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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Une scène pour la liberté

Aline Jaccottet
25 juillet 2019
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Une scène pour la liberté
Samah Abou Tabih veut glisser un peu de poésie dans l'âme fatiguée de ses compatriotes du camp de réfugiés de Jénine, et d'ailleurs. ©Aline Jaccottet.

A vingt-cinq ans, l’actrice palestinienne Samah Abou Tabih brûle les planches du Théâtre de la Liberté de Jénine de sa dévorante aspiration à la vie, à l’amour, à l’avenir.


Elle vient de Jénine mais tout, en elle, exprime un ailleurs. Un ailleurs où la magie de l’imaginaire remplacerait la tristesse de l’exil, la violence des jours, la dureté des âmes. Un ailleurs où les enfants seraient rois, les armes oubliées, les murs abattus. Un ailleurs où le monde sourirait aux doux, aux intrépides, aux poètes. Cette liberté dont elle rêve, Samah Abou Tabih l’exprime dans chaque geste et chaque parole. Elle se trémousse, elle sautille, elle mime, elle interprète, comme si elle était en représentation permanente d’une pièce qui affranchirait son corps des contraintes observées par les femmes du camp de réfugiés de Jénine.

C’est là que la jeune femme aux longs cheveux noirs s’adonne à sa passion : la scène, en se formant comme actrice au Théâtre de la Liberté. Un lieu unique en Cisjordanie et peut-être même dans le monde. Créé dans les années 1990 par l’Israélienne Arna Meir-Khamis, détruit en 2002 par l’armée israélienne puis dirigé par Juliano, fils de la fondatrice, avant son trouble assassinat en 2014, cet endroit se veut un espace de libération tant personnelle que collective. Par l’art, il s’agit de résister à l’oppression de l’occupation israélienne, mais aussi à celle qu’exerce une société très conservatrice sur chacun de ses membres. On y joue des pièces célèbres que l’on adapte à la réalité palestinienne, on y crée des textes à partir de récits de vie. Ici, le théâtre invite à imaginer, créer mais à interroger aussi.

Pas étonnant que la vibrante Samah y ait trouvé là son véritable foyer. Attablée au Kafka, un café littéraire tenu par quatre femmes, elle raconte son parcours du combattant jusqu’aux lumières des projecteurs. Samah grandit dans un milieu modeste et traditionnel issu de réfugiés de 1948. Père et frère chauffeurs de taxi, un autre frère boulanger, et trois sœurs « Allah-hijâb-lililililiiii-baby », résume-t-elle avec un grand éclat de rire qui fait tomber la cendre de sa cigarette par terre. Comprenez : musulmanes pratiquantes et voilées dont la vie tourne autour du mari et des enfants.

Samah l’ovni trouve sa vocation en participant à des ateliers d’été dispensés par l’école. « J’ai ouvert la porte du théâtre et j’ai été éblouie. Les projecteurs ! Le public ! La scène ! Les décors ! », s’exclame-t-elle en un mélange d’arabe et d’anglais. Elle qui a toujours chéri sa liberté d’expression trouve là son univers. S’ensuivent deux années de mensonges. « Je faisais chaque jour semblant d’aller à l’école, mais je passais ma journée au théâtre ». Débusquée par son frère, elle affronte avec cran l’opprobre familiale. « Soit ils acceptaient, soit je me tirais. Ils ont accepté ! »

Une première révolution suivie d’une deuxième il y a deux ans lorsqu’ébloui par la prestation de sa fille qui interprète « Retour en Palestine », son père lui tombe dans les bras. « Bien sûr, il arrive souvent que les amoureux du théâtre soient regardés avec méfiance, voire insultés par les gens du camp de réfugiés. Mais c’est notre tâche de les amener à nous, de leur montrer notre monde », affirme Samah. Elle martèle des doigts sur la table. « La résistance, c’est apporter la culture quand on évolue dans un monde qui manque d’imagination. Parler aux enfants de paix, de bonheur, de démocratie quand on vit dans un camp. Montrer aux hommes de quoi on est capable quand on est une femme. Et réaliser son aspiration à la liberté quand on est Palestinien ».

Elle, la fille de Jénine qui a réussi l’exploit d’aller s’installer en partie à Haïfa en Israël, rêve aujourd’hui « de vivre comme un simple humain qui aimerait, voyagerait et créerait comme n’importe qui d’autre ». Et de mener ses compatriotes qui viennent la voir sur scène à rechercher eux aussi une forme de libération grâce aux pièces de théâtre qu’elle écrit.

Que représente Dieu pour vous ?

(Elle rit). Je suis toujours en conflit avec cette question. Je n’ai pas de réponse. Qui est Samah ? D’où vient ce monde ? Je suis un être humain venu sur cette terre et à travers le théâtre, je m’interroge sur tout cela. Mais je n’ai aucune réponse.

Est-ce que vous prenez le temps de prier ou de méditer ?

Je prends du temps pour moi très souvent, comme on nous l’enseigne au théâtre pour lutter contre le stress. J’allume des bougies, je mets de la musique douce, je me masse, je respire profondément, je me prépare une bonne boisson chaude… j’aime aussi aller méditer sur la plage à Haïfa. Face à la mer, je me sens libre.

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