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« Le conflit israélo-palestinien est terminé »

Aline Jaccottet
17 juin 2019
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« Le conflit israélo-palestinien est terminé »
Chrétien de Bethléem, Sami Awad "prie pour que toutes les prières s'achèvent" © Churches for Middle East Peace

Porteur d’une vision puissante et marginale, Sami Awad travaille depuis plus de vingt ans à la transformation intérieure des Palestiniens à travers la non-violence. Un combat qu’il mène au nom d’un autre habitant de Bethléem, illustre celui-là : Jésus.


Il voulait planter un olivier. Il avait douze ans. C’était sa première manifestation non-violente. Son oncle lui avait dit : quoi qu’il arrive, ne t’arrête pas. Un soldat israélien est arrivé, a arraché l’arbuste, l’a lancé au loin. « J’aurais pu pleurer, m’enfuir, me pétrifier. J’ai choisi de continuer à faire ce que j’avais à faire ». Depuis ce jour-là, Sami Awad n’a plus reculé devant rien. Ce chrétien de Bethléem a perdu des amis, il a été arrêté, il a été menacé, son domicile a été attaqué. Mais son investissement dans la non-violence et la profondeur de sa vision lui ont donné la puissance tranquille de qui est convaincu de faire juste.

De la réconciliation à la résistance

A la racine de cet engagement, il y a un homme : son oncle, Moubarak Awad. Exilé par les Israéliens aux Etats-Unis et considéré comme le Gandhi arabe, il est le père de la désobéissance civile lors de la première Intifada. C’est avec son soutien que Sami Awad crée en 1998 l’ONG Holy Land Trust, après avoir passé plusieurs années aux Etats-Unis dont il possède la nationalité. Il s’agit alors de renforcer les communautés palestiniennes pour les préparer à un avenir de paix. Nous sommes au lendemain des Accords d’Oslo qui doivent marquer la réconciliation entre deux Etats mais Sami Awad, revenu de Washington pour contribuer à ce moment historique, déchante vite. « Il aurait fallu respecter les frontières, mais le nombre de colonies a explosé. Il aurait fallu se réconcilier, mais la ségrégation a été renforcée. Il aurait fallu inclure le peuple, mais l’industrie de la paix instaurée grâce à la manne étrangère n’a bénéficié qu’à l’élite », affirme-t-il.

Quelques années plus tard, la Seconde Intifada enterre les perspectives de réconciliation. Convaincus de l’inefficacité et de l’immoralité des armes, Sami Awad et son équipe de Holy Land Trust cherchent à mobiliser les Palestiniens autour des méthodes de résistance non-violentes. Elles n’auront cependant jamais assez de succès pour se révéler efficaces et amener Israéliens et Palestiniens à une solution.

Des réponses à Auschwitz

En crise, Sami Awad commence alors d’explorer les racines du conflit. « Pourquoi existe-t-il ? Et la paix, c’est quoi au fond ? » interroge-t-il, assis en tailleur dans son centre d’études et de méditation construit à côté de la Basilique de la Nativité. C’est à Auschwitz que le Palestinien trouvera ses réponses. « Traumatisés par la Shoah, les Israéliens projettent leurs angoisses sur nous. Pour nous neutraliser, la droite veut nous chasser et la gauche, signer un traité de paix, mais les deux expriment la même peur » affirme-t-il. L’autre responsable de cette situation, dit-il, c’est l’histoire que se racontent les deux peuples sur eux-mêmes. « En vérité, le conflit est terminé, mais aucun ne veut l’admettre. Les Israéliens ne peuvent proclamer leur victoire sans renoncer à leur narratif de victimes, les Palestiniens ne peuvent avouer leur défaite sans perdre leur honneur. Et voilà, on est coincé », dit-il.

Avec King et Mandela

Ces propos choquent, mais il y a pire aux yeux des Palestiniens : Sami Awad compte des colons juifs parmi ses amis. « Je les crois lorsqu’ils disent qu’ils ne partiront plus jamais, et j’en connais qui se préoccupent davantage de mes droits que les gauchistes de Tel Aviv. Il faut ouvrir les yeux et apprendre à vivre ensemble », soutient-il. Certain de l’annexion prochaine de la Cisjordanie à Israël, l’activiste relit Nelson Mandela et Martin Luther King, histoire de préparer sa prochaine bataille pour les droits civiques des Palestiniens. Et se rend fréquemment à l’étranger pour y retrouver une communauté internationale d’activistes non-violents qui le soutient dans sa mission : planter des oliviers. Quoi qu’il arrive.

Que représente Dieu pour vous ?

Je le comprendre à travers l’enseignement de Jésus qui est la lumière de mon chemin. Je médite tous les jours son injonction à aimer ses ennemis, sa plus grande parole. En revanche, je ne vais jamais à l’église. Le christianisme est responsable de davantage de violence et d’oppression que n’importe quelle autre organisation dans l’Histoire. Je rejette cette institution.

Pourquoi le message du Christ a-t-il une telle importance pour vous ?

Jésus a fait quatre choses. Il a marché – il est parti à la rencontre de l’autre. Il a guéri – il a entendu les souffrances et a agi. Il a enseigné – il a aidé les gens à atteindre la paix et la joie. Il a fait advenir la vision du royaume – il a réalisé la volonté de Dieu. A sa suite, dans ce conflit, nous devons rencontrer les juifs, les apaiser, apprendre à vivre ensemble. Ce n’est qu’ensuite que la paix pourra advenir. Jésus n’a jamais eu de projet politique, pourtant il était le plus grand faiseur de paix que la terre a porté. La paix passe par la spiritualité, pas la politique.

Est-ce que vous priez ?

Jamais. Je cherche à vivre en pleine conscience, relié profondément à l’Univers, la Création, pour que nous existions en harmonie avec le cosmos. Je prie pour que s’achèvent toutes nos prières.

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