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En Terre Sainte, une application pour élargir le processus synodal

Cécile Lemoine
24 mars 2022
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Le père Piotr Zelazko et S.B Mgr Pierbattista Pizzaballa, patriarche Latin de Jérusalem, lors du lancement de la SynodApp, le 23 mars 2022 au centre Saxum ©Cécile Lemoine/TSM

Baptisée Synod App et officiellement lancée le 23 mars, la plateforme vise à faciliter la prise de parole des fidèles catholiques dans un chemin synodal pensé autour de l'écoute et de la proximité avec ceux qui sont actuellement à la marge.


« Quelle est l’Eglise de vos rêves ? Envoyez votre message au Pape François ! » L’instruction est aussi simple que l’interface globale de la nouvelle application du Patriarcat Latin de Jérusalem. Officiellement lancée mercredi 23 mars, à l’occasion d’une journée dédiée au Synode lors de l’assemblée plénière des Ordinaires catholiques de Terre Sainte, la Synod App est portée par le père Piotr Zelazko, vicaire patriarcal de la communauté catholique hébréophone.

Pensée comme un outil pour faciliter la prise de parole dans le processus synodal, l’application permet d’enregistrer un message de 30 secondes, et éventuellement de le compléter avec un petit texte. Où iront ces messages ? Pas directement au Pape, mais à une équipe locale qui sera chargée de les décomposer pour en tirer des enseignements d’ici l’été 2022.

« On analysera ce que les gens disent : de quoi ils rêvent, comment ils imaginent l’Eglise du futur, leur implication dans celle-ci… », liste le père Piotr. La matière ainsi récoltée devrait permettre de cerner les tendances de fonds et alimenter le rapport qui clôturera la phase diocésaine du Synode sur la synodalité, cette grande concertation étalée entre 2021 et 2023 et initiée par le Pape François pour repenser l’Eglise.

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Avec cette plateforme, les Ordinaires catholiques de Terre Sainte font le pari de la modernité. Un choix assumé, qui s’inscrit dans une volonté de sortir des sentiers battus alors que le processus synodal peine à prendre racine dans la région. « La grosse tentation aurait été de rester avec les structures déjà existantes et de se tourner vers les personnes déjà impliquées, explique père Piotr. Il nous fallait une approche plus créative, innovante. Certes l’application s’adresse aux jeunes générations, mais nous pensons qu’ils pourront s’en faire les relais auprès de leurs parents et grands-parents. »

L’interface de l’application se veut simple et construite autour d’une fonctionnalité : l’enregistrement d’un message vidéo ©Cécile Lemoine/TSM

Atteindre les plus éloignés

En Terre Sainte, l’Eglise catholique dans toute sa diversité, s’est donnée pour vocation de « marcher ensemble » lors de ce processus synodal. « Il faut apprendre à se connaitre, donner un nouveau sens à l’Eglise, re-rêver le rêve de faire Eglise. On veut le faire en écoutant tout le monde », souligne le père David Neuhaus, coordinateur du chemin synodal à l’échelle locale.

L’idée de récolter la parole des fidèles à travers une application fait donc partie intégrante de cette démarche d’ouverture et d’écoute, qui répond en même temps à un appel du pape François : celui de se rapprocher de ceux qui sont les plus éloignés de l’Eglise. « Parce que les téléphones et les applications sont aujourd’hui la norme, nous espérons atteindre ceux qui ne sentent plus l’odeur de l’encens qui s’échappent de nos sacrities », illustre S.B Mgr Pizzaballa, le patriarche Latin de Jérusalem.

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Maintenant que l’application est prête, l’enjeu va être d’en faire la promotion : son intérêt réside dans le nombre de témoignages qu’elle permettra de récolter. Le comité en charge du synode compte sur les prêtres, les groupes de jeunes, les scouts et les écoles catholiques, pour se saisir de l’application et pousser chacun à s’exprimer.

« Il faut convaincre les jeunes que l’Eglise a besoin de cette libération de la parole, que s’il y a quelque chose qui ne leur plait pas, ils peuvent initier un mouvement de changement », appuie le père Piotr qui s’estimera content s’il obtient plusieurs centaines de réponses. L’application sera présentée aux prêtres lors d’une réunion le 6 avril. « Cela peut aller très vite s’ils l’utilisent comme un outil pédagogique », espère le père Piotr.

Créer un espace de parole est toujours synonyme d’espoir de changement. Les nombreux témoignages récoltés et publiés sur le site dédié au Synode de Terre Sainte, expriment déjà une volonté de voir les paroles passer aux actes. Les membres du comité et les Ordinaires catholiques de Terre Sainte sont bien conscients du risque de frustration que risque de générer le synode. Il s’agira de trouver le bon équilibre dans les actions et la communication qui résultera de tout ce processus.

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