Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Une “route des vins” pour le désert du Néguev

Cyrille David
30 juillet 2013
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable

Sous le soleil du désert, sur les terrains de l’exploitation familiale
“Carmey Avdat”, des vignes sont cultivées depuis une quinzaine d’années avec l’aide du gouvernement israélien. Essentiellement du Merlot et du Cabernet-Sauvignon. Ce faisant, elles renouent avec une culture déjà pratiquée sur place il y a 2 000 ans.


C’est le désert du Néguev qu’une famille israélienne a choisi pour planter des vignes et produire du vin. Loin de la Galilée et des autres régions arrosées d’Israël, le désert du Néguev – 60 % du territoire d’Israël, 8 % de sa population – reçoit moins de 200 mm de pluie par an, et seulement en hiver.
Ce n’est pas à un milliardaire excentrique que l’on doit l’idée de développer des vignobles dans le désert, mais à des Israéliens amateurs de vin. Pour les aider à lancer leur exploitation agricole, le gouvernement leur a donné des terrains et les a raccordés à l’eau et à l’électricité.
Dans cette ferme écologique “Carmey Avdat”, on produit chaque année cinq à six mille bouteilles de vin, rouge exclusivement. Les vignes de cette petite entreprise sont plantées dans les limites d’une exploitation beaucoup plus ancienne.
En effet, “le vignoble actuel a été planté sur les vestiges d’un ancien vignoble datant des Nabatéens, en préservant le système d’irrigation d’origine et les terrasses anciennes” expliquent les propriétaires, Hannah et Eyal Izrael, qui se sont lancés dans l’exploitation viticole de ce bout de désert il y a quinze ans.
Cette exploitation est une étape sur la “route des vignobles du Néguev”.

Week end au désert

“La plupart des bouteilles sont vendues aux visiteurs de la ferme,” rapporte l’une de ses deux employées. La ferme propose en effet des chambres d’hôtes, ce qui permet aux Israéliens de passer le week-end dans le désert.
Pour pallier le manque d’eau, la maîtriser est essentiel. Le système d’irrigation associe des techniques utilisées dans l’Antiquité (terrasses) et des techniques modernes développées par l’Université Ben Gourion de Tel Aviv. Cette université a un campus à Sdé Boker, la ville du désert où Ben Gourion, qui voulait faire “fleurir le désert”, a fini sa vie en 1973 et est enterré.
Des terrasses aménagées dans la pente du wadi retiennent l’eau au pied des vignes lorsqu’il pleut. Quand l’eau manque, l’exploitant a la possibilité de se connecter au réseau public de l’eau provenant de la Galilée. Le National water carrier, sorte d’immense aqueduc souterrain, permet de répartir l’eau entre le nord et le sud d’Israël, du lac de Tibériade à Beersheva.
Dans les années 1990, un plan de développement de l’agriculture et du tourisme a été lancé par le Conseil Régional pour les Hauteurs du Néguev et par le Ministère israélien de l’agriculture. C’est dans ce cadre qu’a été développée la “route des vignobles du Néguev”… et que se sont installées une trentaine de fermes qui, comme “Carmey Avdat”, produisent du raisin ou des olives et élèvent du bétail.
Des photos aériennes remontant à une vingtaine d’années, prises avant la mise en exploitation des vignobles actuels, révèlent “des paysages agricoles fossiles” (terminologie de l’UNESCO) que les archéologues estiment remonter à l’époque des Nabatéens.
Ce peuple de nomades arabes s’est sédentarisé le long des routes commerciales qui reliaient la péninsule arabique, où les bateaux venant de l’Inde débarquaient épices et encens, à la côte méditerranéenne, d’où les denrées orientales étaient acheminées vers Rome ou Athènes. Il prospéra pendant cinq cents ans grâce à ce commerce, à partir du IIIe siècle av. J.-C. Il se convertit au christianisme au début de notre ère.
Prospère, il l’était aussi grâce à sa maîtrise de l’eau et de l’irrigation. Sédentarisé, il développa une agriculture en plein désert. Ce sont aussi bien les villes et les forteresses des Nabatéens que leurs paysages agricoles que l’UNESCO a classés au Patrimoine mondial.

Dans la tradition

L’ancien vignoble sur lequel s’est implantée “Carmey Avdat” dépendait de la cité d’Avdat, distante de cinq kilomètres, où l’on peut encore observer un pressoir à raisin de l’époque.
D’après le guide des vins israéliens Rogov’s Guide to Israeli wine l’entreprise viticole du Négev la plus importante, Yatir winery, qui est aussi la plus réputée, a produit 150.000 bouteilles en 2012. Un de leurs millésimes, le 2003 Yatir Forest, a fait son entrée dans le guide de l’Américain Parker, référence en la matière. C’était en 2008, la première année où des vins israéliens ont été retenus.
Quand la vigne vient “fleurir le désert”…

Dernière mise à jour: 30/12/2023 18:56

Marie-Armelle Beaulieu

Le combat des “Femmes du Mur“

Marie-Armelle Beaulieu

Une pensée pour nos lecteurs

texte : Pietro Kaswalder - Photos Rosario Pierri

Arad et Mamshit, villes du désert

Avec le numéro de l’été, nous partons à la découverte de deux antiques cités dans le désert du Néguev. Elles sont classées par l’Unesco au Patrimoine mondial “sur la route de l’encens”.

Serena Picariello

La Jérusalem chrétienne veut se raconter

Raconter les racines du christianisme et des lieux qui en portent la mémoire, ainsi se définit l’ambitieux projet que s’est fixé la Custodie de Terre Sainte et pour la réalisation duquel elle entend aménager trois nouveaux musées dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Cyrille David

18 ados musulmans à la découverte de Jérusalem

Toute une classe d’adolescents musulmans est venue visiter Jérusalem pour la première fois de leur vie. Une visite qui devait avoir lieu en langue française et qu’on avait demandé à Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine de guider. Retour sur une visite pas ordinaire.

Louise Couturaud

Abou Gosh : Un bien joli tas de pierres

Sur la route en direction de l’aéroport de Tel Aviv, le monastère bénédictin d’Abou Gosh, situé sur un des lieux présumés de l’Emmaüs évangélique est, selon les critères européens, l’une des plus belles églises de Terre Sainte (avec la basilique Sainte-Anne). Comment ce joyau de l’art roman est-il devenu propriété de la France ? C’est le troisième des quatre Domaines nationaux que Terre Sainte Magazine vous invite à découvrir.

Eliora Mischler

La femme à la barre du navire

La complémentarité de l’homme et de la femme, c’est la raison d’être du couple. Pour Corinne B, juive ultra-orthodoxe, une femme ne s’épanouit pas en imitant son conjoint. Puisqu’elle n’a pas la même mission que lui, D.ieu n’a pas les mêmes exigences envers elle.

Eliora Mischler

Le shabbat oriente ma semaine

Hannah Berg n’entendait pas que la gent masculine lui dicte sa loi, du moins avant d’être mère. Une vision religieuse et réaliste du monde juif, entre tradition et modernité, assez représentative somme toute du courant moderne orthodoxe auquel elle appartient.

Eliora Mischler

Dieu n’a pas puni Ève

Sans être féministe, Vered Hollander-Goldfarb soutient pleinement les Femmes du Mur. Cette enseignante n’est pas partisane, elle est rationnelle. L’interprétation des textes religieux et leur observance épanouissent pleinement cette juive du mouvement Massorti.