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Œcuménisme et interreligieux : un dialogue complémentaire

Frans Bouwen, m.afr
29 novembre 2017
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Musulmans, juifs et chrétiens réunis sur la base de leur amour commun pour la ville de Jérusalem trois fois sainte ©Sarah Schuman/FLASH90

Devant la diversité des rites et des confessions, les Églises de Terre Sainte vivent une expérience œcuménique très riche. Parce que toutes ensemble réunies elles demeurent très minoritaires, elles ne peuvent faire l’impasse du dialogue avec le judaïsme et l’islam.


Dans cette rubrique nous avons souvent réfléchi sur les relations œcuméniques à Jérusalem et en Terre Sainte, entre les chefs des Églises, autour des lieux saints et au niveau des fidèles. Nous nous sommes réjouis des progrès avancés dans ces domaines ces dernières années, toujours heureux de pouvoir illustrer les pas en avant par des faits ou des gestes concrets.

Nous regardons vers l’avenir avec espoir et confiance. Toutefois, ces relations entre les communautés chrétiennes ne peuvent être isolées des relations avec les croyants juifs et musulmans qui constituent la large majorité dans le pays. Certes, le dialogue œcuménique entre chrétiens est par nature différent du dialogue interreligieux avec les croyants des religions non-chrétiennes, mais les deux sont sur plusieurs points complémentaires, en particulier à Jérusalem et au Moyen-Orient.

Le dialogue œcuménique a pour but d’œuvrer pour l’unité dans la foi et les sacrements entre tous ceux qui ont été baptisés dans le Christ. Par contre, le dialogue interreligieux ne peut avoir ce but de l’unité, mais vise à promouvoir la connaissance, la compréhension, et le respect mutuel, en vue d’une cœxistence fraternelle et d’une coopération harmonieuse pour la construction d’une société humaine juste et pacifique.

Complémentarité

En Terre Sainte, les chrétiens des différentes Églises prennent de plus en plus conscience de l’urgence d’œuvrer pour leur unité en réponse à la volonté et à la prière de leur Seigneur, “que tous soient un, afin que le monde croie”. Mais cette urgence est encore ressentie plus vivement du fait que les chrétiens savent qu’ils ne peuvent avoir d’avenir dans leur pays que s’ils s’acceptent réciproquement et travaillent ensemble dans tous les domaines de la vie.

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D’autre part, cet avenir est inséparablement lié à la qualité de leurs relations avec les majorités musulmanes et juives au milieu desquelles ils vivent et doivent préparer leur avenir. L’urgence de l’unité des chrétiens et la nécessité de collaborer avec les autres croyants qui les entourent vont donc main dans la main.

La complémentarité, qui est évidente dans les relations humaines, s’étend aussi aux dialogues proprement dits, dialogue religieux et dialogue de vie. Quand des chrétiens de différentes confessions s’engagent ensemble dans le dialogue avec les juifs et les musulmans, ils veillent à donner davantage d’importance à ce qui les unit déjà, afin que leur témoignage soit plus crédible aux yeux des autres.

En même temps, quand on leur demande d’expliquer certains mystères chrétiens, comme la Trinité et l’Incarnation, ils s’efforceront ensemble de trouver des expressions qui soient plus accessibles à leurs interlocuteurs. De ce fait, ils sont presque spontanément amenés à surmonter certaines terminologies qui dans le passé ont été sources de division entre eux.

Nouvelle lumière

Par exemple, pour témoigner de notre foi que le Christ est parfait dans son humanité et parfait dans sa divinité, faut-il absolument parler de “deux natures” ou “d’une nature”, expressions qui ont divisé les chrétiens pendant 15 siècles, et qui sont pratiquement incompréhensibles pour les musulmans comme pour les juifs. Pouvons-nous essayer de dire l’essence de ce mystère avec des mots plus intelligibles ? Dans cet effort, certaines causes de division apparaîtront dans une nouvelle lumière et perdront de leur acuité. En même temps, les chrétiens sont amenés à approfondir leur foi personnelle.

De fait, nous pouvons voir cette complémentarité à l’œuvre dans le dialogue, tant avec les juifs qu’avec les musulmans. Dans le dialogue avec les juifs, ce sont surtout des chrétiens d’Europe ou d’Amérique qui se découvrent d’une nouvelle manière.

Pour les chrétiens palestiniens, c’est le dialogue avec les musulmans qui est prioritaire et dans lequel ils sont engagés ensemble à tous les niveaux, découvrant des bases communes pour travailler en faveur de la paix, de la justice, de l’égalité entre tous les citoyens. Cette complémentarité et cette coopération offrent sans doute la meilleure base pour bâtir un monde meilleur où la religion ne sera plus cause de conflit, mais principe de réconciliation et de vivre-ensemble. τ

Dernière mise à jour: 29/01/2024 16:41

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