
En quelques semaines, le pape Léon XIV a exprimé à deux reprises son inquiétude pour la Terre Sainte et les chrétiens d’Orient. Ses paroles montrent une attention précise à la dégradation de la situation sur le terrain qui affecte toutes les populations.
Alors que la situation n’en finit pas de se détériorer pour les Palestiniens, les récentes interventions du pape ont apporté sur place un peu de baume au cœur. « Lui au moins ne nous oublie pas ».
La dernière intervention du pape Léon XIV date du 26 juillet. À l’issue de l’Angélus récité à Castel Gandolfo, le pape a dit suivre « avec appréhension la persistance et l’aggravation de la violence en Terre Sainte ». Il n’en est pas resté à une formule générale. Il a nommé les territoires concernés : « En Cisjordanie et à Gaza ». Il a aussi désigné les premières victimes de cette détérioration : les nombreux civils frappés au cours des dernières semaines.
Lire aussi → Le cri d’aide de nos frères et sœurs de Terre Sainte se fait plus pressant
Déjà le 18 juin, Léon XIV avait reçu les participants à l’assemblée annuelle de la Réunion des œuvres d’aide aux Églises orientales, la ROACO. Devant ces organismes – dont la Custodie de Terre Sainte – qui travaillent au plus près des communautés chrétiennes, son propos avait montré qu’il ne regardait pas seulement les destructions visibles. Il en percevait aussi les conséquences lentes et profondes : l’insécurité, l’affaiblissement des institutions, l’appauvrissement des familles et, finalement, le départ des chrétiens.
Une précarité qui pousse au départ
Léon XIV n’a pas caché la gravité de la situation. Il a opposé ceux qui soutiennent les populations aux responsables des conflits : « Alors que vous donnez la vie, eux sèment la mort ; alors que vous tendez la main à votre frère, eux trouvent des ennemis à écraser ; alors que vous ouvrez des dialogues, eux recherchent des monologues ; alors que vous tracez des voies d’espoir, eux enferment les peuples dans la peur ; alors que vous construisez l’avenir, eux détruisent le présent. »[1]
Mais le pape s’inquiète d’une autre blessure, celle de l’« hémorragie douloureuse des chrétiens orientaux hors de leurs propres territoires ». Cette hémorragie est causée « avant tout par la guerre » qui, insiste-t-il, « ne résout pas les problèmes mais engendre des tragédies souvent reléguées dans l’oubli général ».
Lire aussi → Saint-Siège et Patriarcat latin sur la même longueur d’onde diplomatique
Le mot choisi par Léon XIV pour décrire ce qui s’installe après ou entre les combats est celui de « précarité ». Une précarité qui ne concerne pas seulement l’argent. Elle finit par englober toute l’existence.
Élargissant son discours à tous les pays en conflit, le pape décrit des sociétés « affaiblies par l’instabilité des institutions », par « la présence de bandes armées qui se partagent le territoire » et par « la pauvreté d’une politique inconsistante et dépendante ». Il évoque encore les interventions d’États qui « convoitent les ressources et exercent des influences néfastes ». De ces forces conjuguées naît « une précarité permanente qui étouffe les possibilités de développement et retombe toujours sur les pauvres ».
La description paraît écrite au plus près du terrain : « Le travail est précaire, le paiement des salaires irrégulier, le système de santé, quand il fonctionne, est aléatoire, l’éducation est provisoire. » Ce sont les familles, les enfants, les jeunes, les personnes âgées et les malades qui en paient le prix. Peu à peu, « la peur et l’insécurité règnent partout ».
Et lorsque l’on ne peut plus travailler, se soigner, étudier ni préparer l’avenir de ses enfants, le départ finit par apparaître comme la seule issue. Cette situation, constate Léon XIV, « détruit les espoirs et empêche de construire l’avenir, favorisant l’envie de partir, comme c’est le cas pour tant de nos frères et sœurs dans la foi, en particulier au Moyen-Orient ».
Rejeter les décisions unilatérales
Le 26 juillet, le pape a montré la même attention aux évolutions immédiates de la Terre Sainte. Face à « la persistance et l’aggravation de la violence », il a lancé « un appel pressant » en faveur du retour à la négociation.
Pour Léon XIV la solution recherchée doit être « politique », mais aussi « équitable ». Elle doit être « fondée sur l’égale dignité et l’égalité des droits de chaque personne humaine ».
Lire aussi → Cardinal Pizzaballa : Une « presque encyclique » pour Jérusalem et ses habitants
Sans employer explicitement, ce jour-là, les mots de « solution à deux États », le pape en rappelle les fondements. Deux peuples ne pourront vivre durablement sur cette terre que si la dignité et les droits de l’un ne sont pas placés au-dessous de ceux de l’autre. Cette approche demeure celle que l’Église et le Saint-Siège défendent avec constance : une solution négociée permettant aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre en sécurité, chacun reconnu dans ses droits.
Cette voie exclut le fait accompli. Léon XIV demande donc que soient rejetées « toute nouvelle action militaire et toute décision unilatérale »[2]. Il ajoute une préoccupation particulière pour les lieux saints et condamne les décisions « qui violent le respect et le status quo des lieux saints de toutes les confessions religieuses ».
L’espérance n’est pas l’aveuglement
L’inquiétude de Léon XIV dépasse Gaza et la Cisjordanie. Le 26 juillet, il a également évoqué « la situation dans l’ensemble du Moyen-Orient », où « l’intensification des opérations militaires a ravivé la violence et la destruction ». Il a parlé des vies civiles mises « gravement en danger », mais aussi de la « pénurie d’eau potable et d’électricité » qui s’aggrave.
« Du fond du cœur », il a exhorté toutes les parties « à suspendre les attaques et à rouvrir d’urgence des espaces de dialogue et de diplomatie ». L’urgence n’est donc pas seulement de faire taire les armes. Elle est aussi de recréer un lieu où l’on puisse de nouveau se parler et « parvenir au plus vite à la paix, tant désirée pour toute la région ».
Un mois plus tôt, devant la ROACO, Léon XIV avait refusé de considérer la guerre, l’exil et la disparition progressive des communautés chrétiennes comme une fatalité. « Tout cela n’est pas le fruit d’un destin inévitable, mais de choix libres et donc de responsabilités moralement imputables », avait-il affirmé.
Cette conviction interdit le désespoir. Ce que des décisions humaines ont provoqué, d’autres décisions peuvent encore l’arrêter. La précarité n’est pas une malédiction. Le départ des chrétiens n’est pas écrit d’avance.
À ceux qui soutiennent les Églises orientales, le pape a donc demandé de continuer : « Je vous encourage à persévérer dans la charité sans vous décourager, animés par l’espérance du Christ. » Puis, le 26 juillet, il a invité à prier pour que le Seigneur « touche les cœurs et éclaire l’esprit des responsables, afin que l’on parvienne rapidement à la réconciliation et à la paix ».



