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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Sans liberté, il n’y a ni mélodie ni prière

Aline Jaccottet
14 mars 2019
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Sans liberté, il n’y a ni mélodie ni prière
Nabil Abou Nicolas attend la mort avec impatience. "Mon esprit sera libre de contempler le Père", dit-il. ©Aline Jaccottet

Arabe chrétien de Nazareth, Nabil Abou Nicolas est musicien. Laïc consacré, il vit sa quête de Dieu à travers la Communauté Vie Nouvelle qui œuvre à l’unité de l’Eglise.


C’est la première fois qu’on le rencontre, mais il nous gratifie d’une vigoureuse embrassade. Vêtu de blanc, une grande croix en bois autour du cou, le cinquantenaire barbu a le rire jovial et l’accueil simple. « Habibti, ma chérie, bienvenue à l’abbaye de Latroun ! » Ce lieu de paix et de nature à quelques mètres à peine de l’autoroute qui relie Tel Aviv à Jérusalem, Nabil Abou Nicolas l’affectionne particulièrement. « Dans des lieux comme celui-ci, je me ressource », dit-il tandis que nous nous asseyons dans une pièce pleine de vieux livres, dont les larges fenêtres donnent sur les arbres millénaires de Latroun.

Profondément attaché à sa ville natale, Nazareth, l’homme a un parcours religieux étonnant. Nabil grandit au son des instruments traditionnels arabes et des mélodies byzantines dont ses parents, des musiciens réputés, sont férus. « C’est grâce au oud, cet instrument à cordes très réputé dans notre culture, qu’ils se sont rencontrés. Mon père en jouait et la famille de ma mère les réparait. Lorsqu’il l’a vue, son luth a dû souvent se casser », raconte Nabil en riant. Artistes amoureux de leur patrimoine, les parents de Nabil et leurs amis passent leur vie à diffuser et sauvegarder l’héritage culturel et musical de la Galilée, mis à mal par l’exil des Palestiniens lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948.

Il y a la musique, il y a la foi, aussi. Elle entre dans la vie de Nabil très tôt. « A l’âge de huit ans, j’ai été sauvé d’un accident qui aurait pu être mortel par l’intervention de la Vierge Marie. J’ai alors senti que je voulais dédier ma vie au Ciel », dit-il. A Nazareth, haut lieu du christianisme, de nombreuses Eglises ont toujours cohabité et Nabil, dont la mère est orthodoxe et le père melkite, est en contact permanent avec cette riche diversité. « Dans la famille, il y avait aussi des maronites, des latins… très tôt, je me suis interrogé : pourquoi toutes ces dénominations ? » Le petit garçon fait l’école buissonnière, passant d’une église à l’autre pour aider les communautés chrétiennes de la ville et prenant la communion partout où il passe. « Je ne savais pas que c’était interdit. Ce qui m’intéressait, c’était de briser les murs entre Eglises », dit-il.

En 1992, il vit une autre rencontre avec la Vierge Marie puis décide de quitter la fabrique qu’il dirige pour entrer au service du père Fareh, un ecclésiaste dont le rayonnement intérieur l’attire puissamment. C’est au chevet de cet homme souffrant de sclérose en plaques que Nabil prend sa décision. « En entendant ma voix, il a ouvert les yeux et commencé à me poser des questions. J’ai alors compris ce que Dieu attendait de moi ». Le jeune homme de 23 ans servira le prêtre pendant les quatre dernières années de sa vie ; à la mort du père Fareh, « j’étais seul et je voulais œuvrer pour l’unité des Eglises ».

Nabil fonde alors la Communauté Vie Nouvelle. D’inspiration charismatique, elle est la seule entité réunissant des chrétiens arabes laïcs consacrés de Terre Sainte. « Consacré signifie que je me dédie entièrement à Dieu et aux Eglises », précise-t-il. Nabil ne s’est ainsi pas marié et a passé sa vie à travailler pour les autres, dans des conditions parfois difficiles. Ainsi, 25 ans après la fondation de Vie Nouvelle, ses cinq membres – une maronite, une grecque-orthodoxe, un grec catholique et deux catholiques romains – peinent toujours à se faire accepter. « Nous ne sommes pas des prêtres ou des sœurs, nous ne sommes pas reconnus par une Eglise puisque nous réunissons plusieurs courants… les gens peinent à comprendre ce que l’on fait », relève le cinquantenaire. Sans compter les difficultés pécuniaires que rencontre la petite communauté.

Des défis qui n’ont pas découragé sa quête d’unité… et de liberté. « Le lien entre Dieu et la musique, c’est elle : sans liberté, il n’y a ni mélodie, ni prière », affirme Nabil, qui a créé avec un Israélien, Ofer Golany, un groupe appelé Musicians4Peace et composé des centaines de chansons appelant à l’unité entre Eglises mais aussi, avec d’autres confessions. « Jésus disait que ceux qui font la paix sont les fils de Dieu. Moi qui vis à Nazareth, je vis tout cela de façon très incarnée », souligne le musicien avec un sourire.

Que représente Dieu pour vous ?

Il est le Chemin, un chemin d’amour qui est clair et précis. Je sais où je vais et pourquoi. Ainsi, j’attends la mort avec impatience : enfin, je serai avec Lui, libéré de toutes les diversions de ce monde ! Dans la mort, mon esprit sera libre de se tourner vers le monde des Cieux, qui n’est qu’harmonie et beauté. La beauté sur Terre, quand on la trouve, habibti, c’est le signe de la présence de Dieu parmi nous.

Notre prière a-t-elle un impact sur le monde ?

Si tu fais un grand feu, ses flammes et sa chaleur ne seront-elles pas perceptibles par tes voisins, même s’ils ne peuvent voir le foyer ? La prière est ainsi. Elle amène le bien dans ce monde : plus elle est puissante et profonde, plus elle contribue à sa beauté et à son espérance.

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