
Après l’agression de diplomates européens et d’habitants de Taybeh pendant la récolte des olives, les chefs des Églises de Jérusalem dénoncent, dans un communiqué, l’impunité des agresseurs et réaffirment leur soutien à la présence chrétienne.
Une récolte volée, c’est de l’huile qui manquera sur la table. Des branches brisées, ce sont aussi les prochaines saisons compromises. À Taybeh, les attaques contre les oléiculteurs touchent bien davantage qu’une activité agricole. « C’est une menace pour nos moyens de subsistance, notre patrimoine et notre capacité à rester ancrés à Taybeh », alertait déjà le père Bashar Fawadleh, curé de la paroisse latine, dans un message diffusé par Nabd El-Haya le 8 octobre.
⬇︎ Récolte du 17 octobre et attaque, les images de la paroisse ⬇︎
Dix jours avant que l’agression de visiteurs européens ne fasse les gros titres, notre partenaire, Nabd el-Haya, le média de la paroisse de Taybeh, racontait les intrusions de colons dans les oliveraies, les fruits emportés, les arbres endommagés et les propriétaires empêchés d’accéder à leurs terres. Pour les lecteurs de terresainte.net, qui suit régulièrement cette communauté, le nom de Taybeh renvoie à cette question obstinée : comment les chrétiens peuvent-ils encore construire un avenir sur la terre des origines ?
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Samedi 17 octobre, des visiteurs étaient précisément venus soutenir cet enracinement en participant à la cueillette. Selon le récit publié par Nabd El-Haya, fondé sur les observations de Holy Land Watcher (L’observateur de la Terre sainte), des colons, pour la plupart masqués, ont attaqué des agriculteurs puis des membres d’une délégation comprenant des représentants diplomatiques français, belges et polonais. Bernard Baudoux, maire d’Aulnoye-Aymeries, a été frappé et jeté à terre. La vitre d’un véhicule consulaire belge a été brisée.

Le même récit rapporte qu’une femme de plus de 70 ans et son fils ont reçu des coups de pied. Un enfant, frappé à la tête avec un bâton, a été conduit à l’hôpital. Les victimes ont déclaré avoir été chassées de leurs terres et dépouillées des olives récoltées le matin. Selon Holy Land Watcher, les forces israéliennes ne sont arrivées que plus de quatre heures après le début des violences.
Dans leur communiqué daté du 19 octobre, et rendu public ce jour, les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem condamnent l’attaque : « Cette agression brutale contre le village chrétien de Taybeh et sa population pacifique ne constitue pas un incident isolé. Ces dernières semaines, les villages palestiniens de Cisjordanie ont été en proie à une terreur à grande échelle, orchestrée par des colons. Cette violence atteint son paroxysme durant la période de la récolte des olives, moment où les familles se rendent sur leurs terres pour y recueillir les ressources nécessaires à leur subsistance et renouer avec un lien qui les unit à ces terres depuis des générations. » Ils saluent les condamnations du président israélien et les arrestations effectuées, mais demandent une action durable : les agressions se poursuivent, constatent-ils, parce que leurs auteurs bénéficient de l’impunité.
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Cette lecture rejoint les constats d’organisations israéliennes rapportés par Le Monde, le 18 octobre. Peace Now dénonce un mécanisme dans lequel l’installation d’avant-postes s’accompagne de fermetures militaires privant les Palestiniens de leurs terres. B’Tselem affirme que des soldats expulsent des cultivateurs, protègent les agresseurs, voire participent aux attaques. Les deux ONG Peace Now et Kerem Navot évaluent à quelque 30 000 hectares les terres accaparées en 2025. L’enjeu dépasse donc les débordements de quelques individus : il touche aux conditions mêmes du maintien des Palestiniens sur place.
Une justification religieuse vient encore nourrir cette dépossession. Le rabbin radical Dov Lior, ancien grand rabbin de la colonie de Kiryat Arba, a autorisé l’accaparement des récoltes d’olives palestiniennes au nom de la propriété juive de la terre. Les chefs des Églises dénoncent cette décision dans leur communqiué : « À cet égard, nous considérons la décision religieuse récemment publiée — autorisant les juifs à s’approprier les olives des Palestiniens — comme étant infondée, extrêmement préoccupante, dangereuse et absolument inacceptable ». Ils saluent « le fait que plusieurs rabbins et voix juives aient publiquement rejeté cette position. » En effet, des rabbins du mouvement Tzohar ont rejeté cette position, rappelant l’interdiction du vol, quelle que soit l’identité du propriétaire.

À Taybeh, les habitants demandent des réponses qui changent leur quotidien. Selon Nabd El-Haya, lors d’une rencontre avec des responsables américains le 18 octobre, leurs interlocuteurs locaux ont insisté sur la sécurité, l’accès aux terres, les enquêtes, mais aussi l’emploi des jeunes et le soutien aux entreprises. Préserver les églises ne suffira pas si leurs fidèles ne peuvent plus vivre autour. Protéger les chrétiens, c’est leur permettre de rester.
Madees Khoury en témoigne auprès de Vatican News. Malgré les barrages, les violences et la baisse d’activité, la brasserie familiale conserve ses quinze employés. Rester suppose de pouvoir travailler, circuler, faire des projets. « Nous continuerons à persévérer autant que possible, et nous n’avons pas l’intention de partir », affirme-t-elle. Avant d’ajouter : « Nous voulons simplement mener une vie normale, comme tout le monde. »
Jumelage aussi entre la paroisse Saint-Joseph en Val de Sambre et Taybeh
Dimanche 18 octobre, la paroisse Saint-Joseph en Val de Sambre, dont le père Pascal Romefort est le curé, a célébré son jumelage avec la paroisse du Christ-Rédempteur de Taybeh, lors d’une messe en présence de Mgr Vincent Dollmann, archevêque de Cambrai.
La paroisse française a offert un missel romain, signe du lien qui unit désormais les deux communautés dans la prière et l’eucharistie. La célébration s’est prolongée par un moment de convivialité avec les paroissiens de Taybeh.



