Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

La politique, ce tanin qui gâche les meilleurs vins

Marie-A. Beaulieu
20 septembre 2023
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On peut et il faut lire la Bible partout et en tout temps. Et à la fois, lire la Bible au pays de la Bible a une saveur particulière, tant la fréquentation des paysages, leurs faunes et leurs flores sont toujours en adéquation avec l’Écriture sainte trois millénaires plus tard.

Comment, en regardant la photo de couverture choisie, ne pas se remémorer ce passage du livre des Nombres (chapitre 13) ? Les Hébreux ont quitté l’Égypte, ils errent dans le désert et Moïse n’en est pas à la première récrimination du peuple. À la demande du Seigneur, il envoie des hommes explorer la Terre promise. “Il leur dit : ‘Montez par le Néguev, montez dans la montagne. Comment est ce pays : sa terre est-elle grasse ou maigre ? Y pousse-t-il ou non des arbres ? Rassemblez vos forces et prenez les fruits du pays’.” Or c’était le moment des premiers raisins. Ils allèrent jusqu’à la vallée d’Eshkol (le vallon de la grappe) où ils coupèrent un sarment et une grappe de raisin. Ils la portaient à deux au moyen d’une perche.” (Nb 13, 17-20. 23). C’est ce souvenir qui a motivé que le ministère du tourisme fasse de cette scène son logo.

Le choix d’un paysan palestinien est l’occasion de rappeler le rapport que l’islam entretient avec l’alcool, mais aussi de souligner que les collines de Cisjordanie sont très propices à la culture de la vigne.

À voir la grappe en Une, on comprend qu’il ait fallu deux hommes pour la porter à l’aide d’une perche. Elle est l’attraction du festival du raisin, organisé chaque année dans la ville d’Hébron. La cité des patriarches est mondialement connue pour la qualité de ses raisins. On n’en compte pas moins de quinze variétés. Au cours des siècles, les viticulteurs ont développé et sélectionné leurs cépages de sorte qu’ils produisent un raisin de table d’exception, tandis que l’islam interdisait l’alcool. Le débat existe pour savoir si c’est l’alcool ou l’ivresse qui est prohibée dans le Coran et les hadiths, ouvrant le champ à une consommation modérée. Mais, pour la majorité des musulmans, toute consommation d’alcool est tenue pour un péché majeur, car elle peut entraîner des comportements nuisibles, altérer le jugement et entraver la pratique de la foi.

Le choix d’un paysan palestinien est l’occasion de rappeler le rapport que l’islam entretient avec l’alcool, mais aussi de souligner que les collines de Cisjordanie sont très propices à la culture de la vigne. Les Israéliens ne l’ignorent pas dont certains des meilleurs crus sont produits à partir de grappes récoltées par les colons dans les territoires palestiniens ou sur le plateau annexé du Golan.

Difficile en revanche pour les néophytes de le savoir car, alors que dans les pays producteurs de vin on distingue la région d’origine mais aussi les terroirs – ainsi parmi les vins de Bourgogne on différencie les côtes de Beaune des Chablis etc. – la loi israélienne d’étiquetage n’aborde pas ces questions et préfère entretenir un flou artistique pour des raisons politiques et celles, économiques, qui en découlent.

En page 43, nous publions une carte inédite qui non seulement situe les appellations israéliennes mais localise aussi les productions palestiniennes.

Dernière mise à jour: 20/05/2024 10:50