabe (Non-alignés)
Traditionnellement exclus ou refusant de participer formellement aux coalitions gouvernementales majeures, ces partis représentent les citoyens arabes israéliens et pèsent lourd dans l’équilibre des sièges.
- Hadash-Ta’al (Liste unifiée) : Coalition politique de gauche représentant la communauté arabe, dirigée par Yousef Jabareen, qui s’est déclarée prête sous conditions à un soutien extérieur pour évincer Netanyahu.
- Ra’am (acronyme de Reshima Aravit Me’uchedet qui se traduit en français par la Liste arabe unie) : Le parti islamiste modéré dirigé par Mansour Abbas, qui a déjà participé à une coalition de changement par le passé.
4. Les formations indépendantes ou proches du seuil
Ces petits partis se positionnent comme indépendants mais espèrent franchir le seuil électoral pour jouer les faiseurs de rois.
- HaMiluimnikim (Les Réservistes) : Liste menée par Yoaz Hendel, associée au Parti Économique de Yaron Zelekha, qui cherche à promouvoir un gouvernement sioniste sans partis arabes ni ultra-orthodoxes.
- HaTzibur HaHaredi (Le Public Haredi) : Un nouveau parti ultra-orthodoxe indépendant dirigé par Moti Leitner, qui conteste le monopole des partis orthodoxes traditionnels.





